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Le Prophète

Couverture de Le Prophète

Lucky Luke — Tome 39

Le Prophète

Patrick Nordmann, Morris et le studio Leonardo

Éditeur : Lucky Comics

Sortie originale : 11 mars 2000

3/5

Au pénitencier, les Dalton rencontrent Dunkle, un détenu persuadé d’être investi d’une mission divine. Après leur évasion, celui-ci prend progressivement le contrôle de Paradise Gulch, une petite ville paisible dépourvue de banque, de saloon et d’armurerie. L’album aborde le fanatisme et la manipulation collective avec une certaine audace, mais son propos appuyé et ses répétitions affaiblissent rapidement la satire.

Dunkle, un adversaire inquiétant

Dunkle ne ressemble pas aux criminels habituellement affrontés par Lucky Luke. Il ne convoite ni l’or ni le pouvoir politique : il souhaite imposer sa propre interprétation des textes religieux à tous ceux qui l’entourent.

Son calme et sa certitude absolue le rendent parfois plus inquiétant que les bandits traditionnels. Il parvient à influencer les Dalton sans utiliser la force et transforme progressivement leur violence en instrument de conversion.

Le personnage reste cependant très monolithique. Il ne doute jamais, ne révèle presque rien de son passé et répète constamment les mêmes discours. Cette absence d’évolution réduit peu à peu son pouvoir de fascination.

Les Dalton devenus disciples

Joe pense d’abord pouvoir utiliser Dunkle pour commettre de nouveaux crimes. Il découvre rapidement que le prophète se montre encore plus autoritaire que lui et qu’il entend diriger personnellement le groupe.

Ce renversement offre plusieurs situations amusantes. Les Dalton, habituellement responsables du chaos, se retrouvent soumis à des règles qu’ils ne comprennent pas. Averell cherche surtout à savoir si la nouvelle doctrine lui permettra encore de manger.

Le scénario exploite correctement leurs différences, mais leurs réactions deviennent répétitives. Joe proteste, Dunkle le rappelle à l’ordre et les trois autres frères suivent le mouvement sans véritablement influencer l’intrigue.

Paradise Gulch, une ville trop parfaite

Paradise Gulch est présentée comme une communauté sans banque, sans alcool, sans armes et presque sans criminalité. Les Dalton ne savent donc pas comment commettre un braquage dans une ville qui ne possède apparemment rien à voler.

Cette idée constitue l’un des meilleurs ressorts comiques de l’album. Elle détourne tous les éléments traditionnels du western et prive les bandits de leurs repères habituels.

La ville manque toutefois de personnages suffisamment développés. Ses habitants représentent une collectivité naïve plutôt que des individus capables de résister à Dunkle, ce qui rend leur soumission un peu trop facile.

Une critique du fanatisme sans grande subtilité

Patrick Nordmann montre comment un discours religieux peut devenir un outil de contrôle lorsqu’il est imposé sans discussion. Dunkle utilise la peur, la culpabilité et des interprétations littérales pour supprimer progressivement toute liberté.

Le sujet est audacieux pour un album destiné à un large public. Son traitement demeure néanmoins très démonstratif : le prophète incarne entièrement le fanatisme, tandis que Lucky Luke représente immédiatement le bon sens.

La satire aurait gagné en force si Dunkle avait d’abord proposé un discours réellement séduisant. Son extrémisme étant évident dès son apparition, le lecteur comprend trop rapidement où conduira son influence.

Lucky Luke trop extérieur au conflit

Lucky Luke poursuit les évadés et tente de libérer Paradise Gulch de leur emprise. Il reste pourtant absent d’une grande partie du récit, laissant Dunkle et les Dalton occuper le devant de la scène.

Ce retrait permet de développer les antagonistes, mais réduit la confrontation idéologique promise. Lucky Luke ne cherche pas véritablement à répondre au prophète : il se contente de constater ses contradictions et d’arrêter les criminels.

Rantanplan, devenu l’un des disciples les plus enthousiastes de Dunkle, apporte quelques gags absurdes. Ses interventions allongent cependant encore les sermons et ralentissent parfois l’action.

Une fin de carrière visible dans le dessin

Morris conserve son extraordinaire maîtrise des silhouettes des Dalton. Le contraste entre leurs tailles, leurs expressions et la rigidité de Dunkle fonctionne parfaitement.

Le dessin paraît néanmoins moins vif que dans les décennies précédentes. Certaines attitudes sont répétées et les décors de Paradise Gulch restent assez peu développés.

La mise en couleur du studio Leonardo assure toujours une excellente lisibilité, sans réussir à donner davantage de mouvement à un scénario largement dominé par les dialogues.

En résumé

Le Prophète tente une satire inhabituelle du fanatisme religieux et de la manipulation collective. Dunkle constitue un adversaire original, tandis que les Dalton privés de banque et transformés en disciples offrent plusieurs bons gags. Le propos devient toutefois trop appuyé, les sermons se répètent et Lucky Luke reste étonnamment extérieur au conflit. Un album intéressant par son sujet, mais seulement moyennement convaincant dans son exécution.

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