Lucky Luke — Tome 40
L’Artiste-peintre
Éditeur : Lucky Comics
Sortie originale : 10 mars 2001
Lucky Luke reçoit la mission d’accompagner le peintre Frederic Remington, désireux de représenter le célèbre chef Hiawatha. Leur expédition en territoire autochtone attire rapidement un bandit décidé à dépouiller l’artiste. Malgré la présence d’une figure historique parfaitement adaptée à l’univers de la série, l’album se contente d’une succession de péripéties sans parvenir à construire une véritable aventure.
Frederic Remington réduit à sa corpulence
Remington occupe une place importante dans l’histoire, mais sa personnalité repose principalement sur son amour de la peinture, son imposante carrure et son appétit. Ces caractéristiques alimentent la majorité des gags.
Son enthousiasme pour l’Ouest aurait pourtant pu permettre une réflexion intéressante sur la manière dont les artistes ont participé à la création de son imaginaire. Ses peintures ont contribué à fixer l’apparence des cow-boys, des soldats et des Autochtones dans la culture populaire.
Le scénario aborde très peu cette question. Remington observe, dessine et mange, sans véritable interrogation sur la fidélité de ses représentations ou sur la transformation de la réalité en légende.
Lucky Luke dans un rôle déjà connu
Comme dans Le Grand Duc ou Sarah Bernhardt, Lucky Luke doit protéger un voyageur célèbre qui souhaite découvrir l’Ouest. Le héros anticipe les dangers tandis que son compagnon, inconscient des risques, poursuit tranquillement son objectif.
Cette formule fonctionne encore, mais ne produit aucune situation réellement nouvelle. Remington se révèle même suffisamment robuste pour se défendre seul, réduisant l’utilité de son protecteur.
Lucky Luke traverse donc l’album sans être véritablement impliqué. Il neutralise les menaces avec facilité et reste surtout le guide d’une excursion composée de rencontres successives.
Un bandit transformé en gag répétitif
Curly suit les voyageurs dans l’espoir de voler l’argent de Remington. Chacune de ses tentatives échoue rapidement, souvent sans que Lucky Luke ait besoin d’intervenir.
Le principe peut amuser lors des premières attaques, mais devient rapidement prévisible. Curly ne paraît jamais dangereux et ne possède aucune motivation dépassant la simple cupidité.
Son retour régulier donne l’impression de servir principalement à remplir les espaces entre les différentes étapes du voyage. L’album manque ainsi d’un adversaire capable de donner une direction claire à l’intrigue.
Hiawatha utilisé sans cohérence historique
La recherche de Hiawatha constitue l’objectif de Remington, mais repose sur une importante confusion entre histoire et légende. Le véritable Hiawatha aurait vécu plusieurs siècles avant le peintre et dans une région très éloignée de celle parcourue par Lucky Luke.
La série a toujours pris des libertés avec la chronologie, mais celles-ci servaient généralement une parodie ou une rencontre particulièrement forte. Ici, l’anachronisme n’apporte rien au récit.
Hiawatha devient simplement un chef autochtone supplémentaire. Sa réputation précède son apparition, mais le personnage ne possède finalement ni la stature ni la profondeur annoncées.
Une représentation particulièrement datée
Les Autochtones sont présentés à travers une accumulation de clichés visuels et comportementaux. Leurs déguisements en cactus et le concours consistant à dévorer des dindes appartiennent à un humour très caricatural.
Ces scènes ne cherchent pas réellement à critiquer les préjugés des personnages blancs. Elles utilisent directement les communautés autochtones comme ressort comique, ce qui rend plusieurs passages embarrassants aujourd’hui.
La rencontre entre Remington et Hiawatha aurait pourtant pu interroger le regard porté par les artistes sur les peuples qu’ils représentaient. L’album évite entièrement cette piste.
Une succession de sketches mal reliés
Le voyage permet d’enchaîner les saloons, les attaques, les rencontres et les bagarres. Chaque séquence possède sa petite chute, mais contribue rarement à faire progresser l’histoire.
Cette construction donne l’impression que l’objectif principal est constamment repoussé pour atteindre les quarante-quatre pages. Même la confrontation finale avec Crazy Dan paraît détachée de l’intrigue principale.
Morris conserve une excellente lisibilité, mais son dessin montre des signes de fatigue. Certaines attitudes sont répétées et les compositions manquent de l’énergie de ses meilleurs albums.
En résumé
L’Artiste-peintre disposait d’un excellent sujet avec Frederic Remington, dont l’œuvre a largement contribué à construire la légende visuelle de l’Ouest. L’album réduit malheureusement le peintre à quelques gags, multiplie les péripéties sans véritable progression et propose une représentation très datée des Autochtones. Quelques scènes restent amusantes, mais elles ne suffisent pas à donner de la consistance à cette aventure particulièrement faible.
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