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Zack Snyder’s Justice League

Affiche de Zack Snyder’s Justice League

Zack Snyder’s Justice League

Titre original : Zack Snyder's Justice League

Réalisation : Zack Snyder

Avec : Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Ray Fisher, Ezra Miller

Production / distribution : Warner Bros. Pictures, DC Films, The Stone Quarry, Atlas Entertainment / Warner Bros. France

Durée : 4 h 02

Adaptation : Comics

Sortie : 18 mars 2021

★★★★★ 4/5

Quatre ans après la sortie de Justice League, Zack Snyder peut finalement présenter sa propre version du film. Le réalisateur avait quitté le projet en 2017 avant la fin de la postproduction, et la version cinéma avait ensuite été profondément remaniée. Après une importante mobilisation des fans autour du mouvement #ReleaseTheSnyderCut, Warner autorise Snyder à terminer son montage, qui atteint 4 h 02 et est proposé en France en VOD en mars 2021.

Le même scénario, mais enfin un véritable film

L’intrigue générale n’a pourtant pas radicalement changé. Batman et Wonder Woman doivent toujours réunir Flash, Aquaman et Cyborg pour empêcher Steppenwolf de s’emparer des Boîtes Mères, tandis que l’absence de Superman plane sur le monde. Ce sont surtout le montage, le développement des personnages et le contexte donné aux événements qui transforment complètement l’expérience.

Là où la version de 2017 semblait courir en permanence pour tenir en deux heures, Snyder prend son temps. Parfois beaucoup trop, mais cette durée permet enfin à l’équipe de se construire progressivement. Les personnages ne sont plus simplement présentés avant d’être envoyés au combat : chacun possède une histoire, une motivation et une véritable place dans le récit. La différence est spectaculaire : le premier film réunissait six héros, celui-ci commence réellement à construire une équipe.

Cyborg devient enfin l’un des personnages principaux

C’est probablement Ray Fisher qui bénéficie le plus de cette nouvelle version. Victor Stone n’est plus un personnage secondaire vaguement chargé d’expliquer le fonctionnement des Boîtes Mères. Son accident, sa relation difficile avec son père et la découverte progressive de ses nouvelles capacités constituent désormais l’un des principaux fils narratifs du film.

Cyborg apporte même une grande partie de son émotion. Victor possède des pouvoirs presque sans limites sur le monde numérique, mais ceux-ci ne résolvent absolument rien à sa colère ni à son sentiment d’avoir perdu son humanité. Son évolution permet surtout de comprendre pourquoi il accepte progressivement de rejoindre les autres. En 2017, Cyborg semblait presque être là parce que la Justice League avait besoin de Cyborg. Ici, Victor Stone devient réellement le cœur émotionnel de l’équipe.

Flash gagne lui aussi énormément au changement de ton

Barry Allen reste le personnage le plus léger du groupe, mais il n’est plus uniquement chargé d’interrompre les scènes sérieuses avec une plaisanterie. Ezra Miller conserve sa maladresse et son enthousiasme, tandis que son rapport à son père apporte davantage de substance au personnage.

Surtout, ses pouvoirs bénéficient enfin d’une véritable mise en scène. La dernière partie lui donne une importance que la version cinéma ne lui accordait jamais et permet à Snyder de représenter sa vitesse comme autre chose qu’un simple effet comique. Le réalisateur retrouve ici son goût pour les ralentis, mais ceux-ci ont justement du sens avec un personnage capable de percevoir le temps différemment. Pour une fois, Flash n’est pas simplement le type rapide de l’équipe : sa vitesse devient réellement spectaculaire.

Même Steppenwolf semble appartenir à un autre film

Le changement est tout aussi important du côté de l’antagoniste. Steppenwolf reste un conquérant extraterrestre à la recherche des Boîtes Mères, mais il possède désormais une véritable motivation. Il cherche à retrouver les faveurs de Darkseid et sa conquête de la Terre devient également une tentative de racheter ses fautes auprès de son maître.

Cela ne suffit pas à en faire l’un des grands méchants de DC, mais il cesse au moins d’être l’immense créature numérique interchangeable de la version cinéma. Son nouveau design est également beaucoup plus agressif et cohérent avec l’univers visuel de Snyder. Surtout, l’apparition de Darkseid donne enfin une dimension plus vaste à la menace : Steppenwolf n’est plus présenté comme le sommet de la pyramide, mais comme le serviteur d’un danger beaucoup plus important.

