Lore Olympus — Volume 10
Lore Olympus – Volume 10
Éditeur : Hugo BD
Sortie originale : 3 juin 2026
Après des années d’attente, Hadès et Perséphone se marient enfin. Mais Rachel Smythe refuse d’en faire l’aboutissement de son histoire : Cronos demeure une menace, un dieu reste prisonnier de ses rêves, Apollon poursuit son ascension et le retour du printemps tourne à la catastrophe. Ce dixième et avant-dernier volume place ainsi le couple devant un paradoxe intéressant : leur relation n’a jamais été aussi solide, alors que le monde qui les entoure semble plus fragile que jamais.
Un mariage attendu depuis le premier volume
Le mariage d’Hadès et Perséphone constitue évidemment l’un des grands événements de ce tome. Après une romance construite sur plusieurs centaines de pages, Rachel Smythe pouvait difficilement expédier ce moment. Elle lui donne donc toute la place nécessaire, avec une cérémonie qui fonctionne davantage comme l’aboutissement émotionnel de leur parcours que comme une véritable conclusion.
C’est justement ce qui rend la suite intéressante. Une fois mariés, les deux personnages ne cessent pas d’avoir des problèmes. La série abandonne définitivement la logique du « seront-ils ensemble ? » pour s’intéresser à ce qu’ils peuvent construire une fois le couple établi.
Ce changement fait du bien à leur relation. Hadès et Perséphone peuvent enfin fonctionner comme une équipe plutôt que comme deux personnages constamment séparés par un malentendu, une interdiction ou une catastrophe.
Perséphone obtient tout… sauf le printemps
Le problème le plus intéressant du volume vient finalement de Perséphone elle-même. Alors qu’elle devrait pouvoir ramener le printemps dans le Royaume des Mortels, ses pouvoirs produisent l’effet inverse et aggravent l’hiver. Le pacte passé avec Érèbe semble avoir eu des conséquences qu’elle ne mesure pas encore.
Cette intrigue rappelle intelligemment que devenir reine des Enfers n’est pas une simple promotion. Perséphone a obtenu un immense pouvoir, mais quelque chose a changé en contrepartie. Rachel Smythe revient ainsi à l’un des principes fondamentaux des mythes : les choix des dieux ont toujours un prix.
Le doute qui s’installe chez Perséphone est également cohérent avec son évolution. Elle a gagné en assurance depuis le début de la série, sans devenir pour autant invulnérable. Son incapacité à provoquer le printemps touche directement à ce qu’elle pensait être sa nature profonde et remet donc en question une partie de son identité.
Cronos reste une menace très personnelle
La victoire précédente contre Cronos n’a pas réglé le problème. Hadès et Perséphone doivent désormais utiliser le monde des rêves pour retrouver le dieu retenu prisonnier par le Titan, ce qui permet à Rachel Smythe d’introduire des séquences beaucoup plus étranges et instables.
Cronos fonctionne toujours mieux lorsqu’il n’est pas uniquement présenté comme le grand méchant capable de détruire l’Olympe. Pour Hadès, il reste avant tout un père violent dont l’influence continue de contaminer son existence. La menace mythologique et le traumatisme intime restent donc étroitement liés.
Ces plongées oniriques conviennent particulièrement bien au dessin de Rachel Smythe. Puisque la série s’est toujours autorisée à déformer les corps, les espaces et les couleurs en fonction des émotions, le rêve lui offre un terrain de jeu presque idéal.
Apollon franchit une nouvelle limite
Apollon poursuit parallèlement son obsession pour Perséphone et son ambition de prendre davantage de pouvoir sur l’Olympe. Son conflit avec Zeus atteint ici un point de non-retour.
Cette intrigue permet de montrer à quel point la situation s’est inversée depuis les premiers volumes. Perséphone n’est plus la jeune déesse isolée qu’Apollon pouvait facilement intimider. Elle possède désormais un statut, des alliés et surtout une capacité beaucoup plus grande à lui résister.
Le personnage d’Apollon peut néanmoins donner l’impression d’avoir été maintenu très longtemps dans le récit. Après dix volumes, son obstination commence nécessairement à tourner autour des mêmes mécanismes. L’approche de la conclusion rend donc nécessaire une véritable résolution de cette intrigue.
Beaucoup d’enjeux pour un seul volume
C’est à la fois la force et la principale faiblesse de ce tome. Rachel Smythe doit gérer le mariage, Cronos, le dieu prisonnier, les rêves, Apollon, Zeus, le printemps défaillant, Érèbe et plusieurs personnages secondaires. La densité est considérable.
Le rythme devient par conséquent beaucoup plus soutenu que dans certains des premiers volumes, où une conversation pouvait s’étendre sur plusieurs épisodes. C’est agréable, mais certaines intrigues semblent parfois se bousculer pour trouver leur place avant le dernier tome.
Le volume possède malgré tout une vraie cohérence : presque tous ces problèmes interrogent ce qu’Hadès et Perséphone doivent désormais assumer. Ils ont obtenu le royaume et le mariage qu’ils désiraient ; il leur faut maintenant accepter les responsabilités et les conséquences qui accompagnent cette nouvelle vie.
Une direction artistique toujours aussi singulière
Visuellement, Lore Olympus reste spectaculaire lorsqu’il joue avec ses couleurs. Le mariage permet naturellement d’exploiter la complémentarité du rose et du bleu, tandis que les séquences liées aux rêves et à Cronos offrent des compositions beaucoup plus sombres.
Rachel Smythe privilégie toujours l’émotion à la régularité. Les proportions changent, les visages peuvent être très différents d’une scène à l’autre et certaines cases deviennent presque abstraites. Ce qui pourrait être considéré comme une faiblesse dans une BD plus classique participe ici à l’identité même de l’œuvre.
Après dix volumes, la surprise esthétique des débuts s’est forcément atténuée, mais Lore Olympus conserve une personnalité graphique extrêmement forte.
En résumé
Ce volume 10 aurait facilement pu se contenter d’être celui du mariage d’Hadès et Perséphone. Rachel Smythe choisit au contraire de faire de cette union le début d’une nouvelle étape. Les amoureux ont enfin obtenu ce qu’ils désiraient, mais leur bonheur ne résout ni leurs traumatismes ni les crises qui menacent leurs royaumes.
Le printemps impossible à ramener constitue probablement l’idée la plus intéressante du tome, parce qu’il replace Perséphone face aux conséquences de ses propres choix. Cronos et Apollon continuent parallèlement de rapprocher la série de son affrontement final.
Quelques intrigues donnent désormais l’impression de devoir être rapidement refermées, mais l’ensemble reste particulièrement prenant. À un volume de la conclusion, Lore Olympus réussit surtout à ne pas faire du mariage une fin en soi : Hadès et Perséphone doivent maintenant apprendre à être ensemble lorsque tout le reste s’effondre.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.


