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Belle Starr

Couverture de Belle Starr

Lucky Luke — Tome 34

Belle Starr

Xavier Fauche, Morris et le studio Leonardo

Éditeur : Lucky Productions

Sortie originale : 1 août 1995

3/5

À Fort Smith, Belle Starr se présente comme une généreuse bienfaitrice toujours prête à payer la caution des criminels. Lucky Luke comprend rapidement qu’elle utilise cette apparente charité pour constituer une véritable armée de bandits. L’idée permet une critique intéressante d’une justice accessible aux plus riches, mais l’album accumule tellement de personnages historiques qu’il finit par manquer de profondeur.

Une criminelle à l’apparence respectable

Belle Starr se distingue des adversaires habituels de Lucky Luke. Elle ne commet presque jamais elle-même les vols et préfère recruter des criminels qu’elle libère en payant leur caution.

Son pouvoir repose donc autant sur l’argent que sur la peur. Respectée par les habitants, proche de l’Église et toujours parfaitement élégante, elle dissimule ses activités derrière une image de femme généreuse.

Cette hypocrisie donne au personnage une véritable présence. Belle Starr comprend que la respectabilité protège parfois mieux qu’un revolver et transforme les institutions locales en instruments au service de son organisation.

Une bonne satire de la justice

Le système judiciaire de Fort Smith apparaît totalement détourné de sa fonction. Les criminels sont arrêtés, jugés puis immédiatement libérés dès que Belle accepte de payer leur caution.

Le scénario montre avec humour qu’une justice théoriquement égale peut favoriser ceux qui disposent d’argent et de relations. Les procès deviennent de simples formalités et les bandits savent qu’ils ne risquent pratiquement rien.

La critique reste malheureusement peu nuancée. La plupart des habitants et des représentants locaux sont ouvertement complices, ce qui simplifie excessivement le système que Lucky Luke doit combattre.

Lucky Luke obligé de devenir criminel

Pour infiltrer l’organisation de Belle Starr, Lucky Luke tente de se faire arrêter puis recruter. Cette situation inverse temporairement son rôle traditionnel et l’oblige à commettre des délits suffisamment crédibles pour tromper ses adversaires.

Les difficultés rencontrées par le cow-boy pour se faire passer pour un hors-la-loi donnent lieu à plusieurs scènes amusantes. Sa réputation est tellement forte que les habitants refusent parfois de croire à sa culpabilité.

Cette partie aurait cependant pu être davantage développée. L’infiltration progresse rapidement et Belle Starr ne se méfie pas suffisamment d’un homme aussi célèbre.

Trop de célébrités dans un seul album

Billy the Kid, Jesse James et plusieurs personnages historiques gravitent autour de Belle Starr. Le juge Isaac Parker et son célèbre tribunal occupent également une place importante dans le récit.

Ces apparitions donnent l’impression d’un grand rassemblement de légendes de l’Ouest. Elles amusent par leurs références aux aventures précédentes, mais détournent souvent l’attention du personnage principal.

Belle Starr aurait mérité d’être davantage approfondie. En multipliant les figures connues, le scénario transforme parfois l’album en catalogue historique plutôt qu’en véritable duel entre elle et Lucky Luke.

Une reconstitution très libre

L’album s’inspire de la réputation de Myra Maybelle Shirley, devenue célèbre sous le nom de Belle Starr. Sa vie réelle reste pourtant très éloignée de l’organisation criminelle tentaculaire présentée ici.

Cette liberté n’est pas un problème en elle-même, puisque Lucky Luke a toujours privilégié la légende à la précision historique. Les rencontres entre les différentes célébrités paraissent néanmoins particulièrement artificielles.

Le dessin de Morris reste parfaitement lisible, mais certaines compositions se répètent et plusieurs cases donnent une impression de réutilisation. Cette économie graphique réduit légèrement l’énergie de l’ensemble.

Une adversaire originale insuffisamment exploitée

Belle Starr possède tous les éléments nécessaires pour devenir une grande ennemie de Lucky Luke : intelligence, influence, richesse et excellente connaissance de la société qui l’entoure.

Elle demeure pourtant moins dangereuse qu’elle ne le paraît. Une fois son organisation infiltrée, son plan se fragilise rapidement et la confrontation finale ne produit pas de véritable surprise.

L’album reste agréable grâce à son sujet et à son humour, mais ne parvient jamais à construire le duel stratégique que promettait sa criminelle principale.

En résumé

Belle Starr propose une antagoniste originale et une satire intéressante d’une justice dominée par l’argent. L’infiltration de Lucky Luke et l’hypocrisie de la bienfaitrice offrent plusieurs bonnes idées. L’accumulation de personnages historiques, les facilités du scénario et un dessin parfois moins dynamique empêchent toutefois l’album d’exploiter pleinement son potentiel. Une aventure plaisante, mais trop encombrée pour être réellement marquante.

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