Spider-Man 2
Titre original : Spider-Man 2
Avec : Tobey Maguire, Kirsten Dunst, Alfred Molina, James Franco, Rosemary Harris
Production / distribution : Columbia Pictures, Marvel Enterprises, Laura Ziskin Productions / Columbia TriStar Films
Durée : 2 h 07
Adaptation : Comics
Sortie : 14 juillet 2004
Deux ans après le succès phénoménal de Spider-Man, Sam Raimi retrouve Tobey Maguire, Kirsten Dunst et James Franco pour poursuivre l’histoire de Peter Parker. Sorti en France le 14 juillet 2004, Spider-Man 2 introduit surtout Otto Octavius, interprété par Alfred Molina, tandis que Peter tente toujours de concilier ses études, sa vie personnelle et son identité de Spider-Man. Le film dépasse les cinq millions d’entrées en France.
Être Spider-Man est peut-être le pire métier du monde
Le premier film racontait comment Peter Parker devenait Spider-Man. Le deuxième pose une question beaucoup plus intéressante : a-t-il réellement envie de continuer à l’être ?
Sam Raimi s’intéresse aux conséquences très concrètes de cette double vie. Peter est épuisé, manque d’argent, arrive en retard partout, voit ses études lui échapper et sacrifie constamment ses relations personnelles. Ses pouvoirs ne lui facilitent finalement presque rien. Ils lui donnent surtout davantage de responsabilités.
C’est là que Spider-Man 2 devient plus qu’une simple suite. Le conflit principal n’est pas seulement de savoir comment vaincre le nouveau méchant, mais de comprendre pourquoi Peter devrait continuer à être Spider-Man alors que cette identité semble progressivement détruire tout ce qu’il aimerait préserver.
Peter Parker n’a jamais été aussi important
Tobey Maguire trouve ici probablement le meilleur équilibre de son interprétation. Sa maladresse fonctionne parfois presque comme une comédie, mais Raimi ne se moque jamais véritablement de lui.
La perte progressive de ses pouvoirs matérialise parfaitement son conflit intérieur. Peter ne doute pas simplement : son corps semble lui-même refuser cette vie. Et lorsqu’il envisage enfin une existence normale, le film prend le risque assez remarquable de passer du temps avec Peter Parker débarrassé de Spider-Man.
Cette partie permet aussi à Raimi d’assumer pleinement le mélodrame. Peter et Mary Jane s’aiment sans parvenir à vivre au même rythme, Harry reste prisonnier de sa haine envers Spider-Man et tante May demeure une figure morale essentielle. Tout tourne autour du même problème : les choix de Peter ont des conséquences sur ceux qu’il aime.
Doc Ock, l’un des grands méchants du cinéma de super-héros
Le Bouffon Vert était réussi malgré son costume. Avec Otto Octavius, Sam Raimi franchit clairement un cap.
Alfred Molina compose d’abord un scientifique brillant et chaleureux. Cette introduction est essentielle, car Octavius n’est pas présenté comme un monstre attendant simplement l’occasion de se révéler. Peter peut au contraire reconnaître en lui ce qu’il aimerait devenir.
La naissance de Doc Ock permet ensuite à Raimi de retrouver ses instincts de réalisateur horrifique. La fameuse scène de l’hôpital, avec ses tentacules attaquant les chirurgiens, pourrait presque provenir d’un Evil Dead. Ombres, mouvements de caméra, montage brutal : pendant quelques minutes, le blockbuster Marvel devient véritablement un film d’horreur.
Et les tentacules constituent une réussite majeure. Ils ne sont pas de simples armes : ils semblent posséder leur propre personnalité, observent Octavius et participent constamment à sa transformation. Raimi parvient ainsi à rendre crédible un méchant pourtant profondément « comic book ».
Le métro : quand le spectaculaire raconte quelque chose
Spider-Man 2 possède davantage de moyens que son prédécesseur et cela se voit. Les déplacements de Spider-Man sont plus fluides, Doc Ock permet des combats beaucoup plus inventifs et New York devient encore davantage le terrain de jeu du héros.
Mais le spectacle fonctionne surtout parce qu’il reste lié aux personnages.
La séquence du métro en est l’exemple parfait. Elle pourrait n’être qu’un gigantesque morceau de bravoure opposant Spider-Man à Doc Ock. Raimi en fait aussi une démonstration physique du sacrifice de Peter : il se détruit littéralement pour sauver des inconnus.
Et lorsque les passagers découvrent finalement celui qui se cache sous le masque, le film rappelle quelque chose d’essentiel : Spider-Man n’est pas un être supérieur descendu parmi les humains. C’est simplement l’un d’entre eux qui accepte de porter davantage que les autres.
C’est probablement l’une des plus belles définitions cinématographiques du personnage.
Sam Raimi est encore plus libre
Visuellement, le film conserve cette personnalité qui distinguait déjà le premier épisode. Sam Raimi multiplie les zooms, les montages expressifs, les transitions volontairement voyantes et les changements de registre.
Il peut passer du drame sentimental à la comédie, puis à l’horreur et au blockbuster sans chercher à uniformiser complètement l’ensemble. Cela donne parfois au film une dimension presque cartoonesque, parfaitement cohérente avec son origine.
Même lorsque les effets numériques trahissent leur âge, la mise en scène conserve une énergie formidable. Raimi ne cherche pas seulement à montrer Spider-Man se balancer entre les immeubles : il cherche constamment le mouvement de cinéma capable de traduire celui des cases de comics.
Une suite qui approfondit au lieu d’accumuler
C’est probablement ce qui impressionne le plus aujourd’hui. Spider-Man 2 fait davantage que son prédécesseur sans donner l’impression de simplement multiplier les ingrédients.
Un seul véritable nouvel antagoniste suffit. Pas besoin d’une armée de personnages ni de préparer constamment les épisodes suivants. Otto Octavius possède suffisamment de profondeur pour occuper le film et, surtout, son parcours répond directement à celui de Peter.
Les deux hommes sont brillants, guidés par leurs ambitions et confrontés au prix de leurs choix. L’un doit comprendre pourquoi il continue d’être Spider-Man quand l’autre doit retrouver l’homme qu’il était avant de devenir Doc Ock.
Le spectaculaire naît ainsi du récit plutôt que l’inverse. Et cette simplicité deviendra d’autant plus évidente lorsque la saga prendra la direction opposée avec son troisième volet.
En résumé
Spider-Man 2 conserve la sincérité et le charme du premier film tout en approfondissant pratiquement tout ce qu’il avait installé. Peter Parker devient encore plus intéressant que son alter ego, Alfred Molina offre à la saga un formidable Doc Ock et Sam Raimi bénéficie de moyens supplémentaires sans sacrifier sa personnalité de cinéaste.
Plus spectaculaire mais surtout plus humain, il comprend que la meilleure histoire de Spider-Man n’est pas forcément celle où le héros affronte son adversaire le plus puissant. C’est celle où Peter Parker se demande s’il peut encore supporter d’être Spider-Man. Vingt ans plus tard, difficile de ne pas y voir encore l’un des sommets du film de super-héros.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.





