Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques — Tome 2
Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques 2
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 2 décembre 2011
Arthur Vlaminck a désormais trouvé sa place au ministère des Affaires étrangères, mais écrire les discours d’Alexandre Taillard de Worms n’est pas devenu plus simple pour autant. Une crise internationale autour du Lousdem menace de déboucher sur une intervention militaire américaine, tandis que le ministre français prépare une prise de parole décisive devant l’ONU. Après avoir raconté l’apprentissage chaotique du pouvoir dans le premier tome, Abel Lanzac et Christophe Blain élargissent leur récit et transforment leur formidable comédie de bureau en satire de la diplomatie internationale.
Du bureau du ministre à la scène internationale
Le premier tome fonctionnait principalement grâce à la découverte du Quai d’Orsay par Arthur. Cette fois, le personnage connaît les règles du jeu, ou du moins commence à comprendre comment survivre à Alexandre Taillard de Worms. Le récit peut donc s’intéresser davantage aux conséquences concrètes de cette agitation permanente.
La crise du Lousdem donne à l’album une véritable colonne vertébrale. Les États-Unis envisagent une intervention militaire tandis que la France cherche à défendre une autre position. Derrière le pays fictif et les personnages à peine dissimulés, il est évidemment difficile de ne pas penser à la crise irakienne de 2003 et à l’opposition française à l’intervention américaine.
Cette dimension historique apporte davantage de profondeur au récit sans lui faire perdre son humour. Les auteurs montrent comment une position diplomatique se construit au milieu des réunions, des corrections de discours, des rivalités et des changements d’avis.
Taillard de Worms toujours aussi incontrôlable
Alexandre Taillard de Worms reste évidemment l’immense attraction de l’album. Le ministre entre dans une pièce comme une catastrophe naturelle : il parle, gesticule, cite des auteurs, réclame une nouvelle version d’un texte avant de repartir vers une autre urgence.
Mais ce deuxième tome apporte davantage de nuances au personnage. Derrière son agitation permanente apparaît aussi un homme capable de défendre une véritable vision de la diplomatie. La caricature reste féroce, mais elle n’est jamais entièrement à charge.
C’est ce qui rend le personnage aussi réussi. On comprend parfaitement l’épuisement de ceux qui travaillent avec lui tout en saisissant progressivement pourquoi certains continuent de le suivre. Taillard de Worms est insupportable, fascinant et parfois même impressionnant.
Une satire politique particulièrement bien observée
Le fonctionnement du cabinet demeure l’une des grandes forces de Quai d’Orsay. Chaque conseiller possède son domaine, ses habitudes et sa manière de gérer les crises. Arthur reste souvent au milieu de cette mécanique, chargé de trouver les mots capables de satisfaire tout le monde.
L’humour vient beaucoup de cette disproportion entre les enjeux et le quotidien. Une crise susceptible de provoquer une guerre peut côtoyer une bataille autour d’une phrase, un problème de bureau ou l’arrivée d’un chat qui semble finalement moins perturbé par les événements que l’ensemble du ministère. Le détail est d’ailleurs officiellement intégré au résumé de l’éditeur.
Derrière les gags, l’album rappelle surtout que la politique internationale repose aussi sur des hommes et des femmes fatigués, stressés ou dépassés, qui doivent malgré tout produire des décisions et des discours susceptibles d’avoir des conséquences considérables.
Christophe Blain transforme les discours en scènes d’action
Le dessin de Christophe Blain est encore plus impressionnant que dans le premier tome. Il réussit à donner du mouvement à des situations essentiellement composées de réunions et de conversations. Les corps semblent constamment en tension et Taillard de Worms paraît presque incapable de rester immobile.
Blain joue énormément avec les attitudes et les espaces. Un bureau envahi de dossiers, un collaborateur épuisé ou le ministre traversant une pièce suffisent à créer un gag. Son dessin ne se contente donc jamais d’illustrer les dialogues : il constitue une seconde source permanente d’humour.
Le déplacement vers New York permet également d’ouvrir visuellement le récit. Après les couloirs du ministère, les grandes salles de l’ONU donnent à la dernière partie une ampleur nouvelle parfaitement adaptée à la montée des enjeux.
Un deuxième tome encore plus fort
Le premier volume racontait surtout l’entrée d’Arthur dans un monde dont il ignorait les règles. Celui-ci profite de tout ce qui a déjà été installé pour aller beaucoup plus loin. L’humour reste omniprésent, mais l’intrigue possède davantage de tension et les enjeux diplomatiques prennent une véritable importance.
Surtout, le récit parvient à conduire naturellement toutes ses intrigues vers le discours de Taillard de Worms devant les Nations unies. Ce qui aurait pu n’être qu’une longue scène de politique internationale devient l’aboutissement logique de tout le travail effectué auparavant sur les mots et leur importance.
Cette réussite sera largement reconnue : le deuxième tome de Quai d’Orsay reçoit le Fauve d’or du meilleur album au Festival d’Angoulême en 2013.
En résumé
Ce deuxième tome confirme et dépasse même les qualités du premier. Abel Lanzac et Christophe Blain conservent l’énergie de leur comédie de bureau tout en donnant une ampleur internationale à leur récit. La satire devient plus politique sans perdre son accessibilité ni son humour.
Alexandre Taillard de Worms reste un personnage extraordinaire, tandis qu’Arthur constitue toujours le point d’entrée idéal dans cette mécanique diplomatique. Quant au dessin de Christophe Blain, il donne une énergie spectaculaire à des situations qui auraient facilement pu devenir très statiques.
Une conclusion brillante pour ce diptyque, aussi drôle dans les petites absurdités du quotidien que passionnante lorsqu’elle s’intéresse au poids d’un discours dans une crise internationale.
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