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Speed Racer

Affiche de Speed Racer

Speed Racer

Titre original : Speed Racer

Réalisation : Lana Wachowski, Lilly Wachowski

Avec : Emile Hirsch, Christina Ricci, John Goodman, Susan Sarandon

Production / distribution : Warner Bros., Village Roadshow Pictures, Silver Pictures / Warner Bros. France

Durée : 2 h 15

Adaptation : Manga

Sortie : 18 juin 2008

4/5

Après avoir révolutionné le cinéma d’action avec Matrix, les Wachowski pouvaient pratiquement faire ce qu’elles voulaient. Leur choix fut pour le moins inattendu : adapter Mach GoGoGo, manga de Tatsuo Yoshida surtout connu en Occident grâce à son adaptation animée Speed Racer. Avec 120 millions de dollars de budget, des voitures impossibles et des couleurs capables d’agresser une rétine à cinquante mètres, le film arrive en 2008 avec une ambition folle : ne surtout pas rendre le manga réaliste, mais essayer de transformer directement son langage graphique en cinéma.

Un dessin animé qui aurait avalé une caméra

Dès les premières minutes, une chose est évidente : Speed Racer ne ressemble pratiquement à aucun blockbuster de son époque. Les Wachowski abandonnent volontairement une grande partie du réalisme photographique. Les arrière-plans ressemblent à des illustrations, les couleurs sont saturées, les personnages glissent devant des décors numériques et plusieurs temporalités peuvent cohabiter à l’intérieur d’une même séquence.

C’est excessif, artificiel et parfois franchement épuisant. Mais contrairement à Dragonball Evolution, qui semblait embarrassé par la folie de son modèle, Speed Racer plonge dedans avec les deux pieds, la Mach 5 et probablement quelques litres de peinture fluorescente. Le film ne cherche jamais à faire oublier qu’il vient d’un manga et d’un anime : il cherche au contraire à imaginer à quoi ceux-ci pourraient ressembler s’ils explosaient sur un écran de cinéma.

Et même aujourd’hui, le résultat conserve quelque chose d’assez unique. Certaines images ont inévitablement vieilli, mais l’ensemble possède une identité visuelle tellement affirmée qu’il est difficile de le confondre avec quoi que ce soit d’autre.

Speed Racer, héros volontairement simple

Emile Hirsch incarne Speed sans chercher à lui inventer une complexité artificielle. Speed aime courir, aime sa famille et possède une confiance presque absolue dans la course automobile. Ce n’est pas le personnage le plus subtil jamais écrit par les Wachowski, mais cette simplicité correspond parfaitement à l’univers.

Autour de lui, John Goodman et Susan Sarandon apportent énormément à la famille Racer, tandis que Christina Ricci assume parfaitement le caractère très pop de Trixie. Même Spritle et Chim-Chim sont présents, avec tout ce que cela implique de gags enfantins parfois franchement dispensables.

Car Speed Racer est aussi cela : un film à 120 millions de dollars capable de parler de corruption économique avant de couper sur un enfant et un chimpanzé en train de faire les idiots. La cohérence tonale n’est clairement pas sa priorité.

Racer X apporte juste ce qu’il faut de sérieux

Matthew Fox hérite du rôle de Racer X, personnage mystérieux qui permet au film de devenir momentanément un peu moins hystérique. Son jeu beaucoup plus contenu contraste efficacement avec l’explosion permanente de couleurs qui l’entoure.

Le rapport entre Speed, son frère Rex et Racer X donne également au récit son véritable cœur émotionnel. Derrière les voitures qui bondissent dans tous les sens se cache une histoire beaucoup plus classique sur l’héritage, la famille et la nécessité de trouver sa propre voie.

Les Wachowski ont d’ailleurs l’intelligence de prendre cet aspect au sérieux. Elles peuvent faire voler une voiture dans un décor qui ressemble à un paquet de bonbons radioactifs, mais elles ne se moquent jamais de leurs personnages. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles le film a mieux vieilli que sa réputation initiale.

Des courses où les lois de la physique ont démissionné

Il faut toutefois accepter les règles du jeu. Les voitures ne roulent pas vraiment : elles sautent, tournent sur elles-mêmes, utilisent leurs adversaires comme tremplins et accomplissent des figures qui feraient probablement perdre connaissance à un ingénieur automobile.

Mais quelle énergie !

Les Wachowski transforment chaque circuit en espace graphique. La caméra semble pouvoir traverser les voitures, contourner les pilotes ou changer instantanément de perspective. Le montage ne cherche pas toujours la vraisemblance mais la sensation de vitesse, exactement comme les lignes de mouvement d’une case de manga peuvent suggérer une accélération impossible à représenter littéralement.

