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Green Lantern

Affiche de Green Lantern

Green Lantern

Titre original : Green Lantern

Réalisation : Martin Campbell

Avec : Ryan Reynolds, Blake Lively, Peter Sarsgaard, Mark Strong, Angela Bassett

Production / distribution : Warner Bros. Pictures, DC Entertainment / Warner Bros. France

Durée : 1 h 54

Adaptation : Comics

Sortie : 10 août 2011

★★★★★ 1/5

En 2011, DC ouvre les portes de son univers cosmique avec Green Lantern. Ryan Reynolds incarne Hal Jordan, pilote choisi par un anneau extraterrestre pour rejoindre une organisation chargée de protéger l’univers. Le potentiel est gigantesque : des milliers de Green Lantern, des mondes extraterrestres et un pouvoir limité uniquement par l’imagination. Le film réussit pourtant l’exploit d’en tirer une aventure terriblement pauvre.

Ryan Reynolds n’est pas le principal problème

Avec le recul, il est amusant de voir Ryan Reynolds dans un rôle de super-héros aussi conventionnel quelques années avant Deadpool. L’acteur possède déjà son humour, son arrogance et son débit caractéristiques, qui correspondent plutôt bien à Hal Jordan.

Le film construit son évolution autour de la peur. Hal est un pilote extrêmement doué, mais traumatisé par la mort de son père et incapable d’assumer pleinement ses responsabilités. Son anneau l’a pourtant choisi parce qu’il possède la capacité de surmonter cette peur.

Sur le papier, l’arc narratif est parfaitement valable. Le problème est sa maigreur. Hal doute, abandonne, comprend qu’il doit affronter sa peur puis revient sauver la situation. Le scénario suit son parcours avec une telle application qu’il devient presque possible d’anticiper chaque étape.

Ryan Reynolds apporte donc de l’énergie à un héros auquel le film ne donne finalement pas grand-chose à raconter.

Oa promet un film beaucoup plus intéressant

Lorsque Hal découvre Oa, Green Lantern semble enfin prendre son envol. Le Green Lantern Corps réunit des milliers d’extraterrestres chargés de protéger les différents secteurs de l’univers. Tomar-Re, Kilowog et surtout Sinestro permettent d’entrevoir l’immensité de cette mythologie.

Mark Strong est d’ailleurs excellent. En quelques scènes, son Sinestro possède davantage de présence que presque tous les autres personnages du film.

Et puis Hal retourne sur Terre.

C’est probablement l’une des décisions les plus frustrantes du scénario. Le film ouvre les portes d’un univers cosmique fascinant avant de consacrer l’essentiel de son intrigue à une histoire beaucoup plus banale. Oa ressemble alors presque à une bande-annonce pour les suites que Warner espérait déjà produire.

Des effets spéciaux omniprésents et pourtant rarement convaincants

Pour un héros dont les pouvoirs reposent entièrement sur la création visuelle, Green Lantern avait particulièrement besoin d’effets numériques irréprochables. C’est malheureusement l’une de ses plus grosses faiblesses.

Le costume entièrement numérique reste particulièrement difficile à défendre. Il manque de texture, paraît régulièrement collé sur Ryan Reynolds et donne parfois davantage l’impression d’observer un personnage de jeu vidéo qu’un véritable super-héros.

Même son masque semble artificiel.

Oa et ses habitants souffrent également de cette surenchère numérique. L’univers devrait provoquer l’émerveillement, mais les décors manquent souvent de matière et les créatures semblent rarement appartenir au même environnement que les acteurs.

Plus grave encore, le pouvoir de l’anneau lui-même manque d’inventivité. Green Lantern peut théoriquement matérialiser tout ce que son imagination lui permet de concevoir. Le film trouve quelques constructions amusantes, mais exploite étonnamment peu cette possibilité presque infinie.

Hector Hammond ne suffit jamais à donner de l’épaisseur au scénario

Peter Sarsgaard incarne Hector Hammond, scientifique contaminé par l’énergie de Parallax. Son intelligence augmente, il développe des pouvoirs télépathiques et nourrit progressivement une jalousie de plus en plus importante envers Hal.

Il aurait pu constituer un reflet intéressant du héros : deux hommes ordinaires reçoivent soudainement des capacités extraordinaires et choisissent des chemins opposés.

Mais le scénario préfère rapidement transformer Hammond en méchant grotesque. Sa transformation physique prend le dessus sur sa personnalité et ses motivations restent désespérément simples.

Le film possède donc un antagoniste terrestre peu développé tout en préparant simultanément une menace cosmique. Au lieu d’enrichir l’histoire, cette accumulation donne surtout l’impression qu’aucun adversaire n’était suffisamment intéressant pour porter le film seul.

