The Batman
Titre original : The Batman
Avec : obert Pattinson, Zoë Kravitz, Paul Dano et Jeffrey Wright
Production / distribution : Warner Bros. Pictures, DC Films, 6th & Idaho Productions et Dylan Clark Productions / Warner Bros. France
Durée : 2 h 55
Adaptation : Comics
Sortie : 2 mars 2022
Avec The Batman, Matt Reeves ne cherche pas simplement à proposer une nouvelle version du célèbre héros de DC Comics. Il revient à l’une de ses dimensions les plus souvent négligées au cinéma : celle du détective. Porté par un Robert Pattinson habité, une atmosphère de polar noir et une Gotham particulièrement impressionnante, le film offre une relecture ambitieuse, sombre et profondément cohérente du personnage.
Un justicier encore inexpérimenté
Depuis deux ans, Bruce Wayne arpente les rues de Gotham sous l’identité de Batman. Persuadé d’incarner la vengeance, il utilise la peur pour tenter de ralentir une criminalité qui semble pourtant progresser chaque nuit.
Lorsqu’un mystérieux assassin surnommé le Riddler commence à éliminer plusieurs personnalités de la ville, Batman est directement entraîné dans l’enquête. Chaque meurtre est accompagné d’une énigme et d’un message qui lui est personnellement adressé.
Avec l’aide du lieutenant James Gordon, il découvre progressivement les liens entre la mafia, les responsables politiques et sa propre famille. L’enquête l’oblige alors à remettre en question la mission qu’il s’est imposée depuis la mort de ses parents.
Batman redevient un véritable détective
La grande réussite de Matt Reeves consiste à retrouver une dimension essentielle de Batman. Souvent réduit au cinéma à ses gadgets, à ses véhicules et à ses capacités physiques, le personnage est aussi considéré dans les comics comme l’un des meilleurs détectives du monde.
Le film prend donc le temps de le montrer examinant des scènes de crime, étudiant des photographies, déchiffrant des messages et interrogeant des suspects. Il collabore avec Gordon, formule des hypothèses et commet également des erreurs, rappelant qu’il se trouve encore au début de sa carrière.
The Batman adopte ainsi la structure d’un polar consacré à un tueur en série. Chaque indice révèle une nouvelle partie de Gotham et met en lumière la corruption de ses institutions. Le mystère ne sert pas uniquement à relier les scènes d’action : il constitue le véritable moteur du récit.
Robert Pattinson impose immédiatement son Batman
Le choix de Robert Pattinson avait suscité de nombreuses réactions lors de son annonce. L’acteur se révèle pourtant particulièrement convaincant, aussi bien dans sa présence physique que dans sa manière d’exprimer l’obsession de Bruce Wayne.
Son Batman est silencieux, lourd et presque spectral. Sa première apparition dans une station de métro installe immédiatement le personnage. Avant même qu’il intervienne, les criminels observent les zones d’ombre avec inquiétude, persuadés qu’il peut en surgir à chaque instant.
Robert Pattinson traduit également la violence encore mal maîtrisée du justicier. Ses coups semblent motivés autant par la colère que par un désir de justice. Ce Batman ne protège pas seulement Gotham : il utilise sa croisade pour donner un sens à sa propre douleur.
Sa démarche, son regard et ses silences suffisent à faire exister le personnage. Sous le masque, Pattinson compose l’un des Batman les plus inquiétants et les plus vulnérables jamais présentés au cinéma.
Bruce Wayne a presque disparu derrière le masque
Cette version de Bruce Wayne ne ressemble pas au milliardaire charmeur et sociable habituellement montré au public. Il vit reclus dans sa tour, néglige les affaires familiales et ne semble exister que lorsqu’il enfile son costume.
Cette absence de distinction entre l’homme et le justicier est volontaire. Bruce n’a pas encore construit l’image publique qui lui permettra de dissimuler ses activités. Il n’a pas non plus compris que son nom, sa fortune et son influence peuvent agir sur Gotham autrement que par la violence.
Le film montre donc un personnage qui n’est pas encore totalement devenu Bruce Wayne. Une fois le masque retiré, il reste un homme épuisé attendant de pouvoir retourner dans les rues.
