Spider-Man
Titre original : Spider-Man
Avec : Tobey Maguire, Willem Dafoe, Kirsten Dunst, James Franco, Rosemary Harris
Production / distribution : Columbia Pictures, Marvel Enterprises, Laura Ziskin Productions / Columbia TriStar Films
Durée : 2 h 01
Adaptation : Comics
Sortie : 12 juin 2002
En 2002, Sam Raimi porte enfin Spider-Man sur grand écran après des années de projets avortés autour du personnage créé par Stan Lee et Steve Ditko en 1962. Tobey Maguire devient Peter Parker, Kirsten Dunst incarne Mary Jane Watson et Willem Dafoe Norman Osborn, tandis que le film raconte les origines du héros et son premier affrontement avec le Bouffon Vert. Sorti en France le 12 juin 2002, Spider-Man arrive à un moment où le film de super-héros moderne commence tout juste à trouver sa nouvelle forme.
Peter Parker avant Spider-Man
C’est probablement la grande intelligence du film : Sam Raimi semble davantage intéressé par Peter Parker que par son costume.
Tobey Maguire campe un adolescent timide, maladroit, amoureux de Mary Jane et incapable de trouver réellement sa place. Même après l’apparition de ses pouvoirs, tout ne devient pas miraculeusement facile. Peter reste Peter, avec ses frustrations, ses erreurs et son incapacité chronique à dire ce qu’il ressent.
Le film prend même beaucoup de temps avant de transformer définitivement son personnage en super-héros. La découverte des pouvoirs, les premiers essais de toile, le combat de catch ou la conception de son identité font véritablement partie du récit.
Spider-Man ne surgit pas parce que le scénario a besoin d’un héros : on regarde progressivement Peter Parker devenir Spider-Man.
« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »
Tout le film repose finalement sur cette idée. Peter reçoit des capacités extraordinaires mais doit apprendre que leur possession ne fait pas automatiquement de lui quelqu’un d’extraordinaire.
Sam Raimi comprend parfaitement ce qui distinguait Spider-Man de beaucoup de héros qui l’avaient précédé. Derrière le masque se trouve un garçon qui peut faire les mauvais choix, agir égoïstement et devoir ensuite vivre avec leurs conséquences.
C’est ce qui donne encore aujourd’hui une véritable sincérité au film. La naissance du héros ne repose pas seulement sur ses pouvoirs, mais sur une faute qu’il ne pourra jamais complètement réparer.
Et lorsque Peter décide finalement ce qu’il veut faire de ses capacités, son costume possède déjà une histoire.
Tobey Maguire, un Spider-Man vulnérable
Tobey Maguire n’est peut-être pas le Peter Parker le plus proche physiquement de toutes les incarnations du comics. Mais son interprétation possède une vulnérabilité qui correspond parfaitement au film de Raimi.
Son Peter peut être maladroit, naïf, parfois même franchement gauche. Mais cette fragilité rend immédiatement crédible le contraste avec Spider-Man.
Raimi n’essaie d’ailleurs pas constamment de rendre son héros cool. Peter peut se ridiculiser, recevoir des coups, pleurer et prendre de mauvaises décisions. Même ses premiers exploits sont souvent accompagnés d’une certaine maladresse.
C’est essentiel : Spider-Man est spectaculaire précisément parce que Peter Parker ne l’est pas.
Willem Dafoe, formidable derrière un masque beaucoup moins convaincant
Face à lui, Willem Dafoe possède presque le problème inverse : l’acteur est souvent plus inquiétant que le costume du Bouffon Vert.
Norman Osborn fonctionne particulièrement bien lorsque Raimi s’intéresse à son basculement et à sa relation avec sa propre personnalité. Dafoe peut passer de la fragilité à la menace avec une facilité impressionnante, et certaines scènes reposent presque entièrement sur son visage.
Le fameux costume vert, en revanche, accuse davantage son époque. Son aspect rigide enlève énormément d’expressivité à un personnage dont le visage constitue justement une composante essentielle dans les comics.
C’est presque ironique : le film dispose de Willem Dafoe, probablement l’un des visages les plus naturellement expressifs d’Hollywood, puis décide régulièrement de le cacher derrière un masque immobile.
Cela n’empêche pas le Bouffon de fonctionner, notamment parce que la relation entre Norman, Peter et Harry donne au conflit une dimension personnelle dépassant le simple affrontement entre super-héros et super-vilain.
