Supergirl
Titre original : Supergirl
Avec : Milly Alcock, Matthias Schoenaerts, Eve Ridley, David Krumholtz, Emily Beecham
Production / distribution : DC Studios, Troll Court Entertainment, The Safran Company / Warner Bros. Pictures
Durée : 1 h 50
Adaptation : Comics
Sortie : 1 juillet 2026
Après avoir relancé Superman, le nouveau DC Universe s’intéresse à sa cousine avec Supergirl. Mais plutôt que de fabriquer une simple déclinaison féminine de l’Homme d’Acier, Craig Gillespie choisit une direction très différente. Kara Zor-El est plus cynique, plus impulsive et surtout beaucoup plus abîmée que son célèbre cousin.
Porté par une Milly Alcock parfaitement choisie et par une vraie volonté de proposer une aventure cosmique différente des productions de super-héros habituelles, Supergirl possède une personnalité indéniable. Malheureusement, le film n’est pas toujours aussi fort que son héroïne et peine parfois à donner suffisamment d’ampleur à son périple.
Une Supergirl qui refuse d’être Superman
C’est probablement la meilleure idée du film : ne jamais chercher à faire de Kara une copie de son cousin.
Superman a grandi sur Terre. Il possède des parents adoptifs, des souvenirs heureux et un véritable sentiment d’appartenance à ce monde. Kara, elle, vient d’ailleurs et porte avec elle la disparition de Krypton. Cette différence permet au scénario d’aborder les deux Kryptoniens presque comme des opposés.
Kara boit, provoque, se montre parfois irresponsable et dissimule difficilement une colère qui semble constamment prête à exploser. Derrière cette attitude se cache pourtant une profonde solitude.
Le personnage fonctionne précisément parce que le film ne cherche pas à la rendre immédiatement exemplaire. Cette Supergirl peut être agaçante, excessive et même franchement antipathique. Elle doit encore découvrir ce qu’elle veut représenter.
Cela lui donne une identité propre et évite que le film ne vive constamment dans l’ombre de Superman.
Milly Alcock porte le film
Le choix de Milly Alcock apparaît rapidement comme l’une des principales réussites de Supergirl.
L’actrice possède exactement l’énergie nécessaire pour incarner cette Kara plus sauvage. Elle peut passer de l’arrogance à la vulnérabilité sans donner l’impression d’interpréter deux personnages différents.
Son humour fonctionne également parce qu’il ressemble davantage à un mécanisme de défense qu’à une succession de répliques écrites uniquement pour faire rire le public.
Le film repose énormément sur elle, parfois même un peu trop. Dès que Kara disparaît du centre du récit, l’ensemble perd immédiatement en énergie.
Milly Alcock réussit surtout quelque chose d’essentiel : faire oublier assez rapidement que Supergirl est « la cousine de Superman ». Kara devient simplement Kara.
Ruthye donne un cœur à l’aventure
La rencontre avec Ruthye permet au film de dépasser le simple voyage spatial.
La jeune fille poursuit Krem après le meurtre de son père et entraîne Kara dans sa quête de vengeance. Le duo repose sur un contraste assez classique : Ruthye possède une détermination presque absolue tandis que Kara connaît déjà le prix que peuvent avoir la colère et la perte.
Eve Ridley apporte beaucoup de sincérité au personnage. La relation entre les deux héroïnes constitue progressivement le véritable cœur du film.
Ce voyage permet surtout à Kara de se retrouver confrontée à quelqu’un qui lui renvoie indirectement ses propres blessures.
Le scénario aurait toutefois gagné à consacrer davantage de temps aux étapes intermédiaires de leur relation. Certaines évolutions émotionnelles arrivent rapidement alors qu’elles auraient mérité davantage de silence et de respiration.
Krem : un adversaire efficace mais pas inoubliable
Matthias Schoenaerts incarne un Krem suffisamment brutal pour donner une véritable menace au voyage de Kara et Ruthye.
Le personnage fonctionne parfaitement lorsqu’il représente quelque chose de concret : un homme violent dont les actes détruisent la vie des autres et provoquent cette quête de vengeance.
En revanche, il manque d’épaisseur pour devenir un antagoniste véritablement marquant.
Le problème ne vient pas de Matthias Schoenaerts, qui lui apporte une présence physique convaincante, mais d’une écriture qui lui demande principalement d’être l’obstacle à abattre. Face à une héroïne aussi travaillée que Kara, Krem paraît finalement beaucoup plus conventionnel.
Il remplit sa fonction sans réellement dépasser celle-ci.
Un véritable voyage cosmique
L’un des plaisirs de Supergirl vient de son changement permanent de décors.
Craig Gillespie embrasse pleinement la dimension spatiale du personnage. Planètes, créatures, civilisations et environnements différents donnent au film une identité éloignée de la traditionnelle aventure de super-héros se terminant au milieu d’une grande ville américaine.
Cette diversité permet également au DC Universe de commencer à montrer son immensité.
Visuellement, tout n’est pas toujours aussi impressionnant. Certains environnements numériques manquent de matière et l’ensemble n’atteint pas systématiquement le sentiment de grandeur recherché.
Mais cette dimension de road movie galactique apporte suffisamment de variété pour que le film conserve sa personnalité.
Krypto, bien plus qu’une mascotte
Il aurait été extrêmement facile de transformer Krypto en simple machine à produits dérivés.
