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La Ballade des Dalton et autres histoires

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Lucky Luke — Tome 17

La Ballade des Dalton et autres histoires

René Goscinny, Morris, Greg et Pascal Dabère

Éditeur : Dargaud

Sortie originale : 1 mars 1986

4/5

Les Dalton doivent assassiner le juge et les jurés responsables de la pendaison de leur oncle Henry afin de toucher son héritage. Cette excellente idée, conçue pour le film d’animation de 1978, domine un album complété par trois récits courts plus anecdotiques. L’ensemble reste amusant, mais manque de l’unité des aventures classiques.

Un testament parfaitement adapté aux Dalton

L’oncle Henry promet sa fortune aux quatre frères à une condition : ils doivent venger sa mort en éliminant les neuf hommes responsables de sa condamnation. Lucky Luke est désigné comme témoin chargé de confirmer chaque décès.

Cette clause testamentaire associe parfaitement la cupidité des Dalton à leur tradition familiale. Joe accepte immédiatement la mission, moins par affection pour son oncle que par désir de mettre la main sur son argent.

Goscinny imagine ainsi un voyage construit autour de plusieurs tentatives de meurtre. Lucky Luke, capturé par les Dalton, doit protéger chaque cible tout en leur faisant croire qu’ils ont réussi.

Lucky Luke maître de l’illusion

La meilleure idée du récit consiste à obliger Lucky Luke à participer au plan. Comme sa parole est indispensable pour valider l’héritage, les Dalton ne peuvent ni l’éliminer ni l’abandonner.

Le héros utilise cette position pour organiser de faux assassinats. Chaque étape devient une petite mise en scène dans laquelle la victime doit simuler sa mort sans éveiller les soupçons de Joe.

Lucky Luke se transforme donc en réalisateur d’une immense tromperie. Sa rapidité au revolver compte moins que sa capacité à improviser et à exploiter l’intelligence très limitée de ses gardiens.

Une structure amusante mais répétitive

La recherche des membres du jury permet de varier les décors, les professions et les méthodes choisies par les Dalton. Chaque cible donne lieu à une nouvelle tentative et à un stratagème différent de Lucky Luke.

Cette construction conserve l’origine cinématographique de l’histoire. Les séquences s’enchaînent comme une série de sketches reliés par le voyage des personnages.

Le principe finit cependant par perdre une partie de son effet. Le lecteur comprend rapidement que Lucky Luke sauvera chaque victime et que les Dalton accepteront ses explications. Le suspense reste donc faible malgré l’inventivité de certaines situations.

Une adaptation moins naturelle qu’un véritable album

La Ballade des Dalton n’a pas été conçue directement comme une bande dessinée de quarante-quatre pages. Elle adapte le film écrit par René Goscinny, Morris et Pierre Tchernia, en condensant une aventure pensée pour le cinéma.

Cette origine se ressent dans le rythme. Certaines transitions sont rapides, tandis que plusieurs personnages ne disposent que de quelques cases avant de disparaître. L’ensemble ressemble davantage à un résumé illustré du film qu’à un scénario entièrement reconstruit pour la page.

Le dessin réalisé pour cette adaptation respecte l’univers de Morris, mais paraît parfois plus rigide et moins expressif que son travail direct. La narration reste claire sans atteindre la précision graphique des meilleurs albums.

Jolly Jumper amoureux

Dans Un amour de Jolly Jumper, le cheval de Lucky Luke traverse une profonde mélancolie. Son comportement inquiète son maître avant que la véritable raison de son état ne soit découverte.

Greg exploite avec tendresse la personnalité de Jolly Jumper. Le cheval habituellement ironique et sûr de lui devient vulnérable, donnant accès à une facette plus sentimentale du personnage.

Le récit reste très court et sa conclusion arrive rapidement, mais il constitue le complément le plus attachant du recueil. L’humour naît moins de la bêtise que du décalage entre les préoccupations humaines de Jolly Jumper et son statut de cheval.

Les débuts plus fragiles de Lucky Luke

Grabuge à Pancake Valley est une ancienne histoire conçue par Morris dans les années 1950. Lucky Luke part à la recherche de Jolly Jumper après la disparition de celui-ci.

Le récit possède l’énergie des premières aventures, mais son humour et sa narration paraissent plus rudimentaires. La conclusion atténue encore l’importance de ce qui vient d’être raconté.

Son intérêt est principalement historique. Elle permet de mesurer l’évolution graphique et narrative de la série, mais paraît très légère au milieu d’un album déjà constitué de récits disparates.

Une école de shérifs efficace

L’École des shérifs confie à Lucky Luke la formation de candidats incapables de manier correctement une arme. Le héros doit transformer ces élèves maladroits en représentants crédibles de la loi.

Le principe produit plusieurs bons gags visuels et rappelle les séquences d’apprentissage souvent utilisées avec les Dalton. Chaque élève possède une incompétence suffisamment marquée pour provoquer une catastrophe.

L’histoire fonctionne efficacement sur huit pages, mais ne dépasse jamais son idée de départ. Elle constitue un bon récit complémentaire plutôt qu’une aventure véritablement mémorable.

Un album sans véritable unité

Les quatre histoires ne partagent ni la même époque de création, ni les mêmes scénaristes, ni exactement la même approche graphique. Leur réunion répond surtout à la nécessité de rendre disponibles des récits restés en dehors de la collection classique.

Cette diversité offre plusieurs tons et met en avant les Dalton, Jolly Jumper ainsi que Lucky Luke formateur. Elle empêche cependant l’album de posséder une identité aussi forte qu’un récit complet.

La présence de La Ballade des Dalton suffit à donner de la valeur au recueil, mais les trois compléments ressemblent davantage à des bonus qu’à un ensemble réellement pensé comme tel.

En résumé

La Ballade des Dalton et autres histoires est dominée par une aventure principale construite autour d’une excellente idée : obliger les Dalton à faire certifier leurs crimes par Lucky Luke. Les faux assassinats et le testament de l’oncle Henry offrent plusieurs scènes très drôles, même si leur répétition réduit progressivement l’effet de surprise. Un amour de Jolly Jumper apporte une jolie parenthèse, tandis que les deux autres récits restent plus anecdotiques. Un bon recueil, mais moins cohérent et graphiquement moins abouti que les grands albums classiques.

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