MiklMayer.fr

Tintin au pays de l’or noir

Couverture de Tintin au pays de l’or noir

Les Aventures de Tintin — Tome 15

Tintin au pays de l’or noir

Hergé

Éditeur : Casterman

Sortie originale : 1 décembre 1950

4/5

Publié en album en 1950, Tintin au pays de l’or noir entraîne le reporter au Moyen-Orient sur fond de sabotage pétrolier et de tensions internationales. Commencée avant la Seconde Guerre mondiale puis achevée près de dix ans plus tard, cette aventure conserve les traces de sa création mouvementée.

Une crise pétrolière étonnamment moderne

Alors qu’une guerre paraît imminente, les moteurs se mettent à exploser en raison d’un mystérieux produit ajouté à l’essence. Tintin enquête sur ce sabotage et remonte jusqu’à un complot politique organisé au Khemed.

Le pétrole n’est pas ici un simple prétexte exotique. Hergé le présente comme une ressource stratégique dont le contrôle peut déstabiliser les gouvernements et provoquer un conflit. Cette idée conserve une étonnante modernité.

L’album reste cependant assez vague sur les intérêts économiques et politiques en présence. Hergé privilégie l’efficacité de l’aventure plutôt qu’une véritable analyse géopolitique.

Un scénario marqué par son interruption

Hergé commence l’histoire en 1939 dans Le Petit Vingtième, mais l’invasion de la Belgique interrompt sa publication en mai 1940. Lorsqu’il la reprend après la guerre, la série et ses personnages ont profondément évolué.

Cette longue interruption explique en partie la construction irrégulière de l’album. L’enquête sur le carburant, le conflit autour de l’émir et l’enlèvement d’Abdallah donnent parfois l’impression d’appartenir à plusieurs aventures différentes.

Le scénario conserve de très bonnes idées, mais ne possède pas la fluidité du Secret de La Licorne ou de L’Affaire Tournesol. Certaines transitions paraissent rapides et plusieurs enjeux sont abandonnés dès qu’un nouveau danger apparaît.

Un capitaine Haddock difficile à intégrer

Lorsque l’histoire débute en 1939, le capitaine Haddock n’existe pas encore. Devenu indispensable à la série au moment de la reprise, il devait pourtant apparaître dans la version définitive.

Hergé le fait donc rejoindre brusquement Tintin au Khemed. Chaque fois que Haddock tente d’expliquer les circonstances de son arrivée, un événement l’interrompt. Le gag est amusant et permet à l’auteur de reconnaître indirectement le problème.

Cette solution ne masque toutefois pas entièrement le caractère artificiel de sa présence. Haddock apporte son énergie habituelle, mais reste moins bien intégré à l’intrigue que dans les albums précédents.

Abdallah, aussi drôle qu’épuisant

Tintin au pays de l’or noir marque la première apparition du prince Abdallah. Enfant gâté et grand amateur de farces, il transforme son propre enlèvement en cauchemar pour ses ravisseurs.

Le personnage produit plusieurs scènes très efficaces grâce au contraste entre le danger de la situation et son absence totale d’inquiétude. Ses plaisanteries répétées peuvent cependant devenir aussi fatigantes pour le lecteur que pour les adultes qui l’entourent.

Cette capacité à provoquer simultanément l’amusement et l’exaspération fait toute l’originalité d’Abdallah. Hergé crée volontairement un personnage presque impossible à aimer durablement, mais également impossible à oublier.

Les Dupondt au sommet de l’absurde

Dupond et Dupont occupent une place importante dans la partie comique de l’album. Leur infiltration maladroite sur un pétrolier et leur méconnaissance du désert multiplient les situations absurdes.

Leur ingestion accidentelle du produit N.14 provoque la croissance incontrôlable de leurs cheveux et de leur barbe, dont les couleurs changent continuellement. Ce gag très visuel compte parmi les plus célèbres de la série.

Ces séquences sont presque indépendantes de l’intrigue principale, mais elles compensent efficacement la gravité du contexte. Elles contribuent également au caractère éclaté de l’album, partagé entre aventure politique et comédie burlesque.

Un album plusieurs fois transformé

L’histoire se déroulait initialement dans la Palestine sous mandat britannique. Pour la nouvelle version publiée en 1971, Hergé déplace l’action dans l’État fictif du Khemed et supprime une partie des références politiques les plus précises.

Cette modification rend le récit moins directement lié à une situation historique, mais aussi plus difficile à interpréter. Certains rapports entre les personnages et les différentes factions deviennent moins clairs.

Le dessin bénéficie en revanche pleinement de ces remaniements. Les paysages désertiques, les installations pétrolières et les poursuites automobiles atteignent la précision visuelle des meilleurs albums de la série.

En résumé

Tintin au pays de l’or noir reste une aventure importante grâce à son thème pétrolier très moderne, au retour du docteur Müller et à l’arrivée mémorable d’Abdallah. L’humour des Dupondt fonctionne parfaitement, tandis que les décors du Khemed offrent plusieurs belles séquences. Sa création interrompue et ses remaniements successifs produisent toutefois un scénario moins fluide et plus déséquilibré que ceux des grands albums de la même période.

L’avis des lecteurs

Les lecteurs donnent leur avis

Pas encore de note lecteur

Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.

Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.

Mikl Mayer

GRATUIT
VOIR