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Ducobu, le goût du défi et du renouvellement : entretien avec Élie Semoun

Interviews BD

Depuis Ducobu 3, Élie Semoun ne se contente plus d’incarner l’incontournable professeur Latouche : il a également pris les commandes de la saga comme réalisateur. Avec ce nouvel épisode qui entraîne Ducobu sur le terrain du fantastique, il revient sur son envie de renouveler la série, son rapport à la bande dessinée et son désir, désormais, d’explorer d’autres univers derrière la caméra.

Ce nouveau film introduit une dimension fantastique dans l’univers de Ducobu. Qu’est-ce qui vous attirait dans l’idée de confronter les personnages de Saint-Potache à une histoire de fantôme ?

J’avais envie de sortir de l’univers habituel de Ducobu, de quitter un peu l’école et de changer d’air. Je ne voulais pas me répéter. J’ai donc décidé de faire un véritable film d’aventure, avec des effets spéciaux. J’avais aussi envie de faire peur aux enfants et d’apporter une autre saveur à Ducobu, histoire de ne pas m’ennuyer et de ne pas refaire toujours la même chose.

Vous avez repris les commandes de la saga à partir de Ducobu 3, après avoir joué dans les deux premiers films. Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir réaliser vous-même ce troisième volet ?

C’était un challenge. J’avais envie de me lancer là-dedans. Réaliser un film, c’était quelque chose que je n’avais encore jamais fait. Ducobu, c’est énorme, il y a des millions en jeu, mais je me suis lancé avec une insouciance totale. Je me doutais que j’étais capable de diriger des acteurs. J’étais dans une sorte de nuage, un brouillard de félicité, et cela m’a plutôt réussi puisque le film a fait 1,5 million d’entrées. C’était incroyable.

Élie Semoun, jamais sur la touche !

Lorsque vous avez accepté de réaliser Ducobu 3, imaginiez-vous que vous seriez encore à la tête de la saga trois films plus tard ?

Non, jamais. Je ne pensais pas que nous aurions autant de succès. Me retrouver aujourd’hui réalisateur de quatre films, c’est dingue. C’est aussi une chance folle, car dans le milieu du cinéma, pouvoir réaliser un film tous les deux ans, c’est exceptionnel.

Le fait de connaître déjà les personnages et l’univers de l’intérieur vous a-t-il facilité la réalisation ou, au contraire, rendu plus difficile la prise de recul nécessaire ?

Non, au contraire, c’est beaucoup plus facile de connaître les personnages. Cela permet d’aller plus vite dans l’écriture. Je ne dis pas que faire un film est facile, mais nous connaissons déjà les codes. Nous avons Latouche, l’école, Ducobu et tous les autres personnages qui sont déjà bien installés. Il faut ensuite leur inventer de nouvelles péripéties et parvenir à les sortir de leur carcan. Je pense que nous y sommes arrivés.

Votre interprétation du professeur Latouche a-t-elle évolué au fil des films, notamment à mesure que vous êtes devenu également scénariste et réalisateur de la saga ?

Oui, elle a évolué, même si le personnage conserve ses qualités et ses défauts. Il est toujours aussi colérique et toujours pas très élégant avec sa femme. Avec sa mère, il reste lâche, et avec le directeur, il est toujours aussi obséquieux.

Dans ce film, il évolue parce qu’il redevient lui-même un cancre, presque un enfant. C’est ce qui fait l’originalité de cette histoire et je crois que les enfants aiment beaucoup cela. Ils apprécient notamment une séquence dans laquelle le directeur met Latouche au coin.

Cela me permettait aussi de faire quelque chose de différent, parce que j’en avais assez de crier « Silence ! » et « Au coin ! » ! (Rires)

Y a pas à dire, il s’est bien éclaté sur le tournage et ça se voit à l’écran !

Quelle place les albums de Zidrou et Godi occupent-ils encore dans l’écriture des films : retournez-vous régulièrement y chercher des situations, des personnages ou des idées de gags ?

Non, je vous avoue que je ne m’aide jamais des bandes dessinées. Je les ai lues au début, mais j’ai ensuite arrêté pour ne pas me laisser influencer. Nous ne nous sommes jamais réellement servis de la BD pour écrire les films.

Dans la bande dessinée, un gag tient souvent sur une page. Pour un film, il faut pouvoir aller beaucoup plus loin et construire une véritable histoire. Nous avons même inventé la mère de Latouche, qui, je crois, n’existe pas dans les albums.

Plus largement, quelle relation entretenez-vous personnellement avec la bande dessinée ? Existe-t-il des albums ou des auteurs qui ont particulièrement compté pour vous ?

Il y a les albums de Gotlib, notamment Les Dingodossiers, que j’ai adorés. J’ai d’ailleurs la chance de posséder un dessin de lui avec une dédicace personnalisée et j’en suis très fier. J’avais vraiment une grande admiration pour Gotlib.

Sinon, j’ai lu Astérix, comme tout le monde, ainsi que Pif Gadget. Mais je n’étais pas un très grand lecteur de bandes dessinées. Ce n’est pas mon univers premier.

Avec ce sixième film, Ducobu s’impose comme l’une des sagas familiales les plus durables du cinéma français. Ressentez-vous désormais une forme de responsabilité ou de pression particulière à chaque nouvel épisode ?

Il y a toujours la pression de faire mieux. À chaque nouveau film, on nous dit : « C’est le meilleur ! » J’espère que les gens ne sont pas trop hypocrites ! Mais il y a sans doute de bonnes raisons de penser que nous nous améliorons à chaque fois.

La pression, c’est surtout moi qui me la mets. Je n’ai pas envie de m’ennuyer, ni comme comédien ni comme réalisateur, en tournant et en jouant toujours les mêmes choses.

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Après avoir réalisé quatre films Ducobu, avez-vous encore des histoires que vous aimeriez raconter avec ces personnages ou souhaitez-vous désormais passer derrière la caméra pour explorer un univers totalement différent ?

Oui, j’ai écrit un film qui n’a absolument aucun rapport avec Ducobu et qui s’adresse à un public plus adulte. Cela fait quinze ans que je joue Latouche, même si j’ai fait beaucoup d’autres choses entre-temps : plusieurs spectacles et de nombreux films. Mais j’aimerais bien, désormais, mettre un peu de côté les moustaches et les lunettes.

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