Catwoman
Titre original : Catwoman
Avec : Halle Berry, Benjamin Bratt, Sharon Stone, Lambert Wilson, Frances Conroy
Production / distribution : Warner Bros. Pictures, Village Roadshow Pictures / Warner Bros. France
Durée : 1 h 44
Adaptation : Comics
Sortie : 29 juillet 2004
En 2004, Halle Berry devient Catwoman dans un film qui choisit de couper pratiquement tous les liens avec le personnage de DC Comics. Plus de Selina Kyle, plus de Gotham et plus de Batman : voici Patience Phillips, graphiste timide ressuscitée par un chat égyptien et dotée de capacités félines. Une liberté qui aurait pu fonctionner si le résultat avait eu quelque chose d’intéressant à proposer à la place.
Le premier problème : ce n’est pratiquement pas Catwoman
Changer l’identité de Catwoman n’était pas nécessairement interdit. Une adaptation peut parfaitement réinventer son personnage si elle conserve ce qui le rend intéressant ou utilise cette liberté pour proposer autre chose.
Mais Catwoman abandonne presque tout. Patience Phillips n’est ni Selina Kyle ni une cambrioleuse et n’entretient aucun rapport avec Gotham ou l’univers de Batman. Le film reprend essentiellement le nom, le thème du chat et l’idée d’une femme en combinaison noire.
Plus étrange encore, Catwoman devient presque une véritable super-héroïne dotée de pouvoirs surnaturels. Après sa mort, Patience est ressuscitée et acquiert une agilité, des réflexes et des sens surhumains. Le personnage ambigu, quelque part entre voleuse, anti-héroïne et adversaire de Batman, disparaît donc au profit d’une origin story très conventionnelle.
Halle Berry joue le jeu jusqu’au bout
Halle Berry fait pourtant preuve d’un véritable engagement. Elle différencie clairement la Patience timide et maladroite du début de la Catwoman beaucoup plus sûre d’elle qui apparaît après sa transformation.
Le problème vient surtout de la manière dont cette évolution est représentée. Devenir Catwoman signifie soudain marcher différemment, manger du thon directement dans une boîte, dormir sur une étagère, siffler devant des chiens et être irrésistiblement attirée par de l’herbe à chat.
Le film prend l’idée féline tellement littéralement que le personnage ressemble parfois davantage à une femme possédée par un chat qu’à Catwoman.
Halle Berry assume pourtant l’excentricité jusqu’au bout et apporte au film une énergie dont il manque cruellement ailleurs. Elle ira même récupérer elle-même son Razzie de la pire actrice, Oscar en main, avec suffisamment d’autodérision pour transformer au moins l’échec du film en moment mémorable.
Le costume est devenu célèbre pour de mauvaises raisons
Difficile également d’éviter le costume. Masque à oreilles, soutien-gorge en cuir, pantalon lacéré et fouet : cette Catwoman ressemble davantage à une interprétation très années 2000 du fantasme associé au personnage qu’à une tenue réellement pensée pour une justicière.
Le film insiste constamment sur cette sexualisation. La caméra multiplie les poses, les mouvements de hanches et les ralentis, comme si l’émancipation de Patience devait nécessairement passer par sa transformation en fantasme ambulant.
C’est d’autant plus dommage que l’idée de départ pouvait fonctionner. Patience est une femme effacée qui apprend progressivement à ne plus se laisser dicter sa conduite. Mais plutôt que de construire cette confiance à travers ses décisions, le film la traduit principalement par son apparence.
Sharon Stone méritait elle aussi un meilleur rôle
Sharon Stone incarne Laurel Hedare, responsable d’une entreprise de cosmétiques qui prépare la commercialisation d’une crème anti-âge dangereuse. Patience découvre le secret et devient alors une menace qu’il faut éliminer.
On a connu enjeux plus impressionnants dans une adaptation de comics.
Laurel possède néanmoins une idée amusante : après avoir utilisé son propre produit pendant longtemps, sa peau est devenue extrêmement résistante. Cela permet au film de construire un adversaire capable d’affronter physiquement Catwoman sans introduire un autre personnage surnaturel.
Sharon Stone assume le rôle avec un sérieux presque admirable, mais l’intrigue autour d’une crème cosmétique meurtrière reste difficile à rendre réellement menaçante. Le duel final entre les deux femmes finit donc par atteindre un niveau de kitsch assez spectaculaire.
La fameuse scène de basket résume presque tout
Il existe des scènes ratées et il existe la partie de basket de Catwoman.
Patience affronte Tom Lone devant des enfants dans une séquence censée être séduisante et ludique. La caméra bouge constamment, le montage enchaîne les plans à une vitesse folle et les deux personnages transforment progressivement une partie de basket en étrange parade amoureuse.
La scène est devenue emblématique parce qu’elle concentre une grande partie des problèmes du film : mise en scène frénétique, sensualité forcée et incapacité à laisser simplement les personnages exister.
Benjamin Bratt n’est d’ailleurs pas particulièrement mauvais dans le rôle du policier Tom Lone. Mais la romance reste tellement artificielle qu’elle ne donne jamais véritablement de poids à leur relation.
Des effets numériques qui étaient déjà difficiles à défendre
Dès que Catwoman doit réaliser une acrobatie spectaculaire, Halle Berry laisse régulièrement place à une doublure numérique dont les mouvements défient autant la gravité que l’anatomie humaine.
Même pour 2004, certains plans sont particulièrement artificiels.
Le plus frustrant est que Catwoman n’avait absolument pas besoin d’un tel traitement. Un personnage fondé sur l’agilité, les arts martiaux et les déplacements acrobatiques aurait gagné à privilégier les cascades physiques et une caméra capable de montrer les mouvements.
À la place, Pitof multiplie les mouvements numériques, les accélérations et un montage agressif qui rendent parfois l’action presque illisible.
Un mauvais film qui finit presque par devenir fascinant
Catwoman appartient à cette catégorie particulière de films dont les mauvais choix sont parfois suffisamment extravagants pour devenir divertissants. Le costume, le basket, les mimiques félines, la crème cosmétique meurtrière ou certains effets numériques donnent aujourd’hui au film une personnalité que des productions beaucoup plus anonymes n’ont jamais eue.
Cela ne suffit évidemment pas à en faire un bon film.
Le plus gros gâchis reste son personnage principal. Halle Berry possédait largement le charisme nécessaire pour incarner une Catwoman convaincante. Mais le scénario choisit de retirer Selina Kyle, Gotham, les cambriolages et toute l’ambiguïté morale du personnage avant de conserver uniquement son imagerie la plus superficielle.
Le problème de Catwoman n’est finalement pas d’avoir voulu réinventer l’héroïne. C’est d’avoir presque tout changé sans jamais trouver une idée plus intéressante que ce qui avait été abandonné.
En résumé
Catwoman est une adaptation qui ne conserve pratiquement rien de Catwoman en dehors de son nom et de quelques attributs félins. Halle Berry s’investit avec une énergie indéniable, mais elle doit composer avec un scénario absurde, une mise en scène frénétique, des effets numériques déjà datés et une sexualisation permanente du personnage. Un échec spectaculaire, devenu avec le temps presque fascinant par l’accumulation de ses choix improbables.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.





