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Boule & Bill

Affiche de Boule & Bill

Boule & Bill

Réalisation : Alexandre Charlot, Franck Magnier

Avec : Franck Dubosc, Marina Foïs, Charles Crombez, Nicolas Vaude

Production / distribution : LGM Cinéma, StudioCanal, TF1 Films Production, Nexus Factory, Bidibul Productions / StudioCanal

Durée : 1 h 22

Adaptation : BD franco-belge

Sortie : 27 février 2013

2/5

Créés par Jean Roba à la fin des années 1950, Boule et Bill font partie des grands classiques de la BD franco-belge. Après plusieurs adaptations animées, le duo passe pour la première fois au cinéma en prises de vues réelles en 2013, avec Franck Dubosc et Marina Foïs dans les rôles des parents.

Une rencontre inventée pour le cinéma

Le film revient sur la rencontre entre Boule et Bill. Dans un refuge, le jeune garçon tombe immédiatement sous le charme d’un cocker roux dont personne ne veut. L’adoption de Bill bouleverse rapidement la vie de toute la famille, particulièrement celle du père, beaucoup moins enthousiaste à l’idée d’accueillir un chien.

Construire une véritable histoire autour de la rencontre était presque indispensable. Les albums de Roba reposent essentiellement sur des gags et des scènes de la vie quotidienne, sans grande intrigue continue. Le film imagine donc une origine au duo et développe davantage la famille pour construire un récit capable de tenir sur un long métrage.

L’idée fonctionne, mais elle modifie aussi considérablement l’équilibre de la BD. Boule et Bill ne sont finalement plus toujours le centre du film : les problèmes du couple formé par ses parents occupent une place importante et transforment progressivement l’adaptation en comédie familiale assez classique.

Boule et Bill fonctionnent plutôt bien ensemble

Charles Crombez apporte à Boule une innocence qui convient au personnage. Le film ne cherche heureusement pas à le transformer en enfant particulièrement insolent ou hyperactif : sa relation avec Bill repose essentiellement sur une affection immédiate et une complicité simple.

Bill est évidemment l’autre difficulté de l’adaptation. Dans les albums, Roba pouvait lui donner des expressions presque humaines et le lecteur avait accès à ses pensées. Le film lui offre une voix, assurée par Manu Payet, choix qui permet de conserver une partie de sa personnalité mais qui enlève aussi quelque chose à la simplicité du personnage.

Malgré cela, le lien entre Boule et Bill reste probablement ce que le film réussit le mieux. Leur amitié est suffisamment évidente pour que l’on accepte immédiatement le principe de cette rencontre qui n’existait pas sous cette forme dans la BD.

Franck Dubosc prend énormément de place

Franck Dubosc interprète le père de Boule et devient rapidement l’un des personnages principaux du film. Son rejet initial de Bill fournit une grande partie des situations comiques : contrairement à son fils, il voit surtout dans l’arrivée du chien une source infinie de problèmes.

L’acteur reste dans un registre très identifiable, avec un père maladroit, dépassé et régulièrement ridicule. Quelques scènes fonctionnent grâce à son énergie comique, mais cette importance donnée au personnage déplace encore davantage le centre de gravité. Par moments, on regarde moins une adaptation de Boule & Bill qu’une comédie avec Franck Dubosc dans laquelle se trouvent Boule et Bill.

C’est dommage, car le père était évidemment présent chez Roba mais ne devait pas nécessairement devenir le moteur principal de l’histoire.

Marina Foïs apporte davantage de naturel

Marina Foïs offre un contrepoint plus posé. La mère accueille beaucoup plus facilement Bill et se retrouve régulièrement à arbitrer entre son fils et son mari. L’actrice apporte un naturel appréciable à un film qui peut facilement basculer dans la caricature.

Le scénario lui invente également davantage d’enjeux personnels afin de donner une véritable existence au couple parental. Cela fonctionne dans le cadre d’une comédie familiale, mais participe encore à éloigner le film de la simplicité de la BD. Chez Roba, le quotidien suffisait : une promenade, un repas ou un voisin mécontent pouvaient fournir toute la matière nécessaire à un gag.

Une reconstitution rétro plutôt séduisante

Le choix de conserver une esthétique évoquant les années 1970 est probablement l’une des meilleures idées du film. La maison, les vêtements, les automobiles et les couleurs créent un univers volontairement rétro qui permet de ne pas transposer artificiellement Boule et Bill dans un environnement contemporain.

Cette approche donne également au film une identité visuelle agréable. La célèbre 2CV rouge, la maison familiale et le quartier évoquent immédiatement l’univers chaleureux de la série sans chercher à reproduire littéralement chaque case.

Contrairement à certaines adaptations de BD qui modernisent leurs personnages à tout prix, Boule & Bill comprend qu’une partie de son charme vient justement d’un quotidien légèrement hors du temps.

Quand la simplicité de Roba devient une comédie très appuyée

C’est surtout dans l’humour que l’adaptation montre ses limites. Roba construisait généralement ses gags autour de petites observations : le comportement d’un chien, la relation entre un enfant et ses parents, une bêtise, une promenade ou une confrontation avec le voisinage. La chute suffisait et les personnages reprenaient ensuite leur vie.

Le cinéma cherche forcément davantage de mouvement. Les situations deviennent donc plus longues, les réactions plus appuyées et les catastrophes plus importantes. Sans atteindre la surenchère de Gaston Lagaffe, le film perd une partie de la finesse et de la spontanéité qui caractérisaient les albums.

Le problème vient surtout de la volonté de transformer chaque élément en véritable séquence comique. Là où Roba avait besoin de quelques cases, le film étire parfois le gag jusqu’à ce que sa mécanique devienne trop visible.

Une adaptation pensée avant tout comme un film familial

Boule & Bill fonctionne finalement davantage comme une comédie familiale inspirée de la BD que comme une véritable tentative d’en retrouver précisément le ton. Le scénario insiste sur les relations entre les parents, les difficultés familiales et l’arrivée d’un animal capable de bouleverser le quotidien.

Ce choix rend le film extrêmement accessible. Il n’est pas nécessaire de connaître les albums pour comprendre les personnages et les plus jeunes peuvent facilement s’attacher à Boule et Bill. Mais cette universalité se paie par une certaine banalisation : en retirant les références visuelles et les noms des personnages, une partie de l’histoire pourrait appartenir à beaucoup d’autres comédies familiales mettant en scène un enfant et son chien.

C’est là que l’adaptation manque probablement d’un peu plus de personnalité. Roba racontait lui aussi un quotidien familial très simple, mais son regard et son humour rendaient immédiatement cet univers identifiable.

Un véritable succès malgré les critiques

Le film rencontre pourtant largement son public. Sorti en France le 27 février 2013, il approche les deux millions d’entrées, ce qui en fait l’un des films français ayant dépassé le million de spectateurs cette année-là.

L’accueil critique est beaucoup moins enthousiaste : AlloCiné recense une moyenne presse de 1,5/5 et une moyenne spectateurs de 1,6/5. Le succès commercial sera néanmoins suffisant pour permettre à Boule et Bill de revenir quelques années plus tard dans une suite.

En résumé

Boule & Bill reste une comédie familiale gentille et visuellement agréable, portée par la complicité entre le garçon et son chien. Mais en donnant autant de place aux parents et aux mécanismes classiques de la comédie familiale, le film perd une partie de la simplicité et du charme quotidien de Roba.

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