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Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques

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Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques — Tome 1

Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques

Christophe Blain, Abel Lanzac

Éditeur : Dargaud

Sortie originale : 7 mai 2010

5/5

Arthur Vlaminck vient d’être recruté au ministère des Affaires étrangères comme chargé du « langage ». Derrière cette appellation mystérieuse se cache une mission plus simple en apparence : écrire les discours du ministre Alexandre Taillard de Worms. Mais entre les changements de dernière minute, les conseillers qui défendent leur territoire et un ministre aussi brillant qu’épuisant, Arthur découvre rapidement une administration où chaque phrase peut devenir une affaire d’État. Inspiré de l’expérience d’Abel Lanzac, pseudonyme d’Antonin Baudry, qui fut lui-même chargé des discours au Quai d’Orsay, ce premier tome transforme les coulisses de la diplomatie française en formidable comédie.

La politique vue depuis les bureaux

Quai d’Orsay fait un choix particulièrement efficace : ne pas raconter la politique depuis les grandes tribunes, mais depuis ceux qui préparent ce qui sera prononcé devant elles. Arthur passe ainsi une grande partie de son temps à écrire, corriger et réécrire des textes susceptibles d’être bouleversés quelques minutes plus tard par une nouvelle idée du ministre.

Le résultat est extrêmement drôle, mais derrière la caricature apparaît une mécanique du pouvoir beaucoup plus intéressante. Les décisions internationales côtoient les rivalités de bureaux, les egos et les détails apparemment insignifiants. Abel Lanzac connaît manifestement cet univers de l’intérieur : il fut chargé des discours au Quai d’Orsay entre 2002 et 2004, une expérience qui nourrit directement l’album.

Alexandre Taillard de Worms, véritable tornade

Le ministre domine évidemment l’album. Alexandre Taillard de Worms surgit dans les bureaux, distribue les consignes, cite Héraclite, exige des modifications et repart aussi brutalement qu’il est arrivé. Son énergie semble capable de mettre tout le ministère en mouvement.

Le personnage évoque très clairement Dominique de Villepin, sans que l’album cherche pour autant à réaliser son portrait documentaire. Blain et Lanzac amplifient sa gestuelle et son tempérament jusqu’à en faire presque un personnage de cartoon. À chacune de ses apparitions, le rythme de la page change et les collaborateurs doivent immédiatement s’adapter à cette nouvelle tempête.

Cette exagération permet surtout d’éviter une simple satire méprisante du monde politique. Taillard de Worms est épuisant, excessif et parfois complètement déconnecté de ceux qui travaillent pour lui, mais il apparaît aussi passionné par sa fonction et convaincu de l’importance des mots.

Le dessin de Christophe Blain fait une grande partie de l’humour

Impossible de séparer l’efficacité de Quai d’Orsay du dessin de Christophe Blain. Son trait extrêmement vivant transforme des réunions, des conversations téléphoniques et des séances de rédaction en véritables scènes d’action.

Les mouvements du ministre sont exagérés, les portes claquent, les dossiers s’accumulent et les personnages semblent constamment courir après quelque chose. Blain parvient à donner une énergie presque physique à un univers qui, sur le papier, pourrait être constitué essentiellement de personnes assises autour d’une table.

Les expressions et les attitudes racontent parfois davantage que les dialogues. Un regard fatigué ou un personnage effondré devant son ordinateur suffit à faire comprendre l’état d’esprit de toute l’équipe. C’est précisément ce décalage entre l’importance des enjeux internationaux et la trivialité du quotidien administratif qui rend l’ensemble aussi savoureux.

Une comédie qui ne sacrifie jamais son sujet

L’album aurait facilement pu devenir une succession de gags sur les fonctionnaires et les responsables politiques. Il va heureusement plus loin. Derrière les situations absurdes se dessine une réflexion sur la fabrication du discours politique et sur le pouvoir des mots dans les relations internationales.

Arthur découvre qu’une formule n’est jamais totalement innocente. Chaque terme doit être pesé, discuté et parfois négocié, tandis que le ministre recherche constamment la phrase capable de résumer une position diplomatique complexe.

Le livre reste pourtant accessible même lorsque la diplomatie prend davantage de place. Il n’est pas nécessaire de connaître le fonctionnement du Quai d’Orsay pour apprécier l’histoire : Arthur sert justement de guide au lecteur puisqu’il découvre lui aussi progressivement les règles de cet univers.

Une satire devenue une référence

Le premier tome fonctionne presque comme une comédie de bureau transposée au sommet de l’État. Les situations se répètent volontairement, les discours reviennent couverts de corrections et Arthur apprend progressivement à survivre au milieu de cette agitation permanente. Quelques séquences peuvent sembler légèrement redondantes, mais cette répétition participe aussi à la description d’un système où l’urgence devient la norme.

Le succès critique fut immédiat : ce premier volume a notamment reçu le Grand Prix RTL de la BD 2010 et le Prix Saint-Michel de la meilleure BD d’un auteur francophone. Le diptyque recevra ensuite le Fauve d’or du meilleur album à Angoulême en 2013.

En résumé

Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques réussit quelque chose d’assez rare : rendre passionnante et hilarante la fabrication d’un discours ministériel. Abel Lanzac utilise son expérience pour donner de la crédibilité aux situations, tandis que Christophe Blain transforme les couloirs du ministère en terrain de jeu graphique permanent.

Alexandre Taillard de Worms est évidemment la grande attraction de l’album, mais les collaborateurs qui tentent de survivre dans son sillage sont tout aussi essentiels. Derrière la caricature se cache finalement une observation assez fine du pouvoir, de l’administration et de l’importance accordée aux mots.

Une satire politique brillante, accessible et surtout extrêmement drôle, portée par un dessin dont l’énergie transforme la diplomatie en véritable sport de combat.

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