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Rodéo

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Lucky Luke — Tome 2

Rodéo

Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 juin 1949

3/5

Publié en 1949, Rodéo réunit trois courtes aventures entièrement écrites et dessinées par Morris. Le héros participe à une compétition, affronte les bandits de Desperado City et provoque une ruée vers l’or. Plus varié et mieux rythmé que La Mine d’or de Dick Digger, l’album reste cependant très éloigné de la précision des futurs classiques.

Trois histoires aux qualités inégales

L’histoire-titre confronte Lucky Luke à Cactus Kid pendant un rodéo. La rivalité offre une progression simple, mais efficace, fondée sur les sabotages du bandit et les différentes épreuves de la compétition.

Lucky Luke à Desperado City se rapproche davantage du western classique. Le héros arrive dans une ville terrorisée par les frères Pistol et tente d’y rétablir l’ordre. Morris commence ici à exploiter une situation qui deviendra récurrente dans la série : le justicier solitaire face à une population incapable de se défendre.

La Ruée vers l’or de Buffalo Creek se distingue par un humour plus absurde. Une plaisanterie de Lucky Luke déclenche une folie collective et montre que l’appât du gain peut transformer toute une ville. Ce troisième récit, plus satirique, est aussi le plus proche du ton futur de la série.

Lucky Luke commence à trouver sa fonction

Le héros reste encore peu développé psychologiquement, mais son rôle devient plus clair. Il traverse l’Ouest, intervient lorsqu’une injustice se présente et repart une fois l’ordre rétabli.

Son calme et son habileté contrastent mieux avec l’agitation des autres personnages. Quelques attitudes annoncent déjà le cow-boy ironique et presque invincible des albums ultérieurs.

Lucky Luke demeure néanmoins très impulsif. Il participe davantage aux bagarres et utilise son revolver avec une liberté qui disparaîtra progressivement. Son code moral existe, mais n’est pas encore précisément défini.

Des adversaires plus amusants que menaçants

Cactus Kid et les frères Pistol correspondent aux premiers modèles de bandits créés par Morris. Ils sont brutaux, tricheurs et assez stupides pour préparer eux-mêmes leur défaite.

Leur apparence immédiatement caricaturale facilite la lecture. Morris sait déjà dessiner un caractère à partir d’une silhouette, d’une moustache ou d’une démarche.

Ces adversaires manquent toutefois de personnalité. Ils représentent davantage des obstacles successifs que de véritables personnages et ne possèdent ni la présence des Dalton ni la complexité des futurs hors-la-loi de la série.

La ruée vers l’or révèle le potentiel satirique

Le dernier récit est le plus intéressant parce qu’il dépasse la confrontation traditionnelle entre un héros et des bandits. Toute une communauté bascule dans la cupidité après l’annonce d’une découverte pourtant imaginaire.

Morris se moque des prospecteurs, des commerçants et des opportunistes qui cherchent à profiter de la situation. Lucky Luke devient presque le spectateur d’un désordre qu’il a lui-même provoqué.

La satire reste élémentaire, mais elle annonce une évolution majeure. Le western ne sert plus seulement de décor à des poursuites : il devient un moyen de caricaturer les comportements humains et les mythes américains.

Un dessin toujours marqué par l’animation

Les personnages restent très ronds, avec des gestes exagérés et des corps soumis à la logique élastique du cartoon. Les chutes, les explosions et les coups produisent l’essentiel du comique visuel.

Le trait gagne pourtant en assurance par rapport au premier album. Les scènes d’action sont plus lisibles, les silhouettes mieux différenciées et les décors commencent à donner une identité aux villes traversées.

Certaines cases restent surchargées ou maladroites. Morris apprend encore à organiser ses planches et à ralentir l’action lorsque le récit le demande. L’énergie graphique compense largement ces irrégularités.

Jolly Jumper progresse encore peu

Jolly Jumper accompagne Lucky Luke et joue un rôle pratique dans les poursuites, mais n’est toujours pas le partenaire sarcastique que connaîtront les lecteurs.

Quelques réactions lui donnent davantage de présence, sans faire de lui un personnage autonome. L’absence de dialogue limite encore fortement la complicité entre le cheval et son cavalier.

Le célèbre duo est donc en cours de formation. Lucky Luke possède déjà sa monture emblématique, mais pas encore ce contrepoint capable de commenter ses exploits et de révéler son caractère.

En résumé

Rodéo montre des progrès évidents par rapport à La Mine d’or de Dick Digger. Les trois histoires offrent davantage de variété, le dessin devient plus lisible et La Ruée vers l’or de Buffalo Creek laisse apparaître les premières ambitions satiriques de Morris. Lucky Luke manque encore de personnalité, Jolly Jumper reste secondaire et les adversaires sont très génériques. Un album plaisant et historiquement important, mais encore loin de la maturité future de la série.

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