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Fingers

Couverture de Fingers

Lucky Luke — Tome 22

Fingers

Lo Hartog van Banda, Morris et Olivier Venet

Éditeur : Dargaud

Sortie originale : 1 septembre 1983

4/5

Prestidigitateur aussi élégant que kleptomane, Fingers provoque accidentellement l’évasion des Dalton avant d’aider Lucky Luke à les capturer. Gracié à condition de rester sous la surveillance du cow-boy, il tente ensuite de résister à ses mains qui dérobent tout ce qu’elles trouvent. Cet adversaire original apporte beaucoup de fantaisie à la série, même si le scénario finit par répéter un peu trop souvent la même plaisanterie.

Un personnage immédiatement fascinant

Fingers se distingue fortement des bandits habituellement rencontrés par Lucky Luke. Poli, raffiné et rarement violent, il utilise ses talents de prestidigitateur pour voler sans que ses victimes comprennent comment leurs objets ont disparu.

Le personnage possède également une certaine ambiguïté. Il affirme que ses mains agissent indépendamment de sa volonté et semble parfois sincèrement désolé des catastrophes qu’il provoque. Le lecteur ne sait donc jamais complètement s’il est un véritable criminel ou un gentleman incapable de contrôler son talent.

Cette personnalité donne à l’album une identité très particulière. Fingers ressemble davantage à Arsène Lupin ou à Mandrake le Magicien qu’à un hors-la-loi traditionnel du Far West.

Lucky Luke continuellement dépassé

Lucky Luke parvient habituellement à anticiper les plans de ses adversaires. Face à Fingers, il se retrouve pourtant presque toujours impuissant : même lorsqu’il surveille directement le magicien, celui-ci réussit à subtiliser des objets sous ses yeux.

Ce renversement est amusant, car il oblige le cow-boy à affronter un homme que son revolver ne peut pas réellement arrêter. Fingers ne cherche pas à le vaincre et ne représente pas une menace physique ; il détruit simplement toute possibilité de maintenir l’ordre.

Le procédé finit néanmoins par affaiblir légèrement Lucky Luke. Sa surveillance semble de plus en plus inutile et le héros devient parfois le simple témoin des tours accomplis par son compagnon.

Les Dalton réduits au rang de victimes

La première partie détourne efficacement l’évasion habituelle des Dalton. Fingers les libère presque sans le vouloir, puis les manipule avec une facilité déconcertante avant de permettre leur retour au pénitencier.

Joe supporte évidemment très mal d’être humilié par cet élégant prestidigitateur. Averell, au contraire, observe ses tours avec une admiration enfantine. Les réactions des quatre frères produisent quelques-uns des meilleurs gags de l’album.

Leur présence reste cependant limitée. Une fois leur arrestation terminée, ils disparaissent du récit et laissent entièrement la place à Fingers.

Une mécanique qui tourne progressivement en rond

L’idée des mains incontrôlables fonctionne très bien dans les premières pages. Chaque vol semble plus improbable que le précédent et Morris trouve de nombreuses manières visuelles de dissimuler les gestes du magicien.

Le scénario repose toutefois presque entièrement sur cette particularité. Fingers vole un objet, Lucky Luke le découvre, puis tente de réparer les conséquences avant qu’un nouveau larcin ne se produise.

L’aventure conserve un rythme agréable, mais manque d’un véritable enjeu dans sa seconde moitié. La séquence avec les Autochtones paraît notamment moins inspirée et conduit à une conclusion assez rapide.

Un changement historique pour Lucky Luke

Fingers marque l’abandon définitif de la cigarette par Lucky Luke, remplacée par le célèbre brin d’herbe. Cette modification ne change pas directement le scénario, mais transforme durablement l’image du personnage.

Le dessin de Morris reste particulièrement maîtrisé. La silhouette longiligne de Fingers, ses gestes précis et son costume élégant contrastent parfaitement avec les décors poussiéreux de l’Ouest.

L’album repose d’ailleurs beaucoup sur cette opposition visuelle. Fingers semble appartenir à un autre univers, ce qui renforce aussi bien son charme que le caractère artificiel de certaines situations.

En résumé

Fingers introduit l’un des personnages les plus originaux de la période suivant la disparition de Goscinny. Son élégance, sa kleptomanie et ses talents de prestidigitateur placent Lucky Luke face à un adversaire impossible à combattre avec les méthodes habituelles. Le scénario abuse légèrement de son principal gag et perd de sa force dans sa dernière partie, mais l’ensemble reste inventif, drôle et graphiquement très réussi.

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