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Créer, c’est se confronter à soi-même : entretien avec Pierre-Yves Gabrion

Interviews BD

Auteur et dessinateur de bande dessinée, Pierre-Yves Gabrion a débuté dans la presse jeunesse avant de collaborer avec des titres comme Spirou ou Le Journal de Mickey. De ses premiers travaux humoristiques à des séries plus personnelles comme L’Homme de Java, il construit un parcours riche, marqué par une évolution constante de son regard. Dans cet échange, il revient sur sa manière de créer et les exigences d’un métier profondément introspectif.

Quand vous commencez un dessin ou une planche, cherchez-vous d’abord à faire passer une idée… ou une émotion ?

Plutôt la continuité et la fluidité narrative de l’histoire. Une planche est un ensemble complexe où certes l’émotion permet de faire faire l’idée, mais en évitant d’utiliser les grosses ficelles trop évidentes et prévisibles. Une harmonie de couleurs, un « joli » décor peuvent parfois suffire à installer une réelle ambiance au service de l’histoire racontée. Pour moi, le subtil se doit de rester au service du premier degré de lecture.

Est-ce que vous avez le sentiment que votre regard sur le monde a évolué depuis vos débuts, et que cela se ressent dans votre travail ?

Bien évidemment. C’est le privilège de l’âge et de l’expérience. Je suis ce que je fais et ce que j’ai vécu : tout est lié.

Aujourd’hui, entre création, visibilité et contraintes du secteur, qu’est-ce qui prend le plus de place dans votre quotidien ?

L’attente silencieuse du cadrage de la scène, du dialogue, de la pose d’un personnage, de la couleur qui va s’imposer comme une évidence et non comme une volonté déterministe de vouloir matérialiser une vision strictement mentale souvent limitante et frustrante (surtout quand on débute). Rechercher un état d’esprit apaisé et ouvert à la véritable inspiration et non à un seul imaginaire personnel, prévisible et contrôlant. Comprenne qui peut ! (rires)

Extrait de “L’hommes de Java” ©Vents d’Ouest

Est-ce que le regard des autres (lecteurs, réseaux, éditeurs) influence encore votre manière de créer ?

Non. J’essaie de concrétiser ce que je ressens en « écoutant » le lecteur en moi. Mon seul souci est d’essayer de parvenir à une forme d’harmonie de l’imperfection dans mon travail.

Y a-t-il une facette de votre travail que le public ne voit pas du tout, mais qui est pourtant essentielle pour vous ?

Partager du plaisir avec le lecteur, tout en m’effaçant le plus possible derrière l’histoire.

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Avec le recul, qu’est-ce qui vous semble le plus difficile à maintenir dans ce métier sur la durée ?

L’hygiène mentale ! (rires) Ce métier solitaire de moine enlumineur n’est pas fait pour tout le monde. C’est une introspection permanente sur ses propres blocages ou malaises quant à la représentation des formes et du réel, sans compter la confrontation avec le mystère absolu du mécanisme de la création. Une forme de psychanalyse du quotidien qui peut être autant salvatrice que destructive. Une méditation quasi obsessionnelle où le mental peut tout envahir avec son cortège de névroses potentielles.

Au delà du travail énorme qu’il peut représenter selon les styles, ce métier est une vie, une construction d’un état d’Être vis à vis du monde extérieur et de soi-même. Il est essentiel de trouver du sens à ce qu’on produit loin des mirages de la gloire et de l’argent…

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