Un film de super-héros qui ressemble encore à un film de Sam Raimi
Avec le recul, c’est peut-être ce qui fait le plus de bien.
Spider-Man n’est pas uniquement un produit destiné à lancer une franchise. Sam Raimi est réellement présent derrière la caméra. Les cadrages parfois exagérés, les transitions, les montages accélérés et certaines touches presque horrifiques rappellent régulièrement le réalisateur d’Evil Dead.
La transformation de Norman Osborn en est probablement le meilleur exemple. Raimi filme son expérience scientifique avec une brutalité et une étrangeté qui semblent parfois appartenir à un autre genre.
Même l’humour possède quelque chose de très physique. Peter découvre ses pouvoirs en les subissant autant qu’en les contrôlant, et le film accepte une certaine naïveté proche du comic book.
Cette sincérité peut aujourd’hui paraître presque désuète. Elle constitue pourtant une grande partie de son charme.
Des effets spéciaux qui ont vieilli, mais des images devenues iconiques
Évidemment, plus de vingt ans ont passé. Certains mouvements numériques de Spider-Man paraissent désormais artificiels et plusieurs plans trahissent immédiatement les limites des effets visuels du début des années 2000.
Mais réduire le film à cela serait particulièrement injuste.
Raimi comprend déjà que Spider-Man doit être filmé verticalement. Les immeubles, les façades et les rues deviennent son terrain naturel. New York n’est pas simplement un décor derrière le héros : la ville définit ses déplacements.
Le costume participe énormément à cette réussite. Sam Raimi tenait à traduire à l’écran l’apparence classique du héros plutôt qu’à la réinventer complètement ; sa conception demanda plusieurs mois de développement.
Et certaines images sont devenues indissociables du personnage au cinéma, à commencer évidemment par le fameux baiser sous la pluie.
Avant que les super-héros deviennent une industrie
Il serait exagéré de prétendre que Spider-Man a inventé le blockbuster super-héroïque. Superman l’avait précédé de plusieurs décennies, Batman avait connu plusieurs incarnations au cinéma et X-Men avait déjà relancé le genre en 2000.
Mais son succès change clairement d’échelle. En France, le film dépassera les six millions d’entrées, tandis que son lancement américain établira alors de nouveaux records.
Surtout, Raimi démontre qu’un personnage de comics extrêmement populaire peut conserver ses couleurs, son costume, ses pouvoirs et une bonne partie de sa mythologie sans devoir constamment s’excuser d’être un super-héros.
Quelques années avant l’explosion du genre et bien avant le MCU, Spider-Man participe ainsi à installer une évidence qui ne l’était pas encore totalement : les super-héros peuvent devenir l’un des grands spectacles populaires du cinéma.
Une naïveté qui est devenue sa force
Certains dialogues sont appuyés. La romance avec Mary Jane verse volontiers dans le mélodrame. Danny Elfman souligne généreusement les émotions et Raimi ne semble jamais craindre d’être sentimental.
Tout cela pourrait facilement dater le film.
Curieusement, c’est aujourd’hui ce qui lui donne autant de personnalité. Spider-Man ne cherche jamais à prendre de distance ironique avec ce qu’il raconte. Quand Peter souffre, le film assume son émotion. Quand il devient un héros, la mise en scène assume l’héroïsme. Quand le Bouffon apparaît, Raimi assume pleinement le grand méchant de comics.
Le résultat possède une sincérité devenue presque rafraîchissante.
En résumé
Spider-Man accuse forcément son âge sur quelques effets numériques et le costume du Bouffon Vert reste une occasion manquée face à l’expressivité extraordinaire de Willem Dafoe. Mais l’essentiel n’a pratiquement pas vieilli.
Sam Raimi comprend que l’intérêt de Spider-Man réside autant dans les problèmes de Peter Parker que dans ses pouvoirs. Tobey Maguire apporte au personnage une vulnérabilité immédiatement attachante, Willem Dafoe compose un Norman Osborn mémorable et le film trouve un équilibre remarquable entre mélodrame, humour, action et véritable sens du comic book.
Plus qu’une adaptation réussie, Spider-Man est devenu l’un des films qui ont contribué à définir ce que serait le cinéma de super-héros au XXIe siècle.
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