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Premières actions

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Les Enfants de la Résistance — Tome 1

Premières actions

Vincent Dugomier, Benoît Ers

Éditeur : Le Lombard

Sortie originale : 7 mai 2015

5/5

Juin 1940. La France vient de connaître la débâcle et l’armée allemande s’installe à Pontain-l’Écluse. François et Eusèbe, treize ans, refusent pourtant d’accepter passivement l’Occupation. Ils sont bientôt rejoints par Lisa, une jeune Allemande ayant fui le régime nazi. Ensemble, ils commencent par quelques gestes modestes avant de comprendre qu’entrer en résistance signifie prendre des risques bien réels. Avec Premières actions, Vincent Dugomier et Benoît Ers réussissent surtout un équilibre délicat : expliquer la naissance de la Résistance aux jeunes lecteurs sans transformer la Seconde Guerre mondiale en simple aventure.

Des résistants qui commencent par être des enfants

La grande intelligence de ce premier tome consiste à ne pas transformer immédiatement François, Eusèbe et Lisa en héros extraordinaires. Ils sont courageux, mais restent des enfants confrontés à une situation qu’ils comprennent progressivement.

Leurs premières actions sont donc à leur échelle. Ils observent les adultes, discutent, désobéissent et cherchent comment perturber l’occupant avec les moyens dont ils disposent. Le sabotage des vannes de l’écluse, destiné à gêner la circulation allemande sur le canal, illustre parfaitement cette approche.

Cette progression permet au lecteur de comprendre comment un refus individuel peut peu à peu devenir un véritable engagement. La Résistance n’apparaît pas immédiatement comme une grande organisation parfaitement structurée : elle commence par la décision de quelques personnes de ne pas accepter ce qui se passe.

Une vraie porte d’entrée vers l’Histoire

Les Enfants de la Résistance assume clairement sa vocation pédagogique. L’album commence dans le contexte de l’armistice signé le 22 juin 1940 et montre l’arrivée de l’occupant à travers le regard des habitants d’un village français.

Mais Dugomier évite généralement de transformer ses dialogues en leçons d’histoire. Les informations passent par ce que voient et vivent les personnages : la présence des soldats allemands, les réactions différentes des habitants, la peur, l’acceptation, mais aussi les premières envies de révolte.

Le choix d’un village fictif est particulièrement efficace. Il permet de raconter une histoire représentative de la période sans être prisonnier d’un événement historique précis. L’album peut ainsi introduire progressivement les réalités de l’Occupation tout en conservant une véritable liberté narrative.

Lisa apporte une nuance essentielle

La présence de Lisa est particulièrement importante. Faire entrer dans le trio une jeune Allemande ayant fui le régime nazi évite dès le premier album une opposition simpliste entre « Français gentils » et « Allemands méchants ».

La distinction se fait plutôt entre ceux qui acceptent ou servent une idéologie et ceux qui la refusent. Pour une série destinée notamment aux lecteurs à partir de 9 ans, cette nuance est précieuse. Le Lombard présente d’ailleurs officiellement la série comme destinée au public 9+.

Elle permet également de rappeler que la nationalité d’un individu ne suffit pas à définir ses convictions. Sans alourdir son récit, Dugomier introduit ainsi une complexité morale qui pourra être développée dans les albums suivants.

Une aventure accessible sans banaliser la guerre

C’était probablement le principal piège : rendre l’histoire suffisamment dynamique pour intéresser un jeune lecteur sans faire de l’Occupation un immense jeu d’espionnage. Premières actions s’en sort remarquablement bien.

Il existe du suspense, des opérations secrètes et le plaisir de voir les enfants tenter de déjouer la surveillance des adultes et des soldats. Mais le danger n’est jamais complètement oublié. Une action qui paraît amusante au départ peut avoir des conséquences beaucoup plus graves que ne l’imaginent les trois héros.

Le ton reste donc accessible sans être naïf. Dugomier ne montre évidemment pas toute la violence de la période dans ce premier album, mais il ne donne pas non plus l’impression que résister consistait simplement à jouer de mauvais tours aux Allemands.

Benoît Ers trouve le ton graphique idéal

Le dessin de Benoît Ers contribue énormément à cet équilibre. Ses personnages possèdent des visages très expressifs et immédiatement attachants, avec un trait suffisamment souple pour conserver l’énergie d’une BD jeunesse.

Mais les décors, les uniformes, les véhicules et l’environnement du village installent parallèlement une véritable crédibilité historique. L’album peut ainsi passer d’une scène légère à un moment beaucoup plus inquiétant sans donner l’impression de changer brutalement de registre.

La lisibilité est également exemplaire. Les scènes d’action restent très claires et les expressions des personnages permettent souvent de comprendre une situation avant même de lire les dialogues. C’est particulièrement important pour une série qui veut rendre une période historique complexe accessible aux plus jeunes.

Une série jeunesse qui ne prend pas ses lecteurs de haut

C’est finalement la plus grande qualité de Premières actions. Dugomier et Ers savent qu’ils s’adressent notamment aux enfants, mais ils ne simplifient pas leur sujet jusqu’à le vider de sa substance.

Les notions de courage, de collaboration, de peur, d’obéissance ou de résistance commencent à apparaître sans être présentées sous la forme d’un cours. L’aventure donne envie de tourner les pages tandis que le contexte historique donne envie de comprendre ce qui s’est réellement passé.

Le dossier pédagogique qui accompagne l’album prolonge d’ailleurs cette démarche. Le Lombard met à disposition des ressources permettant de revenir sur les thèmes historiques abordés par la série.

En résumé

Premières actions réussit remarquablement son lancement. Vincent Dugomier raconte la naissance d’un engagement à hauteur d’enfant sans transformer ses héros en résistants invincibles. François, Eusèbe et Lisa découvrent progressivement que refuser l’Occupation demande davantage que du courage : il faut apprendre à agir, à se cacher et surtout à mesurer les conséquences de ses décisions.

Benoît Ers apporte au récit un dessin chaleureux et extrêmement lisible qui permet d’aborder un contexte grave sans rendre l’album écrasant. L’équilibre entre aventure, émotion et transmission historique fonctionne presque immédiatement.

Le résultat est une BD jeunesse capable d’intéresser bien au-delà de son public initial. Un excellent premier tome, accessible sans être simpliste, pédagogique sans devenir scolaire et suffisamment prenant pour donner immédiatement envie de découvrir la suite.

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