Lucky Luke — Tome 35
Le Klondike
Éditeur : Lucky Productions
Sortie originale : 1 août 1996
Waldo Badminton demande à Lucky Luke de l’accompagner dans le Klondike afin de retrouver son ancien majordome Jasper, disparu après avoir annoncé qu’il avait découvert de l’or. Leur voyage les conduit jusqu’à Dawson, une ville dominée par l’escroc Soapy Smith. Cette suite inattendue du Pied-Tendre propose une satire sombre et documentée de la fièvre de l’or, malgré une accumulation parfois excessive de références.
Une suite tardive du Pied-Tendre
Le retour de Waldo Badminton permet de retrouver l’un des personnages secondaires les plus attachants créés par Goscinny. L’ancien gentleman anglais s’est parfaitement adapté à l’Ouest, sans perdre son élégance ni son optimisme.
Sa fidélité envers Jasper donne une véritable motivation au voyage. Contrairement aux missions généralement confiées à Lucky Luke, l’expédition repose sur une amitié sincère et non sur une demande officielle.
Waldo reste toutefois moins naïf et moins surprenant que dans sa première apparition. Son évolution est cohérente, mais le contraste culturel qui faisait une grande partie de son charme s’est naturellement atténué.
Une vision impitoyable de la ruée vers l’or
L’album montre des milliers d’hommes abandonnant leur emploi et leur famille dans l’espoir de devenir riches. La plupart affrontent le froid, la faim et les escroqueries sans jamais trouver la moindre pépite.
Yann et Jean Léturgie insistent davantage sur la folie collective que sur l’aventure héroïque. Les prospecteurs transportent des quantités absurdes de matériel, gravissent des cols dangereux et dépensent leurs dernières économies avant même d’atteindre les zones aurifères.
Cette représentation donne au récit une tonalité plus amère que celle de nombreux Lucky Luke. L’or ne récompense pas nécessairement le travail ou le courage : il enrichit surtout ceux qui savent exploiter la crédulité des chercheurs.
Soapy Smith, un escroc parfaitement adapté au décor
Soapy Smith contrôle Dawson grâce à une multitude de commerces et d’arnaques. Son faux télégraphe permet notamment de facturer des messages qui ne quitteront jamais la ville.
Le personnage historique devient un excellent adversaire pour Lucky Luke. Il ne cherche pas à l’affronter directement et préfère utiliser son influence, ses employés et la dépendance économique des habitants.
Son pouvoir aurait cependant mérité une confrontation plus développée. Soapy Smith domine une grande partie du récit, mais sa chute paraît relativement rapide face à l’efficacité de Lucky Luke.
Charlie Chaplin plane sur l’album
Les références à La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin sont nombreuses. La faim, les cabanes isolées, les prospecteurs épuisés et certaines situations physiques reprennent directement l’imaginaire du film.
Ces clins d’œil enrichissent l’ambiance et renforcent le mélange entre comédie et misère. Ils peuvent néanmoins devenir envahissants, particulièrement lorsqu’ils s’ajoutent aux apparitions de Jack London et d’autres figures historiques.
L’album donne parfois l’impression de vouloir placer le maximum de références possibles en quarante-quatre pages. Le récit conserve sa cohérence, mais certains personnages ne sont présents que pour être reconnus.
Lucky Luke presque spectateur de la folie collective
Lucky Luke accompagne Waldo, enquête sur la disparition de Jasper et affronte les hommes de Soapy Smith. Il reste pourtant relativement extérieur à la véritable histoire, qui concerne surtout ceux ayant tout sacrifié pour trouver de l’or.
Cette position lui convient. Son absence de cupidité contraste avec les prospecteurs et lui permet d’observer lucidement une population entièrement dominée par l’espoir de s’enrichir.
Le cow-boy paraît néanmoins trop invulnérable face aux conditions extrêmes. Le froid et les dangers du voyage affectent davantage ses compagnons que lui, ce qui réduit la dimension éprouvante de l’expédition.
Un dessin riche malgré quelques lourdeurs
Morris renouvelle ses décors en abandonnant les plaines désertiques pour les montagnes enneigées et les villes boueuses du Grand Nord. Les files de prospecteurs et l’agitation de Dawson donnent une grande ampleur visuelle au récit.
Les pages sont toutefois plus chargées que dans les albums classiques. Les nombreux dialogues, personnages et références réduisent parfois la fluidité de la lecture.
Les photographies historiques placées à la fin témoignent du travail de documentation, mais soulignent également la volonté très démonstrative de l’album de rattacher son humour à des faits réels.
En résumé
Le Klondike offre une vision drôle, documentée et parfois cruelle de la ruée vers l’or. Le retour de Waldo Badminton, la recherche de Jasper et l’excellent Soapy Smith donnent au récit une véritable personnalité. L’accumulation de références et une intrigue parfois trop dense limitent sa fluidité, mais l’album reste l’une des aventures les plus ambitieuses et réussies des dernières années de Morris.
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