La relation avec Alfred permet néanmoins de faire apparaître une partie de son humanité. Andy Serkis incarne un homme qui tente de protéger Bruce sans parvenir à le détourner de son obsession. Leurs rares confrontations laissent deviner une affection profonde, dissimulée derrière les reproches et les non-dits.
Catwoman révèle une autre facette de Gotham
Zoë Kravitz incarne une Selina Kyle indépendante, déterminée et directement liée aux milieux criminels de la ville. Elle ne devient jamais une simple partenaire amoureuse de Batman et poursuit ses propres objectifs.
Selina connaît une partie de Gotham que Bruce ne voit pas. Elle côtoie les victimes oubliées, les employées exploitées et les femmes dont la disparition ne provoque presque aucune réaction des autorités. Son regard met en évidence les limites d’un héros privilégié qui observe encore la ville depuis les hauteurs.
La relation entre Batman et Catwoman repose sur leur attirance, mais également sur leurs désaccords. Tous deux portent un masque et agissent en dehors de la loi, sans partager la même conception de la justice. Leur rapprochement apporte au récit une dimension émotionnelle sans détourner l’attention de l’enquête.

Un Riddler aussi inquiétant que révélateur
Paul Dano propose une version terrifiante du Riddler. Le criminel extravagant des comics laisse ici place à un tueur méthodique, utilisant les énigmes, les vidéos et les réseaux sociaux pour mettre en scène ses crimes.
Son apparence dissimulée, sa voix déformée et la brutalité de ses méthodes le rendent presque réaliste. Le Riddler ne cherche pas simplement à prouver son intelligence : il veut révéler les mensonges sur lesquels Gotham s’est construite.
Le parallèle établi avec Batman constitue l’une des idées les plus fortes du scénario. Tous deux sont des orphelins marqués par la ville. Tous deux utilisent la peur et se considèrent comme des instruments de vengeance. Le Riddler pense même agir aux côtés du justicier, comme si leurs actions participaient au même projet.
Batman découvre alors que le symbole qu’il a créé peut inspirer la violence au lieu de la combattre. Le véritable affrontement entre les deux personnages ne repose donc pas uniquement sur leurs méthodes, mais sur la signification qu’ils donnent au mot justice.
Le Pingouin et Falcone donnent corps au crime organisé
Méconnaissable sous son maquillage, Colin Farrell livre une excellente interprétation d’Oswald Cobblepot. Son Pingouin n’est pas encore le grand chef criminel que connaissent les lecteurs, mais un intermédiaire ambitieux travaillant pour Carmine Falcone.
Le personnage apporte une touche d’humour bienvenue sans briser l’atmosphère du film. Son interrogatoire par Batman et Gordon constitue notamment l’une des scènes les plus amusantes du récit.
John Turturro incarne un Carmine Falcone beaucoup plus discret et inquiétant. Derrière son apparente tranquillité, le mafieux représente le véritable pouvoir de Gotham. Son influence s’étend à la police, à la justice et aux responsables politiques, au point de rendre presque impossible la distinction entre l’État et le crime organisé.
Ces personnages permettent au film de montrer que Gotham ne peut pas être sauvée par quelques arrestations. La corruption est installée au cœur même de ses institutions.
Gotham devient un personnage à part entière
Matt Reeves donne à Gotham une identité particulièrement forte. La ville semble constamment plongée dans la nuit, la pluie et une lumière artificielle. Les rues sont sales, les bâtiments immenses et les institutions paraissent condamnées à la corruption.
La photographie de Greig Fraser transforme chaque lieu en espace menaçant. Les personnages surgissent de l’obscurité, tandis que les lumières rouges et orangées découpent régulièrement leurs silhouettes. De nombreuses images semblent directement provenir d’une planche de comics.
La musique de Michael Giacchino renforce cette atmosphère. Le thème de Batman, construit autour de quelques notes lourdes et répétitives, accompagne parfaitement la démarche lente du héros. Celui du Riddler installe au contraire une inquiétude presque religieuse.
Cette cohérence visuelle et sonore fait de Gotham bien davantage qu’un décor. La ville devient le cœur malade du récit, mais aussi le reflet de l’état psychologique de Bruce Wayne.
