MiklMayer.fr

Superman

Affiche de Superman

Superman

Titre original : Superman

Réalisation : Richard Donner

Avec : Christopher Reeve, Margot Kidder, Gene Hackman, Marlon Brando

Production / distribution : Dovemead Films, Film Export A.G., International Film Production / Warner Bros.

Durée : 2 h 23

Adaptation : Comics

Sortie : 26 janvier 1979

5/5

En 1978, adapter Superman au cinéma représente un pari colossal. Richard Donner ne choisit pourtant ni la parodie ni la distance ironique : il traite le personnage créé par Jerry Siegel et Joe Shuster avec un véritable premier degré, tout en conservant son humour et sa dimension romanesque. Porté par Christopher Reeve et la musique devenue mythique de John Williams, Superman va poser une grande partie des fondations du cinéma de super-héros moderne.

Krypton : donner une mythologie à Superman

Le film prend son temps. Avant Clark Kent, Lois Lane ou Metropolis, Richard Donner consacre une longue introduction à Krypton et à Jor-El. Marlon Brando apporte immédiatement une certaine noblesse au personnage et permet au film de traiter les origines de Superman presque comme un récit mythologique.

Ce choix peut aujourd’hui sembler évident, mais il est fondamental. Superman n’est pas simplement présenté comme un homme possédant des pouvoirs extraordinaires. Il est l’héritier d’un monde disparu, envoyé sur Terre par des parents qui savent qu’ils ne pourront jamais le voir grandir. Derrière le spectacle existe donc dès le départ une véritable dimension tragique.

Le film poursuit ensuite cette construction à Smallville. Jonathan et Martha Kent ne sont pas de simples personnages secondaires : ils donnent à Clark les valeurs qui définiront Superman. Le décès de Jonathan rappelle surtout une idée essentielle malgré les pouvoirs presque illimités du héros : il ne peut pas sauver tout le monde.

Christopher Reeve est Superman

Difficile de parler du film sans revenir sur l’évidence de Christopher Reeve. Physiquement, il possède la stature du personnage, mais réduire sa performance à sa ressemblance avec Superman serait passer à côté de l’essentiel. Son véritable tour de force consiste à faire exister deux personnages avec le même visage.

Lorsqu’il devient Clark Kent, Reeve modifie sa posture, rentre légèrement les épaules, change son regard et adopte une voix plus hésitante. Clark paraît maladroit, timide et presque incapable d’occuper l’espace. Dès qu’il devient Superman, le corps se redresse, la voix change et l’assurance apparaît immédiatement.

La fameuse idée selon laquelle une simple paire de lunettes suffirait à cacher Superman devient ainsi beaucoup plus crédible. Ce n’est pas uniquement son visage que Clark dissimule : il joue en permanence un personnage. Une scène où il envisage de révéler son identité à Lois avant de reprendre soudainement son attitude de Clark suffit à montrer toute l’intelligence de l’interprétation de Reeve.

Margot Kidder impose une véritable Lois Lane

Face à lui, Margot Kidder refuse heureusement de faire de Lois une simple demoiselle en détresse. Elle est curieuse, ambitieuse, téméraire, parfois imprudente et surtout capable de bousculer immédiatement Clark. Son tempérament donne beaucoup d’énergie aux scènes du Daily Planet.

La relation entre Lois et Superman fonctionne également grâce à une forme d’innocence romantique que le film assume complètement. La séquence du vol au-dessus de Metropolis pourrait facilement devenir ridicule, mais Donner la filme comme un véritable moment de merveilleux.

Le monologue intérieur de Lois pendant cette scène a certes beaucoup vieilli et peut paraître excessivement sentimental. Pourtant, l’alchimie entre Kidder et Reeve permet encore au passage de fonctionner. Pour Lois comme pour le spectateur, Superman cesse alors d’être une apparition extraordinaire pour devenir un homme dont elle peut tomber amoureuse.

Metropolis, Clark Kent et le plaisir de la comédie

Le film devient beaucoup plus léger lorsque Clark arrive à Metropolis. Le Daily Planet, Perry White, Jimmy Olsen et Lois permettent à Donner d’installer une véritable comédie de personnages sans jamais transformer Superman lui-même en plaisanterie.

Cette distinction est importante. Superman peut être drôle, parfois même très drôle, mais le film ne semble jamais avoir honte de son héros. Clark peut être maladroit et Lex Luthor peut avoir des partenaires particulièrement grotesques, tandis que Superman reste traité avec sincérité.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles le film vieillit mieux que beaucoup de productions de son époque. Donner comprend qu’on peut rire autour d’un super-héros sans nécessairement rire de lui.

Gene Hackman : un Lex Luthor très différent de celui d’aujourd’hui

Le Lex Luthor de Gene Hackman surprendra forcément les spectateurs habitués aux incarnations plus froides et menaçantes du personnage. Celui-ci est mégalomane, théâtral, extrêmement satisfait de lui-même et entouré d’Otis et Miss Teschmacher, qui donnent à ses scènes un ton ouvertement comique.

Cette approche possède ses limites. Otis, notamment, transforme parfois les séquences de Luthor en véritable farce et réduit considérablement la menace qu’il devrait représenter. Le contraste avec la grandeur des scènes kryptoniennes est parfois énorme.

Hackman possède néanmoins suffisamment de présence pour maintenir Luthor au centre du récit. Son plan immobilier est volontairement extravagant, mais révèle parfaitement sa personnalité : une intelligence considérable associée à un ego absolument gigantesque. Ce n’est pas encore le Lex Luthor complexe que développeront certaines versions ultérieures, mais c’est un adversaire parfaitement adapté au ton du film.

