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Les Dalton se rachètent

Couverture de Les Dalton se rachètent

Lucky Luke — Tome 26

Les Dalton se rachètent

René Goscinny et Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 juin 1965

5/5

Libérés à titre expérimental, les Dalton doivent rester irréprochables pendant trente jours pour obtenir définitivement leur liberté. Cette excellente idée permet à Goscinny de renouveler ses célèbres bandits tout en tournant en dérision la justice, la réinsertion et le poids d’une mauvaise réputation.

Des Dalton condamnés à l’honnêteté

La grande réussite de l’album consiste à placer les Dalton dans une situation contraire à leur nature. Ils ne doivent plus s’évader ou préparer un hold-up, mais respecter la loi sous la surveillance de Lucky Luke.

Goscinny tire de cette inversion de nombreux gags. Joe supporte très mal de devoir se comporter correctement, tandis qu’Averell semble presque capable de s’habituer à cette nouvelle existence. Leur différence de caractère apparaît ici avec une efficacité particulière.

Le scénario ne transforme toutefois jamais sérieusement les Dalton. Leur honnêteté reste une contrainte provisoire, surtout pour Joe, qui attend la fin de la période d’essai afin de reprendre immédiatement ses activités criminelles.

Une satire amusante de la réinsertion

L’expérience repose sur une conception volontairement absurde de la justice : trente jours suffiraient pour déterminer si des criminels sont définitivement réformés. Le sénateur à l’origine de la loi traite les Dalton comme les sujets d’une démonstration politique plutôt que comme des individus.

L’album montre également que la réinsertion dépend du regard de la société. Même lorsqu’ils tentent de travailler honnêtement, les Dalton continuent d’effrayer les habitants. Leur réputation est si forte que personne ne croit véritablement à leur changement.

Cette dimension donne davantage de profondeur à l’histoire. Les frères sont certes responsables de leur situation, mais le monde extérieur semble lui aussi incapable de leur accorder une seconde chance.

Une réputation impossible à abandonner

Goscinny exploite intelligemment l’image des Dalton. Leur simple présence suffit à provoquer la panique, même lorsqu’ils ne commettent aucun délit. Ils découvrent ainsi qu’ils peuvent parfois obtenir ce qu’ils veulent sans enfreindre directement la loi.

L’arrivée de bandits se faisant passer pour eux renforce ce thème. Les véritables Dalton deviennent victimes de leur propre légende, puisque les crimes commis par leurs imitateurs risquent de faire échouer leur période de probation.

Cette intrigue secondaire apporte un suspense efficace, tout en posant une question intéressante : comment prouver son innocence lorsque tout le monde vous croit naturellement coupable ?

Lucky Luke, gardien peu impartial

Chargé de surveiller les Dalton, Lucky Luke occupe une position inhabituelle. Il ne les pourchasse plus, mais doit empêcher leurs provocations, vérifier leur comportement et parfois les protéger des conséquences de leur réputation.

Le héros se montre aussi rusé que d’habitude. Son stratagème final, fondé sur une manipulation du calendrier, pousse les Dalton à révéler leurs véritables intentions avant l’expiration du délai. La résolution est drôle, claire et parfaitement adaptée à Joe.

Elle rend cependant l’expérience légèrement truquée. Lucky Luke ne se contente pas d’observer les Dalton : il organise leur rechute. Cette ambiguïté est amusante, mais elle réduit la portée du discours sur la réhabilitation, puisque le scénario refuse finalement de laisser aux prisonniers la moindre chance de réussir.

Rantanplan en enquêteur catastrophique

Rantanplan tente de retrouver Lucky Luke après avoir compris que les Dalton ne sont plus en prison. Comme toujours, ses raisonnements absurdes et sa mémoire défaillante transforment une mission simple en interminable confusion.

Ses interventions offrent quelques excellents gags, notamment lorsqu’il essaie désespérément de retrouver le nom du cow-boy. Le résultat illustre parfaitement son talent pour parvenir à une conclusion totalement fausse à partir d’indices pourtant évidents.

Cette intrigue reste néanmoins assez détachée du récit principal. Elle fonctionne surtout comme une succession d’intermèdes comiques et ralentit parfois une histoire qui se suffit largement avec les Dalton.

Une idée exploitée avec beaucoup de précision

Morris excelle dans les réactions collectives provoquées par l’arrivée des quatre frères. Les habitants figés par la peur, les silhouettes identiques des faux Dalton et les colères explosives de Joe donnent au récit une grande efficacité visuelle.

La structure est également très solide. Chaque tentative des Dalton pour vivre honnêtement entraîne une nouvelle complication, jusqu’au piège final. L’album évite ainsi l’impression de répétition malgré un principe fondé sur un compte à rebours de trente jours.

Tout n’est pas également approfondi : la satire de la justice reste légère et les faux Dalton servent surtout à relancer l’action. Mais la mécanique comique est si bien réglée que ces limites deviennent secondaires.

En résumé

Les Dalton se rachètent repose sur l’une des meilleures idées imaginées autour des quatre frères : les obliger à devenir honnêtes. Goscinny exploite brillamment le contraste entre leur conduite officielle et leurs véritables intentions, tout en évoquant le poids de la réputation et les limites de la réinsertion. Malgré un passage de Rantanplan un peu périphérique et une expérience volontairement faussée par Lucky Luke, l’ensemble demeure inventif, rythmé et extrêmement drôle. Un grand classique de la série.

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