Lorsque cela fonctionne, Speed Racer produit quelque chose de réellement grisant. Lorsque cela fonctionne moins bien, on a parfois l’impression de regarder quelqu’un jouer à Mario Kart après avoir mangé l’intégralité du rayon confiserie d’un supermarché.

Derrière les bonbons, un film étonnamment politique

Sous son apparence de gigantesque jouet pour enfants, Speed Racer raconte également une histoire de sport contrôlé par de puissantes entreprises. Royalton explique à Speed que les grandes compétitions ne sont pas les exploits héroïques qu’il imaginait mais un marché dont les résultats peuvent être manipulés pour servir des intérêts financiers. Le refus de Speed de rejoindre son empire transforme alors la compétition sportive en affrontement entre une petite structure familiale et une énorme corporation.

Ce n’est pas particulièrement subtil, mais cette dimension donne au film davantage de matière qu’on pourrait le croire. La course devient une manière pour Speed de défendre quelque chose : l’idée qu’une passion peut encore exister en dehors des calculs financiers.

Le discours peut sembler naïf. Il l’est probablement. Mais dans un film aussi sincèrement attaché à ses personnages, cette naïveté devient presque une qualité.

2 h 15 : beaucoup trop pour aller aussi vite

Le principal problème est paradoxal : un film appelé Speed Racer est beaucoup trop long. Avec 2 h 15 au compteur, les Wachowski accumulent les intrigues secondaires, les explications, les gags et les morceaux de bravoure.

Le milieu du film accuse particulièrement cette générosité excessive. Certaines séquences comiques pourraient disparaître sans manquer à personne et le scénario prend parfois énormément de temps pour expliquer une intrigue finalement assez simple.

Cette durée empêche le film d’être le pur shoot visuel qu’il aurait pu devenir. On peut admirer son audace tout en souhaitant régulièrement que quelqu’un ait retiré une bonne vingtaine de minutes au montage.

Le flop était spectaculaire lui aussi

À sa sortie, l’accueil fut particulièrement froid. En France, le film n’attira qu’environ 100 000 spectateurs en salles, malgré son énorme budget de 120 millions de dollars. Les moyennes recensées par AlloCiné restent modestes, à 2,7/5 aussi bien côté presse que spectateurs.

Il faut aussi replacer le film dans son contexte. En 2008, le blockbuster super-héroïque entrait dans une nouvelle époque avec Iron Man, tandis que The Dark Knight allait imposer quelques semaines plus tard une vision beaucoup plus sombre et réaliste du genre. Au milieu de cette évolution, les Wachowski arrivent avec un film familial ressemblant volontairement à un dessin animé sous amphétamines.

Le public n’a pas vraiment suivi.

Mais l’échec commercial ne dit évidemment rien de définitif sur les qualités d’un film. Et Speed Racer possède au moins quelque chose que beaucoup de blockbusters infiniment plus rentables ont perdu depuis : une identité immédiatement reconnaissable.

Une adaptation qui choisit l’esprit plutôt que le réalisme

C’est surtout en le regardant comme adaptation de manga que Speed Racer devient passionnant. Les Wachowski ne semblent jamais se demander comment rendre cet univers crédible en prises de vues réelles. Elles se demandent comment utiliser les prises de vues réelles pour retrouver l’énergie de cet univers.

La différence est énorme.

Les costumes sont volontairement voyants, la Mach 5 conserve son apparence iconique et les personnages ressemblent parfois presque à des dessins détourés sur un décor. Le film ne cherche pas à cacher ses origines sous une couche de réalisme hollywoodien.

On peut détester le résultat visuel. Mais il est difficile de lui reprocher de manquer de personnalité. Là où tant d’adaptations enlèvent progressivement tout ce qui pourrait paraître trop manga, Speed Racer décide que le problème vient peut-être du monde réel et préfère modifier celui-ci.

En résumé

Speed Racer est beaucoup trop long, parfois épuisant et visuellement si chargé qu’il peut donner l’impression d’avoir été monté avec un accélérateur bloqué au plancher. Mais c’est également une adaptation d’une sincérité et d’une audace assez rares, qui refuse catégoriquement de rendre son univers plus conventionnel pour satisfaire les codes du blockbuster.

Son échec de 2008 est compréhensible, mais le temps joue plutôt en sa faveur. Derrière son immense paquet de bonbons numérique se cache un film familial généreux, expérimental et surtout totalement identifiable. On peut reprocher beaucoup de choses aux Wachowski, mais certainement pas d’avoir livré une adaptation sans personnalité.

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