« Vous croirez qu’un homme peut voler »

La promesse publicitaire du film était ambitieuse : « You’ll believe a man can fly ». Et pour 1978, le résultat est impressionnant. Richard Donner ne se contente pas de montrer Superman suspendu devant un écran : il cherche constamment à donner une sensation de mouvement et de liberté.

Évidemment, certains trucages accusent aujourd’hui leur âge. Les transparences se voient, certaines incrustations sont évidentes et personne ne pourrait comparer techniquement ces séquences aux effets numériques contemporains. Mais juger uniquement ces images selon les standards actuels manquerait complètement leur importance.

Le film réussit surtout à rendre le vol désirable. Lorsque Superman traverse Metropolis ou s’élève avec Lois, on ne regarde pas seulement un effet spécial : on ressent le plaisir de pouvoir voler. Cette sensation reste beaucoup plus importante que la perfection technique.

John Williams donne une voix au personnage

Quelques notes suffisent. La partition de John Williams est devenue tellement indissociable de Superman qu’elle semble presque prononcer son nom lorsque retentit son thème principal. La musique apporte immédiatement au personnage sa grandeur, son optimisme et son caractère héroïque.

Mais la bande originale ne se limite pas au thème principal. Krypton possède sa solennité, Smallville sa nostalgie et les scènes romantiques leur douceur. Williams accompagne ainsi les différentes identités du film sans jamais perdre son unité.

C’est l’une des grandes forces de Superman : tout cherche à convaincre le spectateur qu’il assiste à une grande aventure. La musique ne commente pas le héros avec ironie. Elle croit en lui aussi fermement que la mise en scène.

Un film parfois déséquilibré

Cette ambition entraîne aussi quelques défauts. Superman dure plus de deux heures et son rythme peut sembler étrange. Krypton, Smallville, Metropolis, la romance puis l’affrontement avec Lex Luthor donnent parfois l’impression de regarder plusieurs films successifs.

Le ton varie également énormément. On peut passer de la destruction tragique d’une civilisation aux pitreries d’Otis, puis d’une séquence romantique à une catastrophe spectaculaire. Donner parvient généralement à maintenir l’ensemble, mais les coutures restent visibles.

La dernière partie souffre particulièrement de cette accumulation. Le plan de Luthor provoque une succession de catastrophes et le film cherche soudain à tout montrer. Le spectacle prend momentanément le dessus sur les personnages qui avaient constitué jusque-là sa principale force.

Cette fin qui pose toujours problème

Le choix de faire remonter le temps à Superman reste probablement l’élément le plus discutable du film. Face à la mort de Lois, il refuse l’impuissance qu’il avait pourtant découverte avec Jonathan Kent et utilise ses pouvoirs pour revenir en arrière.

Émotionnellement, la scène fonctionne grâce à Christopher Reeve. Sa colère et son désespoir donnent à Superman une vulnérabilité rarement montrée jusque-là. Mais narrativement, la solution pose un problème évident : si Superman peut annuler un événement aussi facilement, pourquoi ne pourrait-il pas utiliser cette capacité chaque fois qu’une tragédie se produit ?

Le film privilégie ici l’émotion et le spectaculaire au détriment de sa propre logique. C’est une faiblesse importante, surtout après avoir justement construit une partie du personnage autour de l’idée que même Superman doit accepter certaines limites.

Le film fondateur du super-héros moderne

Superman n’est évidemment pas le premier film adapté d’un personnage de comics. Mais son ambition change considérablement la manière dont Hollywood peut envisager ce type de production. Richard Donner traite les origines, la mythologie, l’identité secrète, la romance et le grand spectacle comme les éléments d’un véritable blockbuster.

On retrouve encore aujourd’hui son héritage dans quantité de films de super-héros. La construction en plusieurs étapes de l’origine, la découverte progressive des pouvoirs, l’arrivée du héros dans la grande ville ou encore la confrontation entre son identité publique et sa vie personnelle deviendront des mécanismes fondamentaux du genre.

Surtout, Donner démontre qu’un personnage vêtu de bleu avec une grande cape rouge peut fonctionner au cinéma sans qu’il soit nécessaire de s’excuser de son existence. Le film possède de l’humour, mais sa sincérité demeure totale.

Christopher Reeve reste son plus bel effet spécial

Les trucages ont vieilli, certaines séquences comiques également et le scénario possède plusieurs facilités. Pourtant, le film conserve une force étonnante près d’un demi-siècle plus tard. Elle tient beaucoup à Christopher Reeve.

Il rend Superman puissant sans le rendre arrogant, bon sans le rendre fade et presque naïf sans jamais le rendre idiot. Surtout, il donne l’impression que cette bonté n’est pas une faiblesse du personnage mais précisément ce qui le définit.

Le plus impressionnant n’est donc peut-être plus de croire qu’un homme peut voler. C’est de croire que cet homme est réellement Superman dès que Christopher Reeve apparaît à l’écran.

En résumé

Superman a vieilli dans ses effets spéciaux, certains choix comiques et une fin très discutable, mais son cœur demeure remarquablement intact. Richard Donner croit totalement à son héros, John Williams lui offre une musique immortelle et Christopher Reeve livre une incarnation qui reste une référence du genre.

L’avis des lecteurs

Les lecteurs donnent leur avis

Pas encore de note lecteur

Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.

Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.

Mikl Mayer

GRATUIT
VOIR