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X-Men 

Affiche de X-Men 

X-Men

Titre original : X-Men

Réalisation : Bryan Singer

Avec : Hugh Jackman, Patrick Stewart, Ian McKellen, Famke Janssen, Halle Berry

Production / distribution : 20th Century Fox, Marvel Enterprises, The Donners' Company, Bad Hat Harry Productions / UFD

Durée : 1 h 44

Adaptation : Comics

Sortie : 16 août 2000

★★★★★ 4/5

En 2000, les films de super-héros sont encore loin de dominer Hollywood. X-Men arrive alors avec une approche étonnamment sérieuse du genre, préférant parler de différence, de rejet et de discrimination plutôt que d’enchaîner simplement les scènes d’action. Plus de vingt-cinq ans après, le film accuse forcément son âge, mais conserve une grande partie de son efficacité.

Deux visions d’un même combat

L’une des grandes forces du film reste son opposition entre Charles Xavier et Magneto. Tous deux veulent protéger les mutants, mais leurs expériences les conduisent vers deux philosophies radicalement différentes : Xavier croit encore à la coexistence avec les humains quand Magneto considère le conflit comme inévitable.

Patrick Stewart et Ian McKellen imposent immédiatement leurs personnages. Leur relation apporte au film une profondeur assez inhabituelle pour une adaptation de comics de cette époque. Magneto bénéficie en plus d’une introduction particulièrement forte : montrer son enfance dans un camp de concentration donne immédiatement du poids à sa peur de voir les mutants subir à leur tour la persécution.

La peur de la différence au cœur du récit

C’est probablement ce qui permet à X-Men de rester intéressant au-delà de son statut de blockbuster. Les mutants ne sont pas seulement des super-héros possédant des pouvoirs spectaculaires : ils constituent une minorité que la société regarde avec méfiance et dont certains responsables politiques voudraient contrôler l’existence.

Le sénateur Kelly incarne cette peur en réclamant notamment leur recensement. Le film n’est pas toujours subtil dans sa métaphore, mais il comprend parfaitement l’un des fondements des comics : derrière les pouvoirs se trouve une histoire de rejet, d’acceptation et de peur de l’autre. Cela permet également de comprendre Magneto sans pour autant justifier ses méthodes.

Wolverine vole presque le film

Même s’il s’agit officiellement des X-Men, Wolverine devient rapidement le véritable personnage principal. Hugh Jackman, alors relativement inconnu du grand public, s’approprie Logan avec une facilité impressionnante.

Son caractère solitaire, son agressivité et sa relation avec Rogue permettent au spectateur de découvrir l’univers des mutants à travers lui. Anna Paquin apporte d’ailleurs beaucoup de fragilité à cette dernière, dont le pouvoir devient presque une malédiction puisqu’il l’empêche d’avoir le moindre contact physique. Leur duo apporte une dimension humaine essentielle à l’histoire.

Une équipe encore trop en retrait

C’est aussi l’une des limites de ce premier volet : X-Men est presque davantage un film sur Wolverine, Rogue, Xavier et Magneto qu’un véritable film d’équipe. Cyclope, Jean Grey et Tornade sont présents, mais restent finalement assez peu développés.

James Marsden possède pourtant le sérieux nécessaire à Scott Summers, Famke Janssen installe déjà une Jean Grey intéressante et Halle Berry a évidemment le charisme nécessaire pour Tornade. Mais le scénario ne leur accorde pas encore suffisamment d’espace pour exister pleinement. Même la rivalité entre Cyclope et Wolverine reste essentiellement utilisée pour quelques piques humoristiques.

Mystique et Dents-de-Sabre servent quant à eux surtout de bras armés à Magneto. Là encore, le potentiel est visible, mais cette première aventure préfère poser les bases plutôt que réellement approfondir l’ensemble de sa galerie de mutants.

Un film de super-héros étonnamment sobre

Revoir X-Men aujourd’hui peut néanmoins surprendre. Le film dure à peine plus d’une heure quarante et son échelle paraît minuscule face aux blockbusters actuels. Les affrontements restent relativement courts et certains effets spéciaux accusent leur âge.

Les fameux costumes noirs illustrent également la volonté de l’époque de prendre ses distances avec l’apparence très colorée des comics. La petite plaisanterie sur le « spandex jaune » résume d’ailleurs parfaitement cette approche : en 2000, Hollywood n’était manifestement pas encore prêt à assumer totalement l’esthétique des bandes dessinées.

Mais cette sobriété joue parfois en sa faveur. Le film préfère installer ses personnages et son univers plutôt que multiplier les explosions. L’école de Xavier, Cerebro ou encore les pouvoirs des différents mutants suffisent alors à créer quelque chose de nouveau au cinéma.

Une Statue de la Liberté un peu trop modeste

Le dernier acte est probablement la partie qui a le plus vieilli. L’affrontement autour de la Statue de la Liberté fonctionne, mais paraît aujourd’hui assez limité pour conclure un film réunissant autant de personnages dotés de pouvoirs extraordinaires.

L’action reste lisible et chaque mutant bénéficie de son petit moment, mais on sent les contraintes d’un film qui ne disposait pas encore des moyens gigantesques accordés quelques années plus tard aux productions de super-héros. X-Menpromet parfois un univers plus spectaculaire que ce qu’il peut réellement montrer.

Cela n’empêche pas le final de remplir son rôle, notamment grâce à l’affrontement idéologique entre Xavier et Magneto qui reste finalement beaucoup plus important que les combats eux-mêmes.

Une première pierre essentielle

X-Men n’a évidemment pas inventé le film de super-héros, mais son succès a participé à démontrer qu’une adaptation de comics pouvait être traitée sérieusement et toucher un très large public. À une époque où le genre cherchait encore sa place après plusieurs échecs durant les années 1990, son importance est difficile à ignorer.

Surtout, le film réussit l’essentiel : donner envie de revoir ces personnages. Wolverine, Magneto et Xavier sont immédiatement mémorables et l’idée d’un monde partagé entre humains et mutants possède déjà suffisamment de potentiel pour alimenter toute une saga.

En résumé

X-Men a forcément vieilli. Ses effets spéciaux sont parfois datés, son action reste limitée et plusieurs membres de l’équipe auraient mérité davantage de développement. Pourtant, son scénario, son casting et surtout son opposition entre Xavier et Magneto restent remarquablement efficaces.

Hugh Jackman s’impose immédiatement en Wolverine, Patrick Stewart et Ian McKellen semblent nés pour leurs personnages et le film comprend surtout que les X-Men ne sont pas intéressants uniquement pour leurs pouvoirs. Derrière le spectacle se trouvent la peur de la différence, le rejet et deux visions radicalement opposées de la manière d’y répondre.

Pas encore le meilleur des X-Men, mais incontestablement celui sans lequel toute la suite aurait été bien différente.

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