Lucky Luke — Tome 17
Sur la piste des Dalton
Éditeur : Dupuis
Sortie originale : 1 janvier 1962
Publié en 1962, Sur la piste des Dalton reprend une situation déjà familière : les quatre frères s’évadent et Lucky Luke doit les ramener au pénitencier. René Goscinny et Morris renouvellent pourtant complètement la formule grâce à l’apparition de Rantanplan, chien pisteur si stupide qu’il devient un obstacle pour tous les camps. Une aventure particulièrement drôle, devenue l’un des albums essentiels de la série.
Une nouvelle évasion, mais un récit renouvelé
Après L’Évasion des Dalton, le retour immédiat des quatre frères pouvait donner l’impression que la série commençait déjà à se répéter. Le point de départ est effectivement presque identique : les Dalton quittent leur prison et reprennent leurs activités criminelles.
Goscinny évite cependant la redite en construisant l’histoire autour de la poursuite. Les changements de direction, les arrestations provisoires et les retournements de situation maintiennent un rythme remarquable.
Lucky Luke refuse d’abord de repartir à leur recherche, comme s’il prenait lui-même conscience du caractère répétitif de sa mission. Il ne se décide qu’après le vol des chevaux d’un ami, donnant à son intervention une motivation plus personnelle.
Rantanplan, une idée comique géniale
Rantanplan est présenté comme un chien de garde et de pistage, mais il comprend systématiquement le contraire de ce que l’on attend de lui. Il perd les traces les plus évidentes, suit de mauvaises pistes et considère Joe Dalton comme son maître bien-aimé.
Sa bêtise ne repose pas seulement sur ses actions. Le lecteur découvre également ses pensées, constamment en décalage avec la réalité. Rantanplan interprète chaque accident comme la confirmation de son intelligence et ne doute jamais de ses capacités.
Le personnage pourrait rapidement devenir agaçant, mais Goscinny dose très bien ses interventions. Rantanplan provoque des catastrophes, tout en contribuant parfois involontairement à la résolution de l’intrigue.
Un contrepoint parfait à Jolly Jumper
La rencontre entre Rantanplan et Jolly Jumper enrichit encore le comique. Le cheval de Lucky Luke comprend parfaitement les situations et observe avec consternation les erreurs du chien.
Le contraste est immédiat : Jolly Jumper représente l’intelligence, la fidélité et l’efficacité, tandis que Rantanplan transforme chaque consigne simple en problème insoluble. Le mépris du cheval devient aussi amusant que les maladresses du chien.
Cette opposition donne davantage de place à Jolly Jumper, dont les réflexions deviennent un véritable commentaire de l’action. Lucky Luke n’est plus seulement accompagné d’animaux : ceux-ci développent désormais leur propre dynamique comique.
Les Dalton trouvent leur équilibre
Joe et Averell confirment les personnalités installées dans les albums précédents. Joe reste obsédé par Lucky Luke, tandis qu’Averell se montre naïf, gourmand et étonnamment attaché à Rantanplan.
Cette affection constitue l’un des éléments les plus réussis de l’histoire. Averell reconnaît dans le chien une innocence proche de la sienne, même si leurs interactions compromettent régulièrement les plans du groupe.
William et Jack restent plus effacés, mais les Dalton fonctionnent désormais comme une véritable unité. Leurs disputes et leurs réactions en chaîne permettent à Morris de créer des gags aussi bien graphiques que dialogués.
Une poursuite aux rapports de force mouvants
Lucky Luke n’exerce pas une domination constante sur ses adversaires. Il capture Joe, se fait ensuite arrêter par les trois autres frères et devient finalement une monnaie d’échange.
Ces renversements donnent au récit une tension supérieure à celle de L’Évasion des Dalton. Même si le lecteur ne doute jamais de la victoire finale du héros, celui-ci doit réellement improviser pour reprendre le contrôle.
La résolution conserve une part importante de hasard. Les erreurs de Rantanplan jouent un rôle presque aussi décisif que les capacités de Lucky Luke, mais cette logique correspond parfaitement au ton de l’album.
Morris au sommet de son efficacité comique
Le dessin de Morris est remarquablement expressif. Rantanplan possède une silhouette légèrement dégingandée et un regard vide qui traduisent sa personnalité avant même qu’il ne commence à penser.
Les scènes réunissant le chien, Jolly Jumper et les quatre Dalton sont particulièrement réussies. Chaque personnage réagit différemment, sans jamais rendre les cases confuses.
Les poursuites conservent une excellente lisibilité et les paysages accompagnent naturellement les changements de rythme. Morris maîtrise désormais pleinement l’univers graphique de Lucky Luke.
En résumé
Sur la piste des Dalton reprend une intrigue d’évasion déjà utilisée, mais l’arrivée de Rantanplan la transforme en réussite majeure. Le chien apporte une nouvelle forme d’humour, enrichit Jolly Jumper et perturbe autant Lucky Luke que les Dalton. Les quatre frères trouvent également leur dynamique presque définitive. Drôle, rythmé et parfaitement dessiné, cet album installe plusieurs éléments fondamentaux de la série.
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