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Astérix chez les Bretons

Affiche de Astérix chez les Bretons

Astérix chez les Bretons

Réalisation : Pino Van Lamsweerde

Voix VF : Roger Carel, Pierre Tornade, Graham Bushnell, Pierre Mondy

Production / distribution : Gaumont International, Dargaud Films, Gutenberghus / Gaumont

Durée : 1 h 18

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 3 décembre 1986

★★★★★ 4/5

Un an après Astérix et la Surprise de César, Astérix et Obélix repartent déjà au cinéma avec Astérix chez les Bretons. Réalisé par Pino Van Lamsweerde et sorti en 1986, le film adapte cette fois un seul album de René Goscinny et Albert Uderzo, avec Pierre Tchernia à l’adaptation. Direction la Bretagne, où Jolitorax vient chercher l’aide de son cousin Astérix afin de permettre à son village de résister aux légions de César.

Un album qui se suffisait presque à lui-même

Contrairement à La Surprise de César, qui assemblait Astérix légionnaire et Astérix gladiateur, le film n’a pas besoin d’aller chercher sa matière dans plusieurs aventures. Astérix chez les Bretons est suffisamment riche pour porter seul un long métrage. Le site officiel de la série souligne d’ailleurs que l’album fournissait à lui seul la matière nécessaire à près de 80 minutes de film.

Cela donne au récit une belle continuité. Le voyage avec le tonneau de potion magique, les Romains lancés à sa recherche, la traversée de Londinium, la Tour de Londres et le match de rugby s’enchaînent naturellement.

Le revers est que le film prend assez peu de risques avec son modèle. Là où Les Douze Travaux d’Astérix profitait du cinéma pour inventer quelque chose de totalement nouveau, Astérix chez les Bretons cherche avant tout à faire vivre un excellent album à l’écran.

Ces Bretons sont vraiment très… bretons

Une grande partie du plaisir vient évidemment de la vision complètement caricaturale de la Bretagne imaginée par Goscinny et Uderzo. Les Bretons parlent en inversant certaines tournures françaises, interrompent la guerre à cinq heures, boivent leur cervoise tiède et considèrent le week-end comme parfaitement incompatible avec une invasion romaine.

Le film comprend heureusement que ces gags doivent être joués avec le plus grand sérieux. Jolitorax ne semble jamais trouver étrange de parler comme Jolitorax : c’est précisément parce que les Bretons considèrent leurs habitudes comme parfaitement normales qu’elles deviennent aussi drôles.

Graham Bushnell lui apporte d’ailleurs une voix délicieusement flegmatique, qui contraste parfaitement avec l’énergie d’Astérix et surtout avec Obélix, beaucoup moins disposé à s’adapter aux coutumes locales.

Obélix au rugby : une évidence

L’une des grandes réussites du film reste le match de rugby. Le principe semble presque avoir été inventé pour Obélix : un grand nombre d’adversaires, un ballon et la possibilité de foncer dans tout le monde.

La scène exploite parfaitement sa personnalité sans avoir besoin de compliquer le gag. Obélix découvre un sport dont il ne maîtrise pas vraiment les règles mais dont il comprend immédiatement l’essentiel : il peut courir et renverser ceux qui se trouvent devant lui.

Plus généralement, Roger Carel et Pierre Tornade forment désormais un duo parfaitement rodé. Carel apporte toujours sa vivacité à Astérix tandis que Tornade impose un Obélix plus massif vocalement, mais aussi très enfantin dès qu’il s’enthousiasme ou se vexe.

Une animation solide, sans véritable révolution

Techniquement, le film poursuit le niveau atteint avec La Surprise de César. L’animation est plus confortable que dans les premières adaptations et la variété des décors permet de donner une véritable identité à cette escapade britannique.

Pino Van Lamsweerde privilégie surtout la lisibilité. Les gags restent faciles à suivre, les personnages demeurent proches du dessin d’Uderzo et l’action ne cherche jamais à devenir inutilement spectaculaire.

C’est efficace, mais moins ambitieux que le film précédent sur certains aspects. Astérix chez les Bretons donne rarement l’impression de vouloir réinventer graphiquement son univers. Il accompagne très correctement le matériau original plutôt qu’il ne le transforme.

L’humour de Goscinny fait presque tout le travail

C’est finalement la plus grande force du film et peut-être aussi sa limite. L’album d’origine est tellement bon que l’adaptation peut largement s’appuyer sur son écriture.

Les jeux de langage, les différences culturelles, les Romains dépassés et l’opposition entre le tempérament gaulois et le flegme britannique fonctionnent toujours. Même la fameuse histoire de la boisson chaude prend toute sa saveur grâce à la manière dont Goscinny joue avec les clichés pour fabriquer sa propre version de la naissance du thé britannique.

Le film possède donc moins de personnalité cinématographique que Les Douze Travaux, mais il bénéficie d’un matériau comique tellement solide qu’il reste extrêmement plaisant à regarder.

Il marque aussi la fin d’une époque : le site officiel d’Astérix présente cette production comme la dernière collaboration cinématographique entre Albert Uderzo et son éditeur historique Dargaud.

En résumé

Astérix chez les Bretons ne possède ni la liberté des Douze Travaux d’Astérix, ni l’ambition technique que pouvait afficher La Surprise de César. Mais il bénéficie d’un avantage considérable : il adapte l’un des albums les plus drôles et les mieux construits de la série.

Le flegme de Jolitorax, le rugby, les habitudes britanniques détournées par Goscinny et la complémentarité désormais parfaite entre Astérix et Obélix suffisent à faire fonctionner l’ensemble. Une adaptation assez sage, mais drôle, rythmée et particulièrement fidèle à l’esprit de la BD.

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