Les Aventures de Tintin — Tome 11
Le Secret de La Licorne
Éditeur : Casterman
Sortie originale : 1 octobre 1943
Publié en 1943, Le Secret de La Licorne ouvre le premier grand récit de Tintin développé sur deux albums. À partir d’une simple maquette achetée au marché aux puces, Hergé entremêle une enquête policière, l’histoire de la famille Haddock et la promesse d’un trésor disparu. Une mécanique narrative d’une remarquable précision.
Une maquette particulièrement convoitée
Tintin achète au marché aux puces une maquette de bateau qu’il souhaite offrir au capitaine Haddock. Deux hommes tentent immédiatement de la lui racheter, mais le reporter refuse leurs propositions.
Le capitaine reconnaît dans cette maquette la reproduction de La Licorne, un navire commandé au XVIIe siècle par son ancêtre, le chevalier François de Hadoque. Lorsque l’objet est volé et que l’appartement de Tintin est fouillé, les deux amis comprennent que le modèle réduit dissimule un secret.
Trois maquettes pour une seule énigme
Hergé construit toute son intrigue autour de trois reproductions identiques de La Licorne. Chacune contient un parchemin portant une partie d’un message chiffré. Réunis et superposés, les documents doivent révéler l’emplacement du trésor de Rackham le Rouge.
Cette mécanique permet de relier naturellement les différents personnages. Tintin, Ivan Sakharine, les frères Loiseau et plusieurs mystérieux poursuivants recherchent les mêmes objets sans toujours connaître leur véritable importance.
L’enquête avance avec une précision remarquable. Chaque détail aperçu au début de l’album finit par trouver sa place, depuis le mât brisé de la maquette jusqu’aux vols de portefeuilles étudiés par Dupond et Dupont.
Haddock rencontre son propre passé
Le capitaine Haddock découvre les mémoires de son ancêtre et raconte à Tintin l’abordage de La Licorne par le pirate Rackham le Rouge. Le récit fait alors un bond de plusieurs siècles et reconstitue l’affrontement entre les deux navires.
Haddock ne se contente pas de lire cette histoire : il la rejoue entièrement dans son appartement. Emporté par son récit, il incarne simultanément son ancêtre, les marins et le pirate, détruisant au passage une partie de son mobilier.
Cette séquence associe parfaitement l’humour, l’action et l’émotion. Elle donne également au capitaine une histoire familiale qui enrichit considérablement son personnage.
Un récit d’aventure sans véritable voyage
Contrairement à la plupart des albums précédents, Le Secret de La Licorne se déroule presque entièrement dans les appartements de Tintin et Haddock, au marché aux puces et au château de Moulinsart.
Le voyage naît principalement du récit du chevalier de Hadoque. Hergé démontre ainsi qu’il n’a plus besoin d’envoyer immédiatement Tintin à l’autre bout du monde pour créer une grande aventure. Quelques objets, des souvenirs et une énigme suffisent à ouvrir un horizon beaucoup plus vaste.
Cette construction annonce une série désormais moins dépendante de l’exotisme et davantage centrée sur ses personnages.
Le château de Moulinsart entre dans la série
Le château de Moulinsart apparaît ici pour la première fois, même s’il appartient encore aux frères Loiseau. Ces antiquaires y dissimulent leurs activités criminelles sous l’œil de leur domestique Nestor.
Le bâtiment devient le décor d’une partie importante de l’enquête, avec ses caves, ses passages et ses collections. Il occupera bientôt une place centrale dans l’univers de Tintin en offrant enfin aux personnages un véritable foyer commun.
Nestor fait lui aussi sa première apparition. Encore au service des antagonistes, il montre déjà la loyauté et le sérieux qui définiront son rôle dans les albums suivants.
Plusieurs intrigues parfaitement entremêlées
L’affaire des maquettes se déroule parallèlement à une mystérieuse série de vols de portefeuilles sur laquelle enquêtent Dupond et Dupont. Cette intrigue secondaire paraît d’abord sans rapport avec le trésor.
Hergé parvient pourtant à faire converger les deux affaires sans donner l’impression d’une coïncidence artificielle. Les maladresses des policiers apportent de l’humour, tandis que leur enquête contribue réellement à la résolution du mystère.
Cette capacité à réunir plusieurs fils narratifs constitue l’une des plus grandes réussites du scénario.
Une mise en scène d’une remarquable inventivité
Le dessin atteint un sommet lors du récit de l’abordage de La Licorne. Hergé passe constamment de l’appartement de Haddock au navire de son ancêtre, jusqu’à faire visuellement fusionner les deux personnages.
Les gestes du capitaine deviennent ceux du chevalier de Hadoque, tandis que les objets de son appartement se transforment en éléments du combat. Cette mise en scène donne du mouvement à un long récit historique sans jamais perdre le lecteur.
La maquette du navire bénéficie également d’un travail documentaire exceptionnel. Sa précision rend crédible toute l’énigme construite autour de ses trois exemplaires.
En résumé
Le Secret de La Licorne est l’une des plus grandes réussites narratives d’Hergé. Les trois maquettes, les parchemins, les vols de portefeuilles et le passé de Haddock s’assemblent dans une intrigue parfaitement maîtrisée. L’album ne propose pas encore la découverte du trésor, mais transforme sa préparation en une aventure passionnante. Un premier volet presque irréprochable, qui trouve son prolongement direct dans Le Trésor de Rackham le Rouge.
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