Une action rare, mais particulièrement puissante
The Batman ne multiplie pas inutilement les affrontements. Matt Reeves privilégie des scènes peu nombreuses, mais suffisamment lisibles et physiques pour donner une véritable impression de danger.
La poursuite avec le Pingouin constitue l’un des sommets du film. L’arrivée de la Batmobile, annoncée par le rugissement de son moteur, transforme le véhicule en véritable créature. La course qui suit privilégie la puissance, le poids et la violence des collisions plutôt qu’une accumulation de gadgets.
Le dernier acte adopte une dimension plus spectaculaire avec l’inondation de Gotham et l’affrontement contre les partisans du Riddler. Ce changement d’échelle peut sembler plus conventionnel, mais il permet d’achever l’évolution du héros.
Lorsque l’un de ses adversaires reprend à son compte l’expression « Je suis la vengeance », Bruce comprend les conséquences du symbole qu’il a choisi d’incarner. Il ne peut plus se contenter de terroriser les criminels.
De la vengeance à l’espoir
L’évolution de Batman donne au film sa véritable profondeur. Au début du récit, Bruce pense que la peur suffira à changer Gotham. Il se définit uniquement par la vengeance et mesure son efficacité au nombre de criminels qu’il parvient à frapper.
À la fin, il comprend que sa mission ne peut pas reposer uniquement sur la violence. Lorsqu’il allume une torche et guide les victimes hors des décombres, Batman cesse enfin d’être une créature de la nuit pour devenir une source d’espoir.
Cette image marque la véritable naissance du héros. Bruce ne renonce pas à Batman, mais comprend ce qu’il doit représenter. Le film raconte donc moins la naissance du costume que celle du symbole.

Une durée au service de l’immersion
Avec près de trois heures, The Batman prend le temps d’installer son univers, de développer son enquête et de donner de la place à ses nombreux personnages. Le rythme volontairement lent participe pleinement à l’atmosphère pesante du film.
Quelques scènes auraient pu être resserrées, notamment dans la dernière partie, mais cette durée permet aussi au spectateur de s’immerger dans Gotham. Le film refuse la précipitation et construit progressivement chaque révélation.
Cette ampleur lui donne presque la sensation d’un roman graphique porté à l’écran. Plutôt que d’enchaîner rapidement les morceaux de bravoure, Matt Reeves laisse son intrigue respirer et accorde une véritable importance aux lieux, aux silences et aux regards.
Une adaptation qui comprend profondément Batman
The Batman ne transpose pas un album précis. Matt Reeves puise dans plusieurs œuvres consacrées au personnage, notamment Batman : Année Un, Un long Halloween et Batman : Ego.
Le film reprend l’idée d’un justicier encore imparfait, confronté à la corruption des institutions et aux grandes familles criminelles de Gotham. La voix intérieure de Bruce, son journal et sa difficulté à séparer sa mission de son obsession rappellent également les récits les plus psychologiques du personnage.
Cette liberté permet au réalisateur de respecter l’essence de Batman sans reproduire une histoire déjà connue. Le héros reste immédiatement reconnaissable, tout en évoluant dans un univers cinématographique possédant sa propre identité.
En résumé
The Batman réussit à renouveler un personnage pourtant adapté de nombreuses fois. Matt Reeves replace ses talents de détective au centre du récit et construit un polar noir maîtrisé, porté par une Gotham impressionnante et une remarquable cohérence visuelle.
Robert Pattinson impose un Batman obsessionnel, vulnérable et inquiétant. Zoë Kravitz, Paul Dano, Jeffrey Wright, Colin Farrell et John Turturro donnent de l’épaisseur à un univers où chaque personnage révèle une nouvelle facette de la ville.
Malgré quelques longueurs, le film utilise ses trois heures pour construire une véritable évolution. Batman commence comme une incarnation de la vengeance et termine en comprenant qu’il doit devenir un symbole d’espoir. Cette transformation, associée à la mise en scène de Matt Reeves et à l’interprétation de Robert Pattinson, fait de The Batman l’une des adaptations les plus fortes et les plus abouties du Chevalier noir.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.