Parallax : beaucoup de pixels pour très peu de menace

Parallax représente littéralement la peur et devrait constituer une menace terrifiante pour l’ensemble du Green Lantern Corps. À l’écran, il devient essentiellement un gigantesque nuage numérique doté d’un visage. Difficile de faire plus impersonnel.

Le combat final repose donc sur Hal affrontant une énorme masse d’effets spéciaux au-dessus de la Terre. L’affrontement cherche constamment à augmenter l’échelle du spectacle sans jamais augmenter son intérêt.

C’est symptomatique de tout le film : Green Lantern confond trop souvent grandeur et efficacité. Montrer une créature gigantesque ne suffit pas à créer une menace lorsque le scénario n’a pratiquement rien construit autour d’elle.

Carol Ferris apporte un peu d’humanité

Blake Lively s’en sort mieux avec Carol Ferris. Pilote et dirigeante de Ferris Aircraft, elle connaît Hal suffisamment bien pour ne pas être impressionnée par son arrogance et constitue l’une des rares personnes capables de le confronter directement à ses faiblesses.

Le film trouve même une bonne plaisanterie lorsqu’elle reconnaît immédiatement Hal malgré son masque. Carol souligne elle-même qu’elle le connaît depuis toujours et qu’un petit morceau de tissu vert ne peut évidemment pas suffire à dissimuler son identité.

Mais là encore, le scénario reste extrêmement conventionnel. La relation amoureuse suit exactement le chemin attendu et Carol finit surtout par servir de motivation supplémentaire à Hal.

Trop de mythologie, presque aucune histoire

Green Lantern veut présenter Hal Jordan, Carol Ferris, Hector Hammond, Amanda Waller, Sinestro, Kilowog, Tomar-Re, Oa, les Gardiens, le Corps, Parallax, le fonctionnement des anneaux et la différence entre la volonté et la peur.

C’est énormément d’informations… et paradoxalement très peu d’histoire.

Une fois toute cette mythologie retirée, le scénario tient sur presque rien : un homme irresponsable reçoit un pouvoir, doute de lui-même, abandonne puis comprend qu’il doit avoir confiance en lui pour vaincre sa peur.

Le problème n’est pas nécessairement la simplicité. Beaucoup d’excellents films de super-héros reposent sur des intrigues très simples. Mais Green Lantern ne trouve jamais suffisamment de personnages, d’émotion ou de mise en scène pour donner de la force à cette structure élémentaire.

Même Sinestro est surtout une promesse pour un meilleur film

La scène post-générique montre Sinestro enfiler l’anneau jaune de la peur et annonce clairement la direction prévue pour une suite. Et c’est presque frustrant tant Mark Strong semblait être l’élément le plus prometteur du film.

Au lieu d’utiliser pleinement Sinestro, Green Lantern préfère garder son évolution pour plus tard.

Ce « plus tard » n’arrivera jamais.

Le film illustre ainsi parfaitement une mauvaise habitude des blockbusters cherchant à lancer une franchise : préparer constamment le prochain épisode avant d’avoir réussi le premier.

Une énorme occasion manquée

Ce qui rend Green Lantern particulièrement décevant n’est pas simplement d’être mauvais. C’est l’écart gigantesque entre les possibilités offertes par son univers et la pauvreté du résultat.

Ryan Reynolds pouvait fonctionner en Hal Jordan. Mark Strong était un excellent Sinestro. Le Green Lantern Corps pouvait ouvrir DC à une véritable fresque cosmique et le pouvoir de l’anneau permettait théoriquement toutes les folies visuelles.

Mais le scénario ne raconte presque rien et les effets numériques, censés constituer l’une des grandes attractions du film, ont très mal vieilli. Même Martin Campbell, pourtant réalisateur de Casino Royale, semble incapable de donner une véritable personnalité à cet ensemble noyé sous les fonds verts et les images de synthèse.

Green Lantern possède un héros dont le pouvoir n’est limité que par son imagination. Ironiquement, c’est précisément ce dont son film semble avoir le plus manqué.

En résumé

Green Lantern gaspille un univers cosmique immense dans une origin story d’une maigreur étonnante. Ryan Reynolds n’est pas catastrophique et Mark Strong constitue même un excellent Sinestro, mais ils sont abandonnés au milieu d’un scénario prévisible, de méchants sans épaisseur et d’effets spéciaux artificiels jusque dans le costume du héros. Oa et le Green Lantern Corps laissent entrevoir un film autrement plus ambitieux que celui finalement proposé.

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