Lucky Luke — Tome 38
Marcel Dalton
Éditeur : Lucky Productions
Sortie originale : 14 octobre 1998
Marcel Dalton, honnête banquier suisse et oncle des célèbres criminels, arrive dans l’Ouest pour reprendre un établissement à Mosquito Gulch. Convaincu de pouvoir remettre ses neveux dans le droit chemin, il les engage comme employés sous la surveillance de Lucky Luke. L’idée du Dalton respectable produit quelques situations amusantes, mais repose sur des clichés appuyés et une intrigue particulièrement prévisible.
Un Dalton à l’opposé de ses neveux
Marcel possède le même physique que les quatre frères, mais rejette totalement leurs activités criminelles. Travailleur, honnête et très attaché aux règles bancaires, il représente l’anomalie de la famille.
Ce contraste fonctionne immédiatement. Joe supporte difficilement de recevoir des ordres d’un parent respectable, tandis qu’Averell s’intéresse principalement aux avantages que peut lui offrir son nouvel emploi.
Le personnage reste néanmoins défini presque exclusivement par sa nationalité et sa profession. Son accent, son goût pour l’ordre et son rapport à l’argent accumulent les clichés sur les banquiers suisses sans construire une personnalité réellement complexe.
Une nouvelle réhabilitation des Dalton
Marcel veut prouver que ses neveux peuvent devenir honnêtes à condition de disposer d’un véritable travail. Le scénario reprend ainsi une idée déjà exploitée dans Les Dalton se rachètent, avec Lucky Luke une nouvelle fois chargé de surveiller leur comportement.
Les quatre frères tentent de respecter les règles, mais leur présence derrière les guichets d’une banque rend évidemment la rechute inévitable. Joe considère presque l’argent déposé comme une provocation personnelle.
La situation possède un bon potentiel comique, mais son évolution ne réserve aucune surprise. Le lecteur sait dès le départ que les Dalton finiront par céder à leurs habitudes.
Lucky Luke réduit au rôle de surveillant
Lucky Luke accompagne Marcel et accepte de garder un œil sur ses neveux. Il passe donc une grande partie de l’album à attendre leur prochaine erreur plutôt qu’à mener une véritable enquête.
Cette position très passive affaiblit le héros. Il comprend rapidement les intentions du banquier rival, mais le scénario retarde son intervention pour permettre aux Dalton de multiplier les maladresses.
Le cow-boy devient presque un éducateur chargé de maintenir une famille dysfonctionnelle. Cette fonction pourrait être intéressante, mais elle ne produit ici aucune véritable évolution de sa relation avec les quatre frères.
Un banquier rival très problématique
James Swindler cherche à conserver son monopole bancaire et tente d’éliminer Marcel. Son opposition au nouvel établissement fournit au récit son principal conflit.
Le personnage est cependant représenté à travers une caricature physique reprenant des codes antisémites anciens. Cette apparence, associée à sa cupidité et à son activité financière, rend certaines pages particulièrement embarrassantes aujourd’hui.
Ce choix ne peut pas être réduit à une simple représentation datée du western. Il détourne l’attention de la satire bancaire et constitue l’une des faiblesses majeures de l’album.
Une intrigue bancaire sans grande intensité
La concurrence entre les deux banques permet quelques gags autour des coffres, des prêts et de la sécurité. Bob de Groot oppose une institution honnête à un établissement reposant sur la manipulation et la violence.
La satire reste pourtant très simple. Marcel représente le bon banquier, Swindler le mauvais, tandis que les Dalton se trouvent naturellement au milieu des sommes qu’ils rêvent de voler.
Le dénouement arrive sans véritable retournement et confirme exactement ce que le lecteur attendait. Même l’intégration de Marcel à la famille Dalton n’apporte pas la nouveauté promise.
Un dessin efficace mais répétitif
Morris exploite naturellement les différences de taille de la fratrie et ajoute Marcel à la célèbre progression visuelle des Dalton. Cette variation offre quelques compositions amusantes.
Le dessin paraît toutefois moins dynamique que dans les albums classiques. Certaines attitudes se répètent et les scènes situées dans les banques manquent de variété.
La mise en couleur du studio Leonardo assure une bonne lisibilité, mais ne suffit pas à masquer la fatigue graphique des dernières années de Morris.
En résumé
Marcel Dalton part d’une idée amusante en introduisant un membre honnête dans la famille des célèbres bandits. Les tentatives de réhabilitation et le travail des Dalton dans une banque produisent quelques bons gags. L’intrigue reste cependant très prévisible, Lucky Luke se montre inhabituellement passif et Marcel ne dépasse jamais vraiment les clichés sur la Suisse. La caricature problématique de James Swindler achève de rendre cet album difficile à défendre aujourd’hui.
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