Les Vacances du Petit Nicolas
Avec : Mathéo Boisselier, Valérie Lemercier, Kad Merad, Dominique Lavanant
Production / distribution : Fidélité Films, IMAV Éditions, Wild Bunch, M6 Films / Wild Bunch Distribution
Durée : 1 h 37
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 9 juillet 2014
Cinq ans après le succès du Petit Nicolas, Laurent Tirard retrouve l’univers de Goscinny et Sempé en envoyant Nicolas et ses parents au bord de la mer. Maxime Godart ayant grandi, Mathéo Boisselier reprend le rôle, tandis que Kad Merad et Valérie Lemercier restent les parents. Le changement de décor offre un nouveau terrain de jeu à Nicolas, mais cette deuxième aventure se montre aussi plus ouvertement tournée vers la comédie familiale.
Nicolas découvre les grandes vacances
L’école est terminée et Nicolas part en vacances avec ses parents et sa grand-mère à l’Hôtel Beau-Rivage. Il découvre rapidement une nouvelle bande de copains et surtout Isabelle, une petite fille qu’il soupçonne ses parents de vouloir lui faire épouser. Évidemment, il suffit de cette idée pour que Nicolas et ses amis imaginent les plans les plus improbables afin d’empêcher ce supposé mariage.
Le principe correspond parfaitement à la logique du personnage. Comme dans le premier film, Nicolas interprète les conversations des adultes avec ses yeux d’enfant et arrive à des conclusions complètement erronées qui lui paraissent pourtant irréfutables. La peur d’un petit frère est simplement remplacée par celle d’un mariage arrangé.
Mais la construction apparaît cette fois plus mécanique. On retrouve le malentendu, puis Nicolas et ses copains tentent de résoudre un problème qui n’existe que dans leur imagination. La surprise du premier film s’est donc quelque peu dissipée.
Mathéo Boisselier reprend correctement le personnage
Le remplacement de Maxime Godart était inévitable : cinq années séparent les deux films et l’acteur était devenu trop âgé pour continuer à incarner Nicolas. Mathéo Boisselier, choisi parmi environ 800 enfants, reprend donc le personnage.
Il possède la fraîcheur et l’innocence nécessaires, même s’il faut un petit moment pour s’habituer à ce nouveau visage. Son Nicolas apparaît peut-être légèrement plus démonstratif, mais conserve cette manière très sérieuse d’affronter des problèmes complètement dérisoires.
Le changement fonctionne finalement assez naturellement, notamment parce que l’univers autour de lui reste immédiatement identifiable.
Une nouvelle bande de copains plutôt réussie
En quittant l’école, le film se prive forcément d’Alceste, Clotaire, Eudes, Agnan et des autres. C’était un risque considérable tant leur dynamique participait à la réussite du premier volet. Nicolas rencontre donc Blaise, Fructueux, Djodjo, Crépin et Côme.
Le film parvient assez rapidement à caractériser chacun d’entre eux. Comme chez Goscinny, quelques traits suffisent pour créer des personnalités immédiatement identifiables. Leur fonctionnement collectif permet surtout de retrouver les discussions absurdes entre enfants : chacun possède une solution au problème, personne n’est véritablement d’accord et un plan extrêmement compliqué finit par être adopté avec le plus grand sérieux.
On regrette malgré tout les camarades habituels de Nicolas. Cette nouvelle bande fonctionne, mais elle n’a pas tout à fait la même évidence que celle du premier film.
Isabelle apporte une jolie idée
Isabelle constitue l’une des bonnes trouvailles de cette aventure. Nicolas interprète son arrivée comme une menace alors que la petite fille n’a évidemment rien demandé. Leur relation permet au film de jouer avec les premières incompréhensions amoureuses sans transformer Nicolas en adolescent miniature.
C’est précisément lorsque le film reste à hauteur d’enfant qu’il fonctionne le mieux. Une rencontre, un regard ou une phrase prononcée par les parents peuvent prendre des proportions gigantesques simplement parce que Nicolas ne possède pas toutes les clés pour les comprendre.
Cette naïveté permet de conserver une partie de la tendresse caractéristique de Goscinny et Sempé.
Kad Merad et Valérie Lemercier prennent davantage de place
Comme dans le premier film, les parents bénéficient de leurs propres intrigues. Kad Merad retrouve ce père un peu maladroit et préoccupé par son travail, tandis que Valérie Lemercier continue d’apporter une fantaisie qui convient particulièrement bien à cet univers.
