Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne
Titre original : The Adventures of Tintin
Avec : Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig et Simon Pegg
Production / distribution : Paramount Pictures, Columbia Pictures, Nickelodeon Movies, Amblin Entertainment et WingNut Films / Sony Pictures Releasing France
Durée : 1 h 47
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 26 octobre 2011
Avec Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, Steven Spielberg s’attaque à l’un des monuments de la bande dessinée franco-belge. Réalisé en capture de mouvement, le film réunit plusieurs albums pour construire une aventure spectaculaire, portée par une mise en scène virtuose et un excellent capitaine Haddock. Une adaptation généreuse et respectueuse de l’univers d’Hergé, même si son goût pour l’action transforme parfois Tintin en cousin d’Indiana Jones.
Une maquette au cœur d’un grand mystère
Tout commence lorsque Tintin achète sur un marché une maquette de La Licorne, ancien navire ayant appartenu au chevalier François de Hadoque. Le jeune reporter comprend rapidement que plusieurs individus cherchent à s’emparer de l’objet.
Enlevé et retenu sur un cargo, Tintin rencontre le capitaine Haddock, dernier représentant d’une famille liée au secret du navire. Ensemble, ils se lancent à la recherche d’un trésor convoité par le redoutable Ivan Ivanovitch Sakharine.
Le scénario mélange principalement Le Crabe aux pinces d’or, Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge. Cette fusion modifie considérablement les intrigues originales, mais permet de raconter la rencontre entre Tintin et Haddock tout en installant la recherche du trésor.
Une adaptation qui connaît parfaitement son modèle
Dès les premières minutes, Spielberg multiplie les références aux albums. Le générique transforme les personnages et les objets emblématiques de la série en silhouettes, tandis que le marché aux puces permet à Tintin de croiser un dessinateur dont le portrait évoque directement le trait d’Hergé.
L’appartement de Tintin, son célèbre costume, la présence de Milou, les Dupond et Dupont ou les nombreux objets dissimulés dans les décors témoignent d’une véritable connaissance de la bande dessinée.
La capture de mouvement conserve également les principales caractéristiques physiques des personnages tout en leur donnant une apparence plus réaliste. Le résultat peut demander un temps d’adaptation, notamment dans les expressions des visages, mais évite de transformer Tintin et Haddock en simples copies des acteurs.
Un Tintin plus spectaculaire, mais moins inébranlable
Jamie Bell prête à Tintin une énergie qui convient parfaitement au personnage. Curieux, courageux et déterminé, le jeune reporter se lance immédiatement dans l’aventure lorsqu’un mystère se présente. Son intelligence et son sens de l’observation restent essentiels, même si le film accorde davantage de place à ses qualités physiques.
Tintin court sur les toits, pilote un avion, conduit une moto à toute vitesse et survit à des situations toujours plus dangereuses. Spielberg en fait un véritable héros d’action, parfois plus proche d’Indiana Jones que du reporter imaginé par Hergé.
Le film lui attribue également un trait de caractère presque absent des albums. Après avoir perdu la trace de Sakharine, Tintin estime pendant un instant que leur mission est terminée et déclare forfait. C’est alors Haddock, pourtant présenté jusque-là comme le personnage le plus fragile du duo, qui lui rappelle qu’un échec ne doit pas empêcher de continuer.
Cette inversion montre l’influence positive que les deux hommes exercent l’un sur l’autre, mais elle correspond difficilement au Tintin des bandes dessinées. Le reporter peut y être inquiet, emprisonné ou momentanément dépassé, mais il renonce rarement de lui-même. Son obstination constitue précisément l’un de ses principaux traits de caractère.
Spielberg donne ainsi davantage de vulnérabilité à son héros, mais l’éloigne aussi de son modèle. Le Tintin du film a besoin d’être encouragé pour reprendre l’aventure, alors que celui d’Hergé représentait généralement la force motrice entraînant tous les autres personnages derrière lui.
Le capitaine Haddock vole presque le film
Interprété par Andy Serkis, le capitaine Haddock constitue la plus grande réussite du long métrage. L’acteur retrouve la colère, la maladresse et la générosité du personnage sans le réduire à une succession d’insultes.
Le film accorde une place importante à son alcoolisme, directement repris du Crabe aux pinces d’or. Cette faiblesse produit plusieurs situations comiques, mais révèle également un homme prisonnier de ses échecs et du poids de son histoire familiale.
Sa relation avec Tintin forme le véritable cœur du récit. Le reporter aide Haddock à retrouver confiance en lui, tandis que le capitaine lui rappelle, à un moment décisif, qu’il ne faut jamais abandonner. Leur amitié se construit donc à travers une aide réciproque plutôt que par la seule admiration du marin pour le jeune héros.
Cette évolution donne une réelle profondeur au duo. Haddock n’est pas uniquement le compagnon comique de Tintin : il devient un protagoniste essentiel, capable de faire avancer l’aventure et d’influencer directement le reporter.
Un Sakharine entièrement réinventé
Le film transforme Sakharine, personnage relativement inoffensif dans les albums, en héritier de Rackham le Rouge et principal adversaire de Tintin. Daniel Craig lui apporte une élégance froide et une présence suffisamment inquiétante.
