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L’Escalade

Couverture de L’Escalade

Les Enfants de la Résistance — Tome 4

L’Escalade

Vincent Dugomier, Benoît Ers

Éditeur : Le Lombard

Sortie originale : 9 février 2018

5/5

En 1942, François, Lisa et Eusèbe ont déjà beaucoup changé. Leur enfance s’efface à mesure que leurs missions deviennent plus dangereuses et que l’Occupation révèle toute sa violence. Après avoir détruit une usine de recyclage de cuivre, le LYNX doit désormais maintenir son réseau malgré la mort de son contact avec la Résistance et acheminer un émetteur-récepteur permettant de communiquer avec Londres. Mais L’Escalade porte particulièrement bien son titre : la répression s’intensifie et la politique antisémite place les trois adolescents face à une réalité encore plus terrible.

La série franchit encore un cap

Depuis Premières actions, Vincent Dugomier fait évoluer son récit par étapes. Les enfants ont commencé par refuser l’Occupation, puis ont découvert la répression avant de rejoindre un réseau de plus en plus organisé. Dans ce quatrième tome, leurs activités ressemblent désormais à celles de véritables résistants.

L’acheminement d’un poste émetteur-récepteur en est un parfait exemple. Il ne s’agit plus simplement de gêner l’occupant : maintenir une liaison avec Londres représente un enjeu stratégique pour le réseau. François, Lisa et Eusèbe comprennent surtout qu’après la disparition d’un membre, il faut continuer malgré tout.

Dugomier conserve cependant une limite essentielle : ses héros restent des adolescents. Ils gagnent en expérience, mais ne deviennent jamais miraculeusement des agents secrets professionnels. La peur, les hésitations et les erreurs continuent donc d’accompagner leurs actions.

L’antisémitisme devient une réalité concrète

C’est probablement l’évolution la plus importante de ce tome. Jusqu’ici, la série avait progressivement montré l’Occupation, la collaboration, les privations et la répression. L’Escalade aborde désormais frontalement la politique antisémite, notamment lorsque le notaire de Pontain est dénoncé comme juif à la Kommandantur puis arrêté avec sa famille.

Le choix de Dugomier est particulièrement efficace parce qu’il ne présente pas cette persécution comme une notion historique abstraite. François, Lisa et Eusèbe connaissent les personnes qui en sont victimes. Une politique décidée à une autre échelle produit soudain des conséquences immédiates dans leur village.

La question de la dénonciation est tout aussi importante. La menace ne vient donc plus uniquement des soldats allemands : certains Français participent eux-mêmes au système de persécution. Pour une série jeunesse, c’est une manière intelligente d’introduire la complexité de la période sans entrer dans un exposé trop théorique.

Une enfance qui disparaît progressivement

La force de la série tient aussi à son traitement du temps. François, Lisa et Eusèbe ne semblent plus tout à fait être les mêmes enfants qu’au premier tome. Ils ont vu la mort, appris à mentir, transporté des informations clandestines et compris que certains adultes pouvaient représenter une menace.

L’Escalade insiste davantage sur cette perte progressive de l’innocence. Leurs missions restent excitantes à suivre pour le lecteur, mais elles le sont de moins en moins pour eux. Derrière chaque nouvelle opération existe maintenant la possibilité très réelle d’une arrestation ou de représailles.

Cette évolution empêche la série de tomber dans le piège de l’aventure historique répétitive. Les mécanismes peuvent rester similaires — se cacher, transporter quelque chose, échapper à une surveillance — mais leur signification change parce que les personnages comprennent désormais beaucoup mieux ce qu’ils risquent.

Résister devient une question morale

Le titre peut également se comprendre autrement : jusqu’où les enfants sont-ils eux-mêmes prêts à aller ? Plus la violence de l’occupant augmente, plus cette question devient difficile à éviter.

Dugomier ne donne pas de réponse simpliste. Il ne transforme pas ses personnages en héros prêts à tout sous prétexte que leur cause est juste. Au contraire, leur engagement les oblige progressivement à réfléchir aux limites qu’ils sont capables de franchir.

C’est une évolution particulièrement intéressante pour une série destinée aux jeunes lecteurs. La Résistance n’est pas seulement présentée comme une succession d’actes courageux ; elle implique des choix, des responsabilités et parfois l’obligation d’agir alors qu’aucune solution n’est véritablement rassurante.

Benoît Ers accompagne parfaitement l’assombrissement du récit

Graphiquement, Benoît Ers conserve ce qui fait fonctionner la série depuis le début : un dessin rond, expressif et extrêmement lisible. Cette apparente douceur devient même de plus en plus intéressante à mesure que le scénario aborde des thèmes difficiles.

Les visages permettent de transmettre énormément d’informations sans surcharger les dialogues. La peur, la méfiance ou l’inquiétude apparaissent immédiatement, tandis que les décors et les éléments historiques restent suffisamment détaillés pour donner une vraie crédibilité à l’époque.

La couverture résume parfaitement cette évolution. Lisa est au premier plan tandis que François aide des personnes portant l’étoile jaune à se cacher sous le regard menaçant de l’occupant. L’image reste accessible à un jeune public, mais ce qu’elle raconte est désormais très loin des premières petites actions clandestines du trio.

Le meilleur équilibre entre aventure et transmission historique

Après quatre albums, Les Enfants de la Résistance confirme surtout que sa dimension pédagogique ne constitue jamais un obstacle au récit. Chaque nouveau tome introduit des éléments historiques supplémentaires parce que les personnages eux-mêmes les découvrent.

Le Lombard accompagne d’ailleurs L’Escalade, comme les autres volumes, d’un dossier pédagogique consacré aux thèmes historiques abordés dans l’histoire.

Mais l’album fonctionne parfaitement sans cette partie documentaire. Le scénario suffit à faire comprendre que l’année 1942 représente une aggravation considérable de la situation. C’est précisément parce que le lecteur s’est attaché aux personnages et à leur village que les événements historiques prennent autant de poids.

En résumé

L’Escalade poursuit remarquablement la montée en puissance de la série. Le réseau du LYNX devient plus structuré, les missions gagnent en importance et François, Lisa et Eusèbe doivent désormais agir alors que leurs précédentes expériences leur ont appris ce que peut coûter une arrestation.

Mais c’est surtout l’introduction plus frontale des persécutions antisémites qui donne à ce quatrième tome sa force particulière. Vincent Dugomier aborde un sujet difficile sans édulcorer sa gravité ni transformer son album en cours d’histoire. Benoît Ers conserve parallèlement une approche graphique accessible qui permet aux plus jeunes de suivre un récit devenu nettement plus sombre.

La série réussit ainsi quelque chose de plus en plus évident : elle grandit en même temps que ses héros. L’Escalade reste une excellente BD d’aventure jeunesse, mais son propos historique et humain prend désormais une profondeur qui dépasse largement ce cadre.

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