Lucky Luke — Tome 33
Kid Lucky
Éditeur : Lucky Productions
Sortie originale : 1 avril 1995
Bien avant de devenir l’homme qui tire plus vite que son ombre, Lucky Luke n’est encore qu’un jeune orphelin surnommé Kid. Accompagné d’un vieux chercheur d’or alcoolique, il traverse l’Ouest, rencontre des Autochtones et découvre celui qui deviendra Jolly Jumper. Cette relecture de la jeunesse du héros possède une véritable énergie, mais peine parfois à trouver l’équilibre entre aventure familiale et parodie irrévérencieuse.
Une origine dont la série n’avait pas besoin
Lucky Luke fonctionne traditionnellement comme une figure presque mythologique. Son passé, sa famille et son apprentissage restent inconnus, renforçant l’image du cow-boy solitaire surgissant au moment où une ville a besoin de lui.
En racontant son enfance, l’album retire nécessairement une partie de ce mystère. La rencontre avec Jolly Jumper et les premières démonstrations de son adresse répondent à des questions que peu de lecteurs se posaient réellement.
Cette absence de nécessité n’empêche pas le récit d’être plaisant. Les auteurs évitent heureusement d’expliquer chaque détail de la personnalité future du héros et conservent plusieurs zones d’ombre.
Un Kid déjà très proche de Lucky Luke
Le jeune héros possède déjà le courage, le sens de la justice et le calme qui définiront l’adulte. Sa petite taille et son manque d’expérience provoquent quelques difficultés, mais son caractère semble presque entièrement formé.
Ce choix permet de reconnaître immédiatement Lucky Luke. Il limite cependant la possibilité d’une véritable évolution : Kid ne commet que rarement des erreurs et paraît souvent plus raisonnable que les adultes qui l’accompagnent.
L’album aurait gagné à montrer davantage ses hésitations ou les expériences ayant façonné sa morale. Il ressemble parfois à Lucky Luke placé dans un corps d’enfant plutôt qu’à une personnalité encore en construction.
Une tonalité plus irrévérencieuse
Le dessin de Didier Conrad apporte une énergie différente de celle de Morris. Les expressions sont plus exagérées, les mouvements plus nerveux et certains personnages volontairement grotesques.
Le vieux chercheur d’or incarne cette nouvelle tonalité. Sale, alcoolique et souvent irresponsable, il forme avec Kid un duo amusant, mais ses excès peuvent surprendre dans un album clairement destiné à rajeunir le lectorat.
L’humour oscille ainsi entre la série familiale et une parodie plus grinçante du western. Cette hésitation donne au récit une personnalité réelle, tout en rendant son ton parfois irrégulier.
La rencontre avec Jolly Jumper
L’apparition du jeune Jolly Jumper constitue naturellement le moment le plus attendu. L’album présente la naissance d’une complicité immédiate entre le garçon et le poulain.
Cette rencontre reste simple et attachante. Elle évite le sentimentalisme excessif et repose davantage sur l’action que sur de longues déclarations d’amitié.
Le futur cheval parlant ne possède pas encore toute sa personnalité, mais son intelligence est déjà visible. Sa présence donne surtout à Kid un compagnon capable de rendre son aventure plus personnelle.
Une représentation des Autochtones contradictoire
Le scénario tente de dépasser l’opposition traditionnelle entre cow-boys et Autochtones. Kid découvre une communauté avec ses propres règles et comprend que les premiers jugements portés sur elle sont incomplets.
Cette intention est affaiblie par plusieurs caricatures héritées des anciens westerns. Les noms, les comportements et certains gags restent construits autour de stéréotypes très marqués.
L’album se montre donc plus nuancé que certaines aventures anciennes, sans parvenir à renouveler entièrement la représentation des peuples autochtones.
Une tentative intéressante mais inaboutie
Kid Lucky cherche manifestement à reproduire le succès des séries racontant l’enfance de héros célèbres, particulièrement Le Petit Spirou. Il conserve toutefois une aventure complète plutôt que d’adopter une succession de gags en une page.
Ce choix permet au récit de disposer d’un véritable voyage et de plusieurs enjeux. L’intrigue manque néanmoins de direction et enchaîne parfois les épisodes sans progression très forte.
L’album reste surtout porté par son dessin expressif et sa curiosité : découvrir Lucky Luke avant qu’il ne devienne Lucky Luke.
En résumé
Kid Lucky propose une relecture dynamique et parfois irrévérencieuse de l’enfance du célèbre cow-boy. La rencontre avec Jolly Jumper est réussie et le dessin de Didier Conrad apporte une énergie nouvelle. Le héros paraît cependant déjà trop proche de sa version adulte, tandis que le récit hésite entre aventure jeunesse et humour plus grinçant. Une expérience intéressante, mais qui ne justifie pas totalement la disparition du mystère entourant les origines de Lucky Luke.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.


