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Bécassine !

Affiche de Bécassine !

Bécassine !

Réalisation : Bruno Podalydès

Avec : Émeline Bayart, Karin Viard, Denis Podalydès, Josiane Balasko

Production / distribution : Why Not Productions, UGC Images, Chabraque Productions / UGC Distribution

Durée : 1 h 42

Adaptation : BD franco-belge

Sortie : 20 juin 2018

2/5

Adapter Bécassine en 2018 constituait un projet plus délicat qu’il n’y paraît. Derrière la silhouette immédiatement reconnaissable créée par Joseph Pinchon se trouve un personnage chargé de plus d’un siècle d’histoire, mais aussi d’une image parfois jugée caricaturale. Bruno Podalydès choisit de répondre à cette difficulté par la tendresse : sa Bécassine, incarnée par Émeline Bayart, est moins idiote qu’innocente, moins ridicule qu’émerveillée. L’intention est sympathique et l’univers visuel séduisant, mais le film pousse tellement loin la douceur qu’il finit par devenir terriblement inoffensif.

Une Bécassine que le film refuse de ridiculiser

Le meilleur choix du film concerne probablement son héroïne. Bruno Podalydès aurait facilement pu transformer Bécassine en machine à gags, condamnée à accumuler les maladresses pendant près de deux heures. Il préfère retrouver derrière sa naïveté une forme d’intelligence et surtout une immense curiosité.

Bécassine comprend parfois mal les conventions sociales, prend certaines expressions au pied de la lettre et observe le monde avec une innocence presque enfantine. Mais elle n’est pas stupide. Elle sait fabriquer, réparer, comprendre le fonctionnement des objets et trouver des solutions auxquelles les autres personnages ne pensent pas.

Cette distinction est essentielle. Bécassine comprend parfois mal les hommes, mais souvent très bien les choses. Le film peut ainsi rire de son décalage sans constamment demander au spectateur de rire d’elle.

Émeline Bayart sauve beaucoup de choses

Émeline Bayart porte presque entièrement le film. L’exercice était pourtant dangereux : avec la robe verte, la coiffe blanche et les souliers rouges, il aurait suffi d’une interprétation trop appuyée pour que Bécassine ressemble à quelqu’un déguisé pour une fête de village.

L’actrice trouve au contraire une sincérité qui rend rapidement le costume secondaire. Elle travaille sa démarche, ses expressions, sa voix et ses réactions sans transformer chaque scène en numéro comique. Sa Bécassine paraît réellement croire à tout ce qu’elle fait.

Elle possède également cette qualité indispensable au personnage : l’absence totale de cynisme. Lorsqu’elle s’émerveille ou se trompe, rien n’est joué avec un clin d’œil destiné au spectateur. Émeline Bayart prend Bécassine au sérieux, et c’est probablement la principale raison pour laquelle on s’attache à elle.

Visuellement, le film possède un véritable charme

Bruno Podalydès ne cherche pas à reproduire littéralement les dessins de Pinchon. Il préfère construire un monde qui pourrait provenir d’un livre illustré.

Les couleurs franches, les costumes, le château, la campagne et les nombreux accessoires donnent au film une identité immédiatement reconnaissable. Tout semble légèrement trop propre, trop ordonné ou trop coloré pour être complètement réaliste, mais cette artificialité correspond justement à l’univers recherché.

Il y a également quelque chose de très artisanal dans la mise en scène. Podalydès aime les objets, les mécanismes et les petites inventions. Ce goût rencontre naturellement celui de Bécassine pour le bricolage et donne au film quelques-unes de ses scènes les plus attachantes.

Le problème est qu’un joli univers ne suffit pas à faire un film passionnant.

Une histoire qui manque cruellement d’élan

C’est là que Bécassine ! commence réellement à montrer ses limites. Le récit accumule les petites péripéties, les rencontres et les personnages, mais peine à construire une véritable dynamique.

On comprend parfaitement que Bruno Podalydès ne veuille pas transformer Bécassine en héroïne d’une comédie hystérique. Le problème n’est pas la lenteur en elle-même, mais l’absence de montée en puissance. Les événements arrivent, se résolvent et laissent place aux suivants sans toujours produire le sentiment que l’histoire avance véritablement.

À 1 h 42, cette légèreté finit même par peser. Ce qui pouvait sembler délicat pendant les premières scènes devient progressivement monotone.

Le film est doux, puis encore doux, puis toujours doux.

Et lorsque tout possède à peu près la même intensité, le charme finit par s’émousser.

Une comédie qui fait davantage sourire que rire

La même frustration touche l’humour. Bécassine ! contient de jolies idées et plusieurs situations amusantes, mais très peu de moments véritablement mémorables.

