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Hulk

Affiche de Hulk

Hulk

Titre original : Hulk

Réalisation : Ang Lee

Avec : Eric Bana, Jennifer Connelly, Nick Nolte, Sam Elliott

Production / distribution : Universal Pictures, Marvel Enterprises / United International Pictures

Durée : 2 h 18

Adaptation : Comics

Sortie : 2 juillet 2003

★★★★★ 3/5

Deux ans avant que le MCU ne commence à prendre forme, Ang Lee propose sa propre vision de Hulk avec Eric Bana dans le rôle de Bruce Banner. Plutôt que de construire un simple blockbuster autour d’un monstre vert détruisant tout sur son passage, le réalisateur choisit d’en faire un drame psychologique et familial consacré aux traumatismes enfouis de son héros.

Ang Lee ne voulait clairement pas faire un film de super-héros classique

C’est probablement ce qui rend Hulk aussi intéressant que frustrant. Ang Lee s’intéresse beaucoup moins aux destructions provoquées par le personnage qu’à l’homme qui se cache derrière lui. Bruce Banner est présenté comme quelqu’un de profondément renfermé, incapable d’exprimer sa colère et marqué par une enfance dont il ne conserve pratiquement aucun souvenir.

La transformation devient alors une manifestation physique de tout ce que Bruce réprime. Hulk n’est pas simplement une créature apparue à la suite d’un accident scientifique : il représente une violence enfouie depuis l’enfance qui finit par exploser lorsque Banner n’arrive plus à la contenir.

Cette approche donne au film une vraie personnalité, mais lui impose également un rythme particulièrement lent. Ceux qui venaient principalement voir Hulk fracasser des tanks ont dû attendre longtemps avant que le géant vert ne soit véritablement lâché.

Eric Bana propose un Bruce Banner très intériorisé

Eric Bana joue Bruce avec une retenue presque permanente. Son personnage semble émotionnellement absent, comme s’il avait passé toute sa vie à construire une barrière entre lui et ses propres sentiments. Cela correspond parfaitement à la lecture d’Ang Lee, même si cette froideur peut également rendre Banner difficile à saisir.

Jennifer Connelly apporte davantage d’émotion avec Betty Ross. Sa relation avec Bruce est compliquée par l’incapacité de ce dernier à véritablement s’ouvrir, mais aussi par leurs histoires familiales respectives. Betty comprend progressivement que le problème de Bruce ne commence pas avec son accident : quelque chose était déjà profondément enfoui en lui.

Le film transforme ainsi leur relation en élément essentiel du personnage. Betty n’est pas simplement celle qui doit calmer Hulk ; elle représente l’une des rares personnes devant lesquelles Bruce pourrait encore accepter de se montrer vulnérable.

Le père de Bruce devient le véritable centre du film

Nick Nolte incarne David Banner, père de Bruce et personnage créé spécifiquement pour cette version. Le film lui attribue une place énorme en faisant de ses expériences et de sa violence passée l’origine du traumatisme de son fils.

Nolte joue le personnage avec une intensité parfois presque démesurée, mais cette folie correspond assez bien à l’univers construit par Ang Lee. David considère son propre fils à la fois comme son enfant et comme le résultat extraordinaire d’une expérience qui le dépasse.

Le conflit devient donc profondément familial. Bruce ne doit pas simplement apprendre à contrôler Hulk : il doit affronter ce que son père lui a transmis et retrouver les souvenirs qu’il avait enfouis.

Cette dimension est ambitieuse, même si le film finit parfois par compliquer inutilement une origine qui pouvait rester beaucoup plus simple.

Hulk impressionne autant qu’il accuse son âge

En 2003, créer un Hulk entièrement numérique représentait encore un véritable défi. Le résultat est très variable aujourd’hui. Certaines expressions fonctionnent étonnamment bien et Ang Lee cherche à donner à la créature une véritable personnalité plutôt qu’à en faire uniquement une masse de muscles.

En revanche, son apparence très verte et certaines animations ont nettement vieilli. Plus Hulk est exposé en pleine lumière, plus son aspect numérique devient évident.