Cette réécriture permet de construire un affrontement entre les descendants du chevalier de Hadoque et du pirate Rackham le Rouge. Le passé devient alors le reflet direct de l’aventure vécue par les personnages dans le présent.
Sakharine reste malgré tout un antagoniste assez classique. Ses motivations reposent essentiellement sur la vengeance et la possession du trésor. Le personnage fonctionne dans le cadre d’une grande aventure hollywoodienne, mais ne possède pas la fantaisie des meilleurs adversaires imaginés par Hergé.
Une mise en scène d’une grande liberté
La capture de mouvement offre à Spielberg une caméra libérée des contraintes physiques. Elle peut traverser un décor, suivre les personnages dans les airs ou relier deux époques au sein d’un même mouvement.
Le récit du combat entre La Licorne et le navire de Rackham le Rouge illustre parfaitement cette inventivité. Les souvenirs de Haddock transforment progressivement son environnement jusqu’à faire surgir la bataille du passé dans le présent.
La poursuite à Bagghar constitue le sommet spectaculaire du film. Tintin, Haddock et Milou traversent la ville dans une longue scène où les véhicules, les bâtiments et les personnages participent à une immense réaction en chaîne. La lisibilité de l’action et la précision des mouvements sont impressionnantes.
Cette virtuosité finit néanmoins par devenir excessive. Spielberg cherche constamment à augmenter la vitesse et l’ampleur des scènes. Le film laisse alors peu de place aux silences, au mystère et à cette atmosphère particulière qui donnait aux albums leur identité.
Milou et les Dupond et Dupont trouvent leur place
Simon Pegg et Nick Frost forment un duo parfaitement adapté aux Dupond et Dupont. Leurs raisonnements absurdes, leur ressemblance imparfaite et leur incapacité à identifier les suspects apportent plusieurs respirations comiques.
Leur enquête autour d’un voleur de portefeuilles introduit Aristide Filoselle, personnage provenant du Secret de La Licorne. Cette intrigue reste cependant assez éloignée de l’aventure principale et les deux policiers disparaissent pendant une grande partie du film.
Milou bénéficie d’un rôle plus constant. Intelligent, courageux et souvent plus attentif que les humains, il intervient régulièrement pour sortir Tintin d’une situation difficile. Le film comprend que le chien n’est pas uniquement une mascotte, mais le premier véritable compagnon du reporter.
Une fusion efficace de plusieurs albums
En réunissant trois aventures, les scénaristes prennent de nombreuses libertés. L’ordre des rencontres est modifié, plusieurs personnages disparaissent et l’identité de l’adversaire est entièrement réinventée.
Ces changements donnent au film une structure accessible aux spectateurs qui ne connaissent pas Tintin. Ils permettent surtout de présenter Haddock, d’explorer l’histoire de sa famille et d’installer la recherche du trésor en moins de deux heures.
Cette efficacité possède cependant une contrepartie. Les albums d’Hergé reposaient sur un équilibre précis entre l’enquête, l’aventure, l’humour et l’observation. Le film privilégie nettement le spectacle et utilise parfois le mystère comme un simple moyen de relancer une nouvelle poursuite.
Le Secret de la Licorne ressemble ainsi davantage à un film de Steven Spielberg utilisant les personnages d’Hergé qu’à une transposition exacte de la bande dessinée. Cette personnalité ne trahit toutefois pas complètement l’œuvre : elle lui offre une forme différente, plus mouvementée et plus hollywoodienne.
Une aventure laissée inachevée
Le film se termine sur une ouverture évidente vers Le Trésor de Rackham le Rouge. La découverte finale ne représente qu’une partie de la fortune recherchée et appelle naturellement une nouvelle expédition.
Cette conclusion peut provoquer une certaine frustration puisque l’histoire semble s’interrompre au moment où une autre aventure commence. Elle respecte néanmoins la construction des albums, Le Secret de La Licorne formant déjà la première moitié d’un récit poursuivi dans le volume suivant.
Même sans cette suite, le film fonctionne comme le récit de la naissance du tandem formé par Tintin et Haddock. Leur rencontre et la manière dont ils apprennent à se faire confiance comptent finalement davantage que le trésor lui-même.
En résumé
Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne réussit à rendre l’univers d’Hergé accessible sans se limiter à une reproduction figée des albums. La capture de mouvement permet à Steven Spielberg de proposer une mise en scène particulièrement inventive, tandis qu’Andy Serkis livre une excellente interprétation du capitaine Haddock.
Le film s’éloigne néanmoins du rythme et de la sobriété de la bande dessinée en multipliant les poursuites et les morceaux de bravoure. Le Tintin incarné par Jamie Bell se montre également plus vulnérable que son modèle, jusqu’à envisager brièvement d’abandonner, un comportement difficilement imaginable chez le héros d’Hergé.
Malgré ces libertés, cette adaptation demeure généreuse, techniquement impressionnante et respectueuse de ses personnages. Elle ne restitue pas totalement le ton des albums, mais parvient à faire vivre Tintin au cinéma avec une énergie rarement égalée.
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