Le Maquilleur ne laisse plus seulement des corps derrière lui, mais une onde de choc. À mesure que les meurtres se multiplient, un climat de peur s’installe dans le milieu gay. Les lieux de rencontre se vident plus tôt, les regards deviennent méfiants, les habitudes changent. Chacun commence à se demander s’il pourrait être le prochain. Et dans cette angoisse diffuse, un détail revient sans cesse : ce maquillage imposé, perçu par beaucoup comme un geste profondément homophobe, une façon de réduire ses victimes à une image caricaturale, presque moqueuse, après les avoir tuées.
Mais ce qui attise encore davantage la colère, c’est le silence autour de ces crimes. Malgré leur répétition, malgré leur caractère ciblé, les médias en parlent à peine. Quelques brèves, parfois, vite noyées dans le flot de l’actualité. Rien qui reflète l’ampleur du phénomène ni la peur qui s’installe. Comme si ces vies comptaient moins, comme si ces morts pouvaient rester en marge.
L’enquête, elle aussi, semble piétiner. La police poursuit le Maquilleur, accumule les indices, mais sans résultat visible. Chaque nouveau meurtre renforce le sentiment d’impuissance. Et très vite, ce n’est plus seulement le tueur qui est en cause, mais la lenteur — réelle ou perçue — des institutions censées protéger.
Les associations LGBTQI+ montent alors au créneau. Elles dénoncent un traitement inégal, une indifférence systémique, un manque de moyens et de volonté. Des rassemblements s’organisent, des prises de parole se multiplient. Ce qui était au départ une série de crimes devient un symbole : celui d’une violence ignorée, minimisée, reléguée au second plan.
Dans ce contexte, le Maquilleur prend une dimension encore plus troublante. Car son geste, aussi monstrueux soit-il, semble s’inscrire dans une faille bien réelle. Il expose quelque chose que beaucoup préfèrent ne pas voir : la facilité avec laquelle certaines tragédies peuvent être passées sous silence.
Et c’est peut-être là que réside le malaise le plus profond. Non pas seulement dans ce qu’il fait, mais dans l’écho que ses actes trouvent — ou plutôt, dans l’absence d’écho qu’ils devraient pourtant provoquer.