Le film comprend néanmoins très bien l’échelle du personnage. Lorsqu’il affronte l’armée dans le désert, bondit sur des distances gigantesques ou détruit des véhicules militaires, Hulk possède enfin la puissance attendue. Cette longue séquence reste probablement le moment où le film réussit le mieux à concilier les ambitions psychologiques d’Ang Lee avec le spectacle attendu d’une adaptation Marvel.

Le montage façon bande dessinée : excellente idée ou énorme distraction ?

Ang Lee tente quelque chose de particulièrement original avec son montage. L’écran se divise régulièrement en plusieurs cases, certaines images apparaissent à l’intérieur d’autres et plusieurs actions sont montrées simultanément comme si les pages d’un comic book prenaient vie.

Sur le principe, l’idée est brillante. Peu de films adaptés de comics avaient alors essayé d’utiliser aussi directement le langage visuel de la bande dessinée.

Dans la pratique, le résultat est beaucoup plus inégal. Certains montages fonctionnent parfaitement, tandis que d’autres deviennent presque involontairement comiques et cassent l’ambiance dramatique que le film cherche justement à installer.

C’est un choix qui a énormément vieilli, mais qui témoigne au moins d’une véritable volonté de mise en scène. Hulk ne ressemble à aucun autre film Marvel de son époque.

Les chiens mutants étaient peut-être une idée à laisser sur le papier

Difficile de défendre complètement le combat contre les chiens génétiquement modifiés, et particulièrement contre un caniche mutant.

La scène permet certes de montrer Hulk protéger Betty et de mesurer sa puissance, mais elle illustre également les excès du film. Ang Lee veut constamment mélanger drame psychologique, expérimentation visuelle, science-fiction et grand spectacle, avec des résultats parfois très étranges.

Les créatures numériques ont également beaucoup moins bien vieilli que Hulk lui-même. Ce qui devait probablement constituer une scène impressionnante devient aujourd’hui l’un des passages les plus facilement moqués du film.

Le général Ross apporte un conflit beaucoup plus classique

Sam Elliott est particulièrement bien choisi pour incarner Thaddeus Ross. Sa moustache semble presque directement sortie des comics et sa présence autoritaire fonctionne immédiatement.

Ross représente également un conflit beaucoup plus simple que celui opposant Bruce à son père : Hulk est une menace qu’il faut arrêter. Le général possède en plus une relation compliquée avec Betty, qui refuse de considérer Bruce uniquement comme un danger.

Le film évite heureusement d’en faire un pur antagoniste. Ross a de véritables raisons de craindre ce que Banner peut devenir, même si son obsession militaire contribue évidemment à aggraver la situation.

Un film trop long, mais beaucoup plus intéressant que sa réputation

Le principal défaut de Hulk reste son rythme. Ang Lee prend énormément de temps pour installer Bruce, Betty, leurs pères respectifs et les expériences à l’origine du personnage. Certaines séquences semblent durer bien davantage qu’elles ne le devraient et le film atteint plus de deux heures sans toujours disposer de suffisamment de matière pour le justifier.

Le dernier affrontement avec David Banner devient également très abstrait et visuellement confus. Après avoir construit un conflit familial plutôt intéressant, le film peine à lui trouver une résolution spectaculaire réellement satisfaisante.

Mais réduire Hulk à un simple échec serait injuste. Ang Lee tente de traiter Bruce Banner comme un véritable personnage tragique et utilise le blockbuster pour parler de colère, de traumatisme et d’héritage familial. Toutes ses idées ne fonctionnent pas, mais il en possède beaucoup.

Ce Hulk de 2003 reste donc une étrange expérience : parfois lourd, parfois kitsch, souvent trop lent, mais suffisamment personnel pour demeurer bien plus fascinant que de nombreux films de super-héros beaucoup mieux calibrés.

En résumé

Hulk est un blockbuster atypique qui préfère explorer les traumatismes de Bruce Banner plutôt que d’enchaîner les destructions. Eric Bana fonctionne dans cette vision très intériorisée du personnage, Nick Nolte apporte une folie impressionnante et Ang Lee multiplie les expérimentations visuelles. Le rythme laborieux, des effets numériques vieillissants et plusieurs choix franchement étranges limitent le résultat, mais cette adaptation possède une véritable personnalité.

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