Mais Les Vacances du Petit Nicolas leur accorde davantage d’espace. Les histoires sentimentales et les quiproquos entre adultes prennent parfois le dessus sur les aventures des enfants. Laurent Tirard semble vouloir proposer simultanément un film pour les plus jeunes et une comédie destinée à leurs parents.
Cela produit quelques situations amusantes, mais éloigne ponctuellement le film de son véritable sujet. Nicolas fonctionne mieux lorsque les adultes existent principalement à travers ce qu’il comprend — ou ne comprend pas — de leur comportement.
Une grand-mère qui apporte une nouvelle dynamique
Dominique Lavanant rejoint la famille dans le rôle de Mémé et apporte une énergie différente. Sa présence permet de modifier l’équilibre entre les adultes et d’ajouter un personnage capable de perturber les habitudes du père de Nicolas.
Là encore, le film élargit cependant son univers au risque de trop se disperser. Entre Nicolas, ses nouveaux amis, Isabelle, ses parents, sa grand-mère et les différents vacanciers, les intrigues secondaires deviennent nombreuses.
Le premier film possédait une simplicité qui permettait aux petites histoires de s’intégrer naturellement au fil rouge. Cette suite donne parfois davantage l’impression d’une succession de sketches reliés par le séjour à la mer.
Une carte postale des vacances d’autrefois
Visuellement, le changement de décor fonctionne très bien. Après le Paris idéalisé du premier film, Laurent Tirard construit une véritable carte postale des vacances familiales d’autrefois : plage, cabines, hôtel, maillots rétro et couleurs très lumineuses composent un univers volontairement artificiel.
Le film ne cherche toujours pas le réalisme. Tout semble légèrement trop propre, trop coloré et trop parfaitement ordonné, mais cette stylisation correspond à la vision nostalgique de l’enfance qui traverse Le Petit Nicolas. On regarde moins une reconstitution historique que le souvenir embelli de vacances telles qu’un enfant pourrait les conserver.
Cette identité visuelle constitue même l’une des principales qualités du film. Le décor maritime permet à la suite de se distinguer immédiatement du premier volet sans avoir besoin de moderniser Nicolas.
Plus de comédie, un peu moins de Goscinny
C’est surtout dans son humour que cette suite marque une différence. Le premier film trouvait un assez bel équilibre entre les dialogues, la logique enfantine et une comédie plus cinématographique. Les Vacances du Petit Nicolas pousse davantage les situations, les quiproquos et les personnages secondaires.
Rien n’atteint la surenchère de certaines adaptations de BD, mais l’humour devient plus appuyé. On ressent davantage la volonté de construire des scènes comiques que l’impression d’assister simplement au quotidien de Nicolas.
Or Goscinny était particulièrement fort lorsqu’il donnait l’impression que rien ne se passait. Une dispute sur la plage, un nouveau copain ou une conversation mal comprise pouvaient suffire. Le film conserve cette mécanique par moments, mais l’enrobe davantage dans les conventions de la comédie familiale.
Une suite agréable mais moins indispensable
Les Vacances du Petit Nicolas reste pourtant une suite très sympathique. Laurent Tirard connaît suffisamment cet univers pour ne jamais complètement le dénaturer, et le film conserve sa tendresse, son esthétique rétro et son regard bienveillant sur l’enfance.
Mais il possède moins de fraîcheur que son prédécesseur. Le changement de décor est réussi, tandis que le changement de bande renouvelle les situations, mais la formule commence déjà à devenir visible. Le film reproduit en partie ce qui avait fonctionné en 2009 en augmentant la place accordée aux adultes et à la comédie.
Le public répond néanmoins largement présent : sorti le 9 juillet 2014, le film totalise environ 2,37 millions d’entrées en France. C’est un succès important, même s’il reste très inférieur aux plus de cinq millions de spectateurs du premier volet.
En résumé
Les Vacances du Petit Nicolas conserve la tendresse et le charme rétro du premier film, avec une nouvelle bande attachante et un joli décor estival. Mais la formule est moins fraîche, les adultes prennent davantage de place et l’humour devient plus appuyé, au détriment d’une partie de la finesse de Goscinny.
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