Le film évite heureusement cet écueil.
Le chien apporte évidemment plusieurs respirations humoristiques, mais il participe également à la construction émotionnelle de Kara. Sa relation avec lui permet de révéler une tendresse que le personnage cherche généralement à dissimuler derrière son cynisme.
Krypto devient ainsi beaucoup plus qu’un gadget mignon placé dans le film pour provoquer quelques réactions attendries.
Et cela fonctionne précisément parce que le scénario ne semble jamais oublier qu’au milieu des batailles intergalactiques, Kara reste une jeune femme terriblement seule.
Une adaptation qui conserve l’esprit de Woman of Tomorrow
Le film puise largement dans Supergirl: Woman of Tomorrow, le récit de Tom King et Bilquis Evely qui avait proposé une vision beaucoup plus sombre et cosmique du personnage.
Plutôt que d’en reproduire mécaniquement chaque événement, le scénario d’Ana Nogueira en conserve surtout les fondations : Ruthye, Krem, le voyage interstellaire et une Kara bien différente de l’image traditionnelle de Supergirl.
Cette approche permet au film d’exister sans nécessiter la lecture préalable du comics.
Elle entraîne cependant une difficulté : condenser un voyage pensé sur plusieurs chapitres dans un long métrage de moins de deux heures donne parfois l’impression de traverser certaines étapes beaucoup trop rapidement.
Le récit avance constamment alors que plusieurs moments auraient mérité de durer davantage.
Le film va parfois trop vite
C’est probablement la principale faiblesse de Supergirl.
Avec environ 1 h 50, le film possède un rythme efficace, mais cette efficacité se retourne parfois contre lui. Les planètes défilent, les rencontres s’enchaînent et certains événements émotionnellement importants sont rapidement remplacés par l’étape suivante.
Le voyage devrait progressivement transformer Kara et Ruthye.
On comprend cette évolution, mais on ne la ressent pas toujours autant qu’on le devrait.
Quelques scènes supplémentaires auraient permis de donner davantage de poids à leurs blessures, à leurs désaccords et à leur rapprochement.
Pour une histoire qui parle énormément du deuil et de la vengeance, Supergirl manque paradoxalement parfois de temps pour laisser ses émotions s’installer.
Un humour généralement mieux maîtrisé que prévu
La personnalité de Kara permet naturellement au film d’être drôle sans transformer chaque situation en gag.
Son cynisme, son comportement parfois chaotique et sa relation avec Krypto offrent les principaux moments comiques.
Cette légèreté permet surtout d’éviter que le récit ne devienne excessivement sombre malgré les traumatismes de ses personnages.
Le film conserve néanmoins quelques automatismes désormais très familiers du cinéma de super-héros : une tension dramatique interrompue par une plaisanterie ou un personnage qui désamorce volontairement une situation.
Heureusement, Supergirl sait aussi rester sérieux lorsque cela devient nécessaire.
Lobo débarque… et vole presque la scène
L’apparition de Lobo constitue évidemment l’un des plaisirs du film.
Jason Momoa semble prendre un plaisir évident à abandonner Aquaman pour incarner un personnage qui correspond parfaitement à son énergie. Le résultat est excessif, brutal et volontairement grotesque.
Mais le film a l’intelligence de ne pas transformer Supergirl en spectatrice de son propre récit.
Lobo apporte une dose supplémentaire de folie à cet univers cosmique et ouvre surtout des possibilités particulièrement intéressantes pour la suite du DC Universe.
Sa présence ressemble davantage à une promesse qu’à un élément indispensable à l’histoire, mais c’est une promesse suffisamment réjouissante pour fonctionner.
Une héroïne qui mérite de revenir
Malgré ses imperfections, Supergirl réussit finalement son objectif principal : installer Kara Zor-El comme une héroïne capable d’exister indépendamment de Superman.
C’est même probablement lorsque le film oublie complètement son célèbre cousin qu’il fonctionne le mieux.
Kara possède désormais son caractère, ses blessures, ses contradictions et sa propre manière d’être une héroïne.
Le film qui l’entoure n’est pas toujours à sa hauteur. Son aventure manque parfois d’ampleur, son antagoniste reste relativement conventionnel et son rythme empêche certaines émotions de produire tout leur effet.
Mais le personnage, lui, est trouvé.
Et pour un premier véritable chapitre consacré à Supergirl dans ce nouvel univers DC, c’était probablement le plus important.
En résumé
Supergirl réussit avant tout grâce à Milly Alcock, excellente dans le rôle d’une Kara Zor-El cynique, blessée et beaucoup moins héroïque qu’elle ne voudrait le laisser croire. Craig Gillespie lui offre une aventure cosmique colorée et suffisamment différente de Superman pour permettre au personnage d’exister par lui-même.
Le film souffre néanmoins d’un récit parfois trop rapide, d’un antagoniste relativement classique et d’un voyage intergalactique qui aurait gagné à prendre davantage son temps. Plusieurs bonnes idées sont traversées plutôt que véritablement développées.
Ce n’est donc pas encore la grande aventure cosmique que Supergirl aurait pu porter, mais c’est une introduction solide pour cette nouvelle version du personnage. Et surtout, le DC Universe tient avec Milly Alcock une Supergirl que l’on a envie de retrouver.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.




