Lucky Luke — Tome 16
Le Magot des Dalton
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 1 mars 1980
Pour retrouver le calme dans sa cellule, le faussaire Fénimore Buttercup invente un trésor caché sous un rocher rouge à Red Rock Junction. Les Dalton s’évadent aussitôt pour le retrouver, bientôt suivis par Lucky Luke. Vicq reprend efficacement les personnages de la série, mais son intrigue très classique souffre de répétitions et de la comparaison avec Goscinny.
Un mensonge particulièrement efficace
Buttercup ne cherche ni à s’évader ni à s’associer aux Dalton. Il souhaite seulement se débarrasser de compagnons de cellule devenus insupportables et invente spontanément l’existence d’un magot.
Le plan fonctionne parce qu’il exploite parfaitement leur cupidité. Joe se persuade immédiatement que le prisonnier a révélé son secret par imprudence et organise une nouvelle évasion sans vérifier la moindre information.
Cette introduction est probablement la meilleure idée de l’album. Buttercup vainc les Dalton sans violence et presque sans effort, uniquement en leur racontant ce qu’ils avaient envie d’entendre.
Les Dalton prisonniers de leur cupidité
Arrivés à Red Rock Junction, les quatre frères découvrent que la région regorge de rochers rouges. Plutôt que d’admettre qu’ils ont peut-être été trompés, ils commencent à fouiller méthodiquement chaque emplacement possible.
Joe refuse naturellement de remettre en cause son raisonnement. Plus la recherche devient absurde, plus il se montre convaincu que le trésor existe. Ses frères obéissent malgré leur fatigue, Averell pensant surtout aux repas manqués.
Vicq retrouve correctement les principales caractéristiques des Dalton. Leur dynamique reste amusante, mais leurs dialogues manquent parfois de la précision et des doubles sens que Goscinny savait donner à leurs disputes.
Red Rock Junction victime de la chasse
La recherche du magot entraîne progressivement la destruction de la ville. Chaque bâtiment, chaque rue et chaque élément du décor peuvent dissimuler le fameux rocher mentionné par Buttercup.
Cette escalade produit de bons gags visuels. Les Dalton déplacent ou détruisent des constructions avec une détermination disproportionnée, tandis que les habitants assistent presque impuissants au démantèlement de leur ville.
La mécanique devient néanmoins répétitive. Une fois le principe compris, le lecteur sait que chaque nouvel obstacle sera sacrifié au nom du trésor. Le scénario multiplie les variations sans parvenir à renouveler complètement la situation.
Le juge Poindexter et la justice paralysée
Red Rock Junction possède un immense pénitencier presque vide. Le shérif arrête bien les criminels, mais le juge Poindexter se montre si indulgent qu’il refuse pratiquement de condamner qui que ce soit.
Vicq développe ici une satire intéressante de la justice. L’État a investi dans une prison très moderne, mais celle-ci reste inutile parce que les institutions chargées de la remplir ne fonctionnent pas ensemble.
Le juge considère les délinquants avec une bienveillance totalement déconnectée des conséquences de leurs actes. Ce personnage apporte un second thème à l’album, même si son lien avec la chasse au trésor semble parfois artificiel.
Lucky Luke davantage spectateur qu’enquêteur
Lucky Luke comprend rapidement que les Dalton se dirigent vers Red Rock Junction et part à leur poursuite. Il doit ensuite limiter les dégâts et tenter de rétablir le fonctionnement de la justice locale.
Le héros paraît cependant moins moteur que dans les albums précédents. Les événements sont principalement provoqués par le mensonge de Buttercup, l’obstination des Dalton et les décisions absurdes du juge.
Lucky Luke intervient pour remettre de l’ordre, mais son enquête ne comporte ni véritable mystère ni adversaire susceptible de rivaliser avec lui. Sa victoire semble donc acquise dès son arrivée.
Une reprise prudente après Goscinny
Vicq hérite d’une série profondément marquée par l’écriture de René Goscinny. Plutôt que de chercher à la transformer, il reprend ses éléments les plus identifiables : une évasion, un plan de Joe, une ville dysfonctionnelle et une satire institutionnelle.
Cette fidélité permet à l’album de rester immédiatement reconnaissable. Les personnages parlent et agissent globalement comme le lecteur l’attend, sans rupture brutale avec la période précédente.
Elle révèle aussi les limites du scénario. Les gags sont efficaces, mais rarement surprenants, et les personnages secondaires ne possèdent pas la même richesse que ceux des meilleurs albums de Goscinny.
Morris assure la continuité
Graphiquement, la transition est presque invisible. Morris conserve son sens du mouvement, ses silhouettes expressives et son talent pour représenter les colères de Joe.
La destruction progressive de Red Rock Junction donne lieu aux meilleures planches. Les bâtiments déplacés, les trous creusés et la transformation du décor permettent de mesurer visuellement l’ampleur du désastre.
Le dessin apporte ainsi une énergie que le scénario ne possède pas toujours. Même lorsque la recherche devient répétitive, Morris maintient une excellente lisibilité et trouve de nouvelles manières de mettre les Dalton en difficulté.
En résumé
Le Magot des Dalton constitue une reprise honnête et divertissante après la disparition de René Goscinny. Le mensonge de Fénimore Buttercup lance parfaitement l’aventure, tandis que la cupidité des Dalton et l’indulgence absurde du juge Poindexter offrent plusieurs bons gags. L’intrigue s’étire toutefois autour d’une recherche répétitive et Lucky Luke reste souvent en retrait. Vicq respecte efficacement la formule, mais ne retrouve pas encore la finesse ni la densité des meilleurs scénarios de la série.
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