Superman retrouve une place beaucoup plus cohérente

Le retour de Superman reste évidemment central, mais son traitement fonctionne mieux dans cette version. Le film prend davantage le temps de montrer ce que sa disparition représente pour le monde et surtout pour Bruce Wayne. Batman ne cherche plus simplement une arme suffisamment puissante pour vaincre Steppenwolf : il tente aussi de réparer l’erreur qu’il pense avoir commise dans Batman v Superman.

Henry Cavill retrouve également un Superman débarrassé des fameux problèmes visuels provoqués par les reshoots de 2017. Le costume noir renforce la dimension presque mythologique de son retour, parfaitement cohérente avec la manière dont Snyder envisage le personnage depuis Man of Steel. Superman reste extraordinairement puissant, mais son arrivée paraît cette fois être l’aboutissement d’une histoire plutôt qu’une solution tombant soudainement sur le champ de bataille.

Quatre heures : nécessaires… mais certainement pas toutes

Il serait cependant excessif de considérer la durée comme uniquement bénéfique. Zack Snyder’s Justice League respire davantage, développe ses personnages et rend son univers infiniment plus cohérent, mais Snyder dispose aussi d’une liberté presque totale et en profite parfois sans retenue. Certaines séquences sont inutilement étirées, les ralentis abondent et plusieurs passages auraient parfaitement supporté quelques coupes.

Les quatre heures ressemblent ainsi autant à une force qu’à une démonstration de liberté retrouvée. Une version d’environ trois heures aurait probablement conservé l’essentiel de ses qualités tout en gagnant en efficacité. L’épilogue, en particulier, multiplie les ouvertures vers des histoires qui ne seront finalement jamais développées. C’est fascinant pour comprendre ce que Snyder voulait construire, moins indispensable au film lui-même.

Une identité visuelle retrouvée

Au moins, il n’existe plus aucun doute sur l’identité de l’ensemble. Le format 4/3, l’étalonnage beaucoup plus sombre, les ralentis, les compositions monumentales et la manière presque religieuse de filmer certains héros appartiennent entièrement à Zack Snyder. Le format d’image lui-même correspond à son intention de privilégier une image plus haute, pensée notamment dans la perspective de l’IMAX.

On peut aimer ou rejeter cette approche, mais le film possède désormais une cohérence que la version de 2017 n’avait jamais. Les héros ne sont plus constamment arrachés à l’univers sombre de Snyder pour être placés dans des séquences plus légères qui semblent provenir d’un autre film. Le Snyder Cut ne rend pas nécessairement toutes les idées de Snyder meilleures ; il permet enfin de les juger comme les éléments d’une même œuvre.

Plus qu’une version longue, un fascinant cas d’école

C’est finalement ce qui rend Zack Snyder’s Justice League aussi particulier. Il ne s’agit pas simplement d’ajouter quelques scènes supprimées à Justice League. L’histoire fondamentale reste comparable, mais le montage, le ton et le développement des personnages produisent un film profondément différent. La plupart des images supplémentaires viennent du matériau tourné pour le projet original, tandis que quelques nouvelles séquences ont été réalisées spécifiquement pour cette version.

Le résultat permet surtout de mesurer l’importance du montage au cinéma. Cyborg était déjà là. Flash était déjà là. Steppenwolf était déjà là. Une grande partie de l’histoire était déjà là. Pourtant, en changeant la durée, l’ordre, le contexte et le ton, Snyder transforme considérablement la perception de chacun. C’est probablement l’aspect le plus passionnant du film : deux versions construites autour d’une même histoire peuvent aboutir à deux expériences presque opposées.

En résumé

Zack Snyder’s Justice League ne transforme pas miraculeusement chaque idée en réussite et ses quatre heures auraient largement pu être resserrées. Mais Cyborg devient enfin un véritable personnage, Flash retrouve une fonction essentielle, Steppenwolf gagne en consistance et toute la mythologie autour de Darkseid donne au récit l’ampleur qui manquait cruellement à la version cinéma.

Surtout, le film possède enfin une identité cohérente. Plus sombre, plus lent et parfois excessivement grandiloquent, il assume entièrement la vision de Zack Snyder. On peut ne pas adhérer à toutes ses décisions, mais au moins, cette fois, Justice League ressemble véritablement au film de quelqu’un.

 

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