Bruno Podalydès privilégie le décalage, les comportements étranges et les petits détails plutôt que les grosses mécaniques comiques. C’est cohérent avec son cinéma et cela évite heureusement de transformer Bécassine en succession de gags grossiers.

Mais cette retenue devient presque excessive. Certaines situations pourraient aller beaucoup plus loin, certains personnages secondaires pourraient apporter davantage de folie et plusieurs gags semblent s’arrêter précisément au moment où ils pourraient décoller.

On sourit régulièrement. On rit beaucoup moins. Pour une comédie construite autour d’un personnage historiquement associé au burlesque et à la maladresse, cela reste problématique.

Un casting prestigieux finalement assez peu exploité

Le film rassemble pourtant une distribution impressionnante autour d’Émeline Bayart. Karin Viard, Denis Podalydès, Josiane Balasko ou Michel Vuillermoz possèdent tous suffisamment de personnalité pour enrichir cet univers.

Ils apportent effectivement quelques bons moments, mais le scénario ne leur offre pas toujours suffisamment de matière. Plusieurs personnages semblent davantage exister pour ajouter une nouvelle excentricité à la galerie que pour faire réellement progresser l’histoire.

Cette accumulation participe d’ailleurs au sentiment de dispersion. Bécassine ! possède beaucoup de personnages, beaucoup de petites idées et beaucoup de situations, mais rarement une séquence suffisamment forte pour imposer durablement son souvenir.

Le film ressemble parfois à un joli livre d’images dont on tournerait agréablement les pages sans attendre particulièrement la suivante.

Une réhabilitation peut-être trop précautionneuse

Le choix de présenter une Bécassine plus intelligente qu’on ne le croit possède également un revers. À force de vouloir protéger son héroïne de toute forme de mépris, le film semble parfois hésiter à exploiter pleinement ses défauts.

Or un personnage comique a besoin de failles. La naïveté de Bécassine, ses incompréhensions et ses maladresses peuvent être drôles sans nécessairement devenir méprisantes. Il suffisait de conserver son humanité.

Bruno Podalydès paraît parfois tellement soucieux de lui témoigner de la tendresse qu’il émousse ce qui pourrait la rendre plus drôle. Sa Bécassine devient extrêmement gentille, extrêmement inventive et presque toujours moralement supérieure aux personnages qui l’entourent.

C’est une belle manière de réhabiliter une icône longtemps regardée avec condescendance. Dramatiquement, c’est moins intéressant.

Une polémique qui rappelle le poids historique du personnage

La sortie du film avait d’ailleurs ravivé les critiques historiques entourant Bécassine, notamment en Bretagne, où le personnage reste pour certains associé à une représentation méprisante des Bretons parisiens du début du XXe siècle.

Le film choisit de ne pas transformer cette question en sujet central. Sa réponse passe essentiellement par la caractérisation de Bécassine : elle n’est jamais présentée comme inférieure aux autres. Elle apparaît même régulièrement plus généreuse, plus ingénieuse et plus honnête que ceux qui la regardent de haut.

Cette approche permet de conserver le personnage tout en prenant de la distance avec certains aspects de son héritage. Mais là encore, Podalydès privilégie l’apaisement à la confrontation. Le film préfère débarrasser doucement Bécassine de son image encombrante plutôt que véritablement l’interroger.

Une jolie proposition qui finit par s’effacer

C’est finalement ce qui laisse le plus perplexe. Il serait difficile de qualifier Bécassine ! de film bâclé. L’image est travaillée, Émeline Bayart est excellente, l’univers possède une vraie cohérence et Bruno Podalydès manifeste une tendresse évidente pour son héroïne.

Mais une adaptation peut être respectueuse et rester décevante.

Le film manque de rythme, de folie, de mordant et surtout de scènes capables de rester en mémoire. Sa fantaisie demeure constamment sous contrôle, comme si personne n’osait véritablement déranger ce joli monde coloré.

On aurait presque aimé que Bécassine provoque davantage de catastrophes. Qu’elle bouscule le film autant qu’elle est supposée bousculer ceux qu’elle rencontre.

En résumé

Bécassine ! part d’une approche intelligente : ne pas réduire son héroïne à une idiote et retrouver derrière sa naïveté une femme curieuse, inventive et profondément généreuse. Émeline Bayart est excellente et Bruno Podalydès construit autour d’elle un univers coloré et délicatement artificiel qui évoque joliment la bande dessinée.

Mais le film confond trop souvent douceur et absence de relief. Le scénario manque d’élan, l’humour reste timide, le rythme s’étire et la fantaisie semble constamment retenue. Une adaptation sincère et visuellement charmante, mais tellement sage qu’elle finit par devenir assez ennuyeuse.

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