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Madame Web

Affiche de Madame Web

Madame Web

Titre original : Madame Web

Réalisation : S. J. Clarkson

Avec : Dakota Johnson, Sydney Sweeney, Isabela Merced, Celeste O'Connor, Tahar Rahim

Production / distribution : Columbia Pictures, Marvel Entertainment / Sony Pictures Releasing France

Durée : 1 h 56

Adaptation : Comics

Sortie : 14 février 2024

★★★★★ 1/5

Après Venom et Morbius, Sony poursuit son univers Marvel avec Cassandra Webb, ambulancière qui découvre qu’elle peut entrevoir l’avenir. Madame Web aurait pu exploiter cette capacité pour construire un thriller original autour du destin et de la prédiction. Il réussit surtout à transformer une idée intéressante en scénario laborieux, peu spectaculaire et parfois involontairement drôle.

Cassandra Webb possède un pouvoir intéressant… sur le papier

Cassie commence à avoir des visions après un accident durant une intervention. Elle voit des événements quelques secondes avant qu’ils ne surviennent et comprend progressivement qu’elle peut modifier ce qu’elle vient d’apercevoir.

C’est probablement la meilleure idée du film. Plutôt que de donner à son héroïne une force surhumaine, le scénario lui impose de comprendre ses visions et de trouver comment empêcher certaines catastrophes.

Mais Madame Web répète rapidement la même mécanique : Cassie voit quelque chose, le spectateur découvre ensuite que cette scène n’a pas encore eu lieu, puis elle tente de changer les événements. Le procédé fonctionne les premières fois avant de devenir extrêmement prévisible.

Même Dakota Johnson semble parfois détachée de ce qui se déroule autour d’elle. Son jeu très froid pourrait convenir à une Cassie solitaire et mal à l’aise avec les autres, mais la mise en scène ne réussit jamais vraiment à transformer cette distance en trait de caractère intéressant.

Trois futures Spider-Women qui ne le deviennent pratiquement jamais

Sydney Sweeney, Isabela Merced et Celeste O’Connor incarnent Julia, Anya et Mattie, trois adolescentes poursuivies par Ezekiel Sims. Le film insiste sur leur importance et montre plusieurs visions de leur futur dans lesquelles elles deviennent des héroïnes aux capacités arachnéennes.

Seulement, ce futur n’est quasiment jamais le film que nous regardons.

C’est l’une des plus grosses frustrations de Madame Web. L’affiche, les costumes et le concept promettent une équipe de super-héroïnes alors que Julia, Anya et Mattie passent l’essentiel de l’histoire comme trois adolescentes ordinaires que Cassie doit protéger.

Elles possèdent bien des personnalités différentes, mais leur écriture reste sommaire. Le film tente de créer progressivement une famille improvisée entre les quatre femmes sans consacrer suffisamment de matière à leurs relations pour rendre cette évolution vraiment convaincante.

Ezekiel Sims, un antagoniste presque fascinant de maladresse

Ezekiel a vu sa propre mort : les trois jeunes femmes qu’il recherche finiront un jour par le tuer. Il décide donc de les éliminer avant qu’elles ne deviennent une menace.

L’idée pourrait donner naissance à un antagoniste intéressant, obsédé par sa survie au point de provoquer lui-même le futur qu’il cherche à empêcher. Mais le scénario n’exploite pratiquement jamais cette dimension.

Ezekiel passe surtout son temps à poursuivre les héroïnes et à expliquer pourquoi il doit les tuer.

Tahar Rahim se retrouve prisonnier de dialogues particulièrement ingrats et d’un personnage dont les motivations ne dépassent jamais vraiment son instinct de survie. Le film lui donne l’apparence d’un Spider-Man maléfique, mais très peu de substance derrière le costume.

Une longue course-poursuite étonnamment pauvre en spectacle

Madame Web ressemble davantage à un thriller de fuite qu’à un film de super-héros. En soi, ce choix aurait pu être intéressant. Cassie et les trois adolescentes ne peuvent pas affronter directement Ezekiel et doivent donc constamment anticiper ses attaques.

Mais les séquences d’action manquent cruellement d’inventivité.

Le film utilise des accidents, des véhicules et les visions de Cassie pour construire ses affrontements, sans jamais parvenir à créer une véritable tension. Même lorsque les héroïnes sont supposées être en danger, tout semble étrangement plat.

Le final dans un entrepôt de feux d’artifice tente enfin d’offrir un spectacle plus conséquent. Il repose pourtant sur une accumulation de coïncidences, d’explosions et de visions qui donne davantage l’impression de regarder le scénario chercher désespérément une manière de terminer son histoire.

Le lien avec Spider-Man devient presque embarrassant

Le film se déroule en 2003 et introduit Ben Parker ainsi que Mary Parker, enceinte. L’identité de l’enfant n’est évidemment pas difficile à deviner.

Sur le papier, ces éléments permettent de rattacher Madame Web à l’univers de Spider-Man. Dans les faits, ils paraissent largement artificiels.

Ben Parker devient chauffeur improvisé tandis que l’accouchement de Mary est intégré au dernier acte. Tout cela ressemble moins à une nécessité narrative qu’à une manière de rappeler régulièrement au spectateur que ces personnages appartiennent, quelque part, à la mythologie de Spider-Man.

Le film possède pourtant suffisamment d’éléments pour exister seul. Ces références finissent donc surtout par souligner l’absence du personnage autour duquel Sony tente continuellement de construire son univers.

Un film de super-héros qui semble éviter les super-héros

C’est probablement le problème le plus étrange de Madame Web. Le film possède quatre futures héroïnes, un antagoniste aux capacités arachnéennes et tout un imaginaire lié à Spider-Man, mais semble constamment repousser le moment où il pourrait véritablement utiliser ces éléments.

Les costumes aperçus sur les affiches ? Des visions.

Les pouvoirs des trois adolescentes ? Pour plus tard.

L’équipe de Spider-Women ? Pour un futur que le film ne racontera pas.

Même Cassandra passe davantage de temps à comprendre son don qu’à réellement devenir Madame Web. Madame Webressemble ainsi à une immense introduction destinée à préparer un film potentiellement plus intéressant qui n’arrive jamais.

Et contrairement à une origin story classique, le voyage n’est pas suffisamment riche pour compenser cette attente.

Quand la promesse est plus intéressante que le film

Quelques idées auraient pu fonctionner : les visions de Cassie, un antagoniste cherchant à empêcher sa propre mort, trois futures héroïnes et une approche davantage tournée vers le thriller que vers le blockbuster traditionnel.

Mais aucune n’est suffisamment développée.

Le scénario enchaîne les facilités, les dialogues manquent souvent de naturel et les personnages restent trop superficiels pour compenser la faiblesse du spectacle. Même la construction d’un lien presque familial entre Cassie et les adolescentes paraît davantage décrétée que véritablement construite.

Après Morbius, Sony livre donc un autre film qui semble davantage préoccupé par la possibilité de construire quelque chose autour de Spider-Man que par la nécessité de raconter une bonne histoire immédiatement.

Madame Web peut voir l’avenir. Dommage qu’elle n’ait pas vu que son propre film avait besoin d’un meilleur scénario.

En résumé

Madame Web part d’un pouvoir original mais ne sait pratiquement jamais quoi en faire. Dakota Johnson traverse une histoire laborieuse, les trois futures Spider-Women restent coincées au stade de la promesse et Ezekiel Sims manque terriblement d’épaisseur. Peu spectaculaire, maladroitement écrit et artificiellement rattaché à Spider-Man, le film donne surtout l’impression d’être la longue introduction d’une aventure qui n’existe pas.

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