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L’Étoile mystérieuse

Couverture de L’Étoile mystérieuse

Les Aventures de Tintin — Tome 10

L’Étoile mystérieuse

Hergé

Éditeur : Casterman

Sortie originale : 1 novembre 1942

3/5

Publié en 1942 pendant l’occupation allemande de la Belgique, L’Étoile mystérieuse entraîne Tintin dans une expédition scientifique vers l’océan Arctique. Son atmosphère apocalyptique et ses phénomènes fantastiques lui donnent une identité unique, mais les erreurs scientifiques et les caricatures antisémites de sa version originale pèsent lourdement sur l’album.

Une étoile menace la Terre

Une chaleur anormale s’abat sur la ville, tandis qu’une étoile semble grossir dans le ciel. À l’observatoire, le professeur Calys annonce à Tintin qu’un gigantesque aérolithe va entrer en collision avec la Terre et provoquer la fin du monde.

La catastrophe annoncée n’a finalement pas lieu, mais un fragment du corps céleste tombe dans l’océan Arctique. Calys découvre qu’il contient un métal inconnu et organise une expédition scientifique pour en prendre possession. Tintin et le capitaine Haddock embarquent alors à bord de l’Aurore.

Une ouverture véritablement apocalyptique

Les premières pages comptent parmi les plus inquiétantes dessinées par Hergé. La chaleur étouffante, le bitume qui fond, les rats qui fuient les égouts et l’immense étoile visible dans le ciel installent une impression de fin du monde.

Le prophète Philippulus, vêtu d’un drap blanc et annonçant le châtiment des hommes, renforce cette atmosphère. La frontière entre la réalité et le cauchemar devient incertaine, notamment lorsque Tintin imagine une araignée gigantesque traversant la lunette de l’observatoire.

Cette ouverture exceptionnelle promet cependant une catastrophe plus ambitieuse que celle finalement racontée.

Une expédition scientifique transformée en course

La seconde partie adopte une structure plus classique. L’expédition européenne dirigée par le professeur Calys doit atteindre l’aérolithe avant un navire concurrent, le Peary. Les sabotages et les manœuvres adverses transforment progressivement la mission scientifique en compétition internationale.

Cette course apporte du suspense, mais plusieurs obstacles paraissent artificiels. Le carburant saboté, les faux messages de détresse et les changements de position de l’aérolithe servent surtout à retarder l’arrivée de Tintin.

Le capitaine Haddock apporte heureusement une énergie comique bienvenue, notamment à travers son rôle paradoxal de président d’une association de marins antialcooliques.

Une science particulièrement fantaisiste

Le métal découvert par Calys provoque une croissance accélérée des organismes vivants. Une simple pomme produit un arbre immense, tandis que les champignons et les insectes prennent des proportions inquiétantes.

Ces transformations donnent naissance à des images spectaculaires et presque surréalistes. Elles ne reposent toutefois sur aucune logique scientifique cohérente. L’aérolithe lui-même semble changer de taille et de comportement selon les besoins du récit.

La dimension fantastique peut être acceptée comme telle, mais elle contraste avec le sérieux apparent de l’expédition et des scientifiques présents à bord.

Une version originale marquée par l’antisémitisme

Le principal financier de l’expédition concurrente s’appelait initialement Blumenstein. Son apparence et son comportement reprenaient les codes des caricatures antisémites diffusées à l’époque. Il représentait également une puissance financière américaine opposée à l’expédition européenne de Tintin.

Une scène publiée dans Le Soir, mais retirée avant l’impression de l’album, montrait également deux commerçants juifs se réjouissant de la fin du monde parce qu’ils n’auraient plus à rembourser leurs créanciers.

Hergé modifie ensuite plusieurs éléments : Blumenstein devient Bohlwinkel et son pays est remplacé par l’État fictif de São Rico. Ces changements atténuent la dimension politique de l’affrontement sans effacer complètement l’origine problématique du personnage.

Le contexte troublant de la publication

L’histoire paraît dans Le Soir alors que le journal est placé sous le contrôle de l’occupant allemand. Hergé évite les références directes à la guerre, mais la composition des deux expéditions reflète malgré tout le contexte politique du moment.

Cette période ne retire rien aux qualités graphiques de l’album, mais elle reste indispensable pour comprendre certains choix narratifs et visuels. L’Étoile mystérieuse est ainsi l’un des Tintin pour lesquels le contexte de création influence le plus fortement la lecture contemporaine.

Le premier Tintin directement publié en couleurs

L’Étoile mystérieuse est le premier album de la série conçu directement pour une édition de 62 pages en couleurs. Hergé adapte son découpage au nouveau format et utilise les couleurs pour renforcer l’étrangeté des phénomènes.

Les teintes rouges de l’ouverture, le blanc des paysages arctiques et les formes gigantesques présentes sur l’aérolithe donnent à l’ensemble une véritable puissance visuelle. Malgré ses défauts narratifs, l’album contient certaines des images les plus mémorables de la série.

En résumé

L’Étoile mystérieuse séduit par son ouverture apocalyptique, son atmosphère fantastique et ses trouvailles graphiques. La seconde partie se révèle plus conventionnelle et repose sur une science très approximative. Surtout, les caricatures antisémites et le contexte de publication empêchent de considérer l’album indépendamment de ses zones d’ombre. Une aventure marquante et visuellement fascinante, mais profondément ambivalente.

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