Lucky Luke — Tome 31
Tortillas pour les Dalton
Éditeur : Dupuis
Sortie originale : 1 décembre 1967
Accidentellement libérés par le bandit mexicain Emilio Espuelas, les Dalton tentent de poursuivre leur carrière de l’autre côté de la frontière. Goscinny et Morris renouvellent efficacement leur formule grâce à un décor coloré, des situations absurdes et une confrontation savoureuse entre deux conceptions du banditisme.
Les Dalton complètement dépaysés
Le déplacement de l’action au Mexique permet de sortir les Dalton de leur environnement habituel. Habitués aux banques américaines, ils découvrent un pays dont ils comprennent mal les usages et où leur réputation ne produit pas toujours l’effet attendu.
Joe tente naturellement de prendre le commandement, mais son autorité se heurte à celle d’Emilio Espuelas. Cette confrontation entre deux chefs également orgueilleux constitue l’un des principaux moteurs comiques de l’album.
Les quatre frères restent fidèles à leurs personnalités. Jack et William suivent les événements sans grande initiative, Averell pense essentiellement à manger et Joe s’épuise à imposer des plans qui tournent inévitablement au désastre.
Emilio Espuelas, un excellent rival pour Joe
Emilio n’est pas seulement le bandit qui libère les Dalton : il devient rapidement leur concurrent. Il possède sa propre bande, son territoire et une conception théâtrale du métier de hors-la-loi.
Goscinny joue habilement sur la méfiance entre les deux groupes. Chacun espère utiliser l’autre tout en préparant une éventuelle trahison. Leur association ne repose jamais sur une véritable confiance, mais sur un rapport de force constamment renégocié.
Emilio apporte ainsi une énergie nouvelle à la dynamique des Dalton. Il oblige Joe à partager la vedette et révèle son incapacité à supporter qu’un autre criminel puisse lui donner des ordres.
Une réputation qui ne franchit pas facilement la frontière
Les Dalton pensent pouvoir reproduire au Mexique les attaques qui ont fait leur célébrité aux États-Unis. Ils découvrent pourtant des banques vides et des habitants qui ne réagissent pas comme ils l’espéraient.
Le braquage d’un établissement sans argent est particulièrement réussi. Le banquier se montre presque reconnaissant, car l’attaque donne enfin à son commerce une apparence respectable. Goscinny détourne ainsi les codes du western en montrant que la réputation d’un bandit dépend aussi du monde dans lequel il agit.
Cette idée aurait cependant pu être développée davantage. Après quelques tentatives infructueuses, le scénario abandonne en partie l’adaptation des Dalton au Mexique pour revenir vers une intrigue plus traditionnelle de capture et de rançon.
Lucky Luke plus discret qu’à l’ordinaire
Lucky Luke se lance à la poursuite des Dalton, mais il laisse longtemps les bandits occuper le centre du récit. Cette relative discrétion permet à leur association avec Emilio de se développer pleinement.
Le cow-boy reste néanmoins indispensable au dénouement. Son déguisement et son infiltration reposent sur sa capacité à anticiper les réactions de ses adversaires plutôt que sur sa rapidité au revolver.
Cette utilisation mesurée du héros fonctionne bien. Lucky Luke n’écrase pas les personnages secondaires, même si son absence pendant une partie de l’album réduit légèrement la tension liée à la poursuite.
Des mariachis particulièrement peu mélodieux
La séquence dans laquelle les Dalton doivent se déguiser en mariachis compte parmi les meilleurs passages de l’aventure. Leur incapacité à chanter correctement transforme une opération supposément discrète en catastrophe annoncée.
Morris exploite parfaitement leurs différences de taille, leurs costumes et leurs expressions concentrées. Le gag de la mayonnaise qui tourne sous l’effet de leur chant pousse l’absurde jusqu’à une conclusion mémorable.
Plus largement, le dessin donne au Mexique une identité immédiatement reconnaissable. Les villages, les haciendas, les costumes et les paysages offrent une rupture visuelle bienvenue avec les habituelles petites villes américaines.
Un Mexique très caricatural
Comme souvent dans les albums de voyage de cette période, le pays visité est présenté à travers une accumulation de signes facilement identifiables. Sombreros, tortillas, siestes, mariachis et noms interminables composent l’essentiel du décor culturel.
Ces clichés sont utilisés avec une réelle efficacité comique et les personnages mexicains ne sont pas tous présentés de manière négative. Ils restent néanmoins rarement développés au-delà de leur fonction humoristique.
L’album conserve donc beaucoup de charme, mais son portrait du Mexique semble aujourd’hui plus conventionnel que véritablement observé. Sa satire fonctionne mieux lorsqu’elle vise les Dalton et les codes du western que lorsqu’elle décrit la population locale.
En résumé
Tortillas pour les Dalton renouvelle efficacement les célèbres bandits en les confrontant à un territoire dont ils ne maîtrisent ni les habitudes ni les rapports de force. Emilio Espuelas forme un excellent rival pour Joe, tandis que le braquage de la banque vide et le déguisement en mariachis offrent plusieurs scènes mémorables. Lucky Luke demeure légèrement en retrait et le Mexique repose sur des clichés très visibles, mais l’album reste rythmé, inventif et particulièrement drôle.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.


