V pour Vendetta
Titre original : V for Vendetta
Avec : Natalie Portman, Hugo Weaving, Stephen Rea, John Hurt, Stephen Fry
Production / distribution : Warner Bros. Pictures, Virtual Studios, Silver Pictures / Warner Bros. France
Durée : 2 h 12
Adaptation : Comics
Sortie : 19 avril 2006
Dans une Grande-Bretagne devenue un régime autoritaire, Evey Hammond rencontre V, mystérieux révolutionnaire masqué déterminé à renverser le pouvoir en place. Adapté du comics d’Alan Moore et David Lloyd, V pour Vendettatransforme leur œuvre en thriller politique spectaculaire. Une adaptation très libre, parfois plus démonstrative que son modèle, mais portée par Hugo Weaving, Natalie Portman et une réflexion sur la peur, la liberté et le pouvoir qui conserve toute sa force.
V, un personnage qui existe sans jamais montrer son visage
Le pari était considérable : construire tout un film autour d’un personnage dont le visage reste caché derrière un masque de Guy Fawkes.
Hugo Weaving réussit pourtant à donner à V une présence extraordinaire. Tout passe par la voix, la posture et les mouvements. Son personnage peut être théâtral, inquiétant, drôle ou terriblement violent sans jamais retirer son masque.
Le film évite également d’en faire un héros traditionnel. V combat une dictature, mais ses méthodes reposent sur la violence, la manipulation et la vengeance. Derrière son discours sur la liberté se trouve un homme profondément marqué par ce qu’il a subi à Larkhill.
Cette ambiguïté est essentielle. On peut comprendre son combat sans que toutes ses actions deviennent automatiquement acceptables.
Evey est le véritable cœur du film
Si V représente l’idée, Evey représente l’individu confronté à cette idée. Natalie Portman incarne une jeune femme qui cherche d’abord simplement à survivre dans le système avant d’être brutalement entraînée dans le combat de V.
Son évolution constitue la véritable colonne vertébrale du récit.
La relation entre Evey et V est volontairement inconfortable. Il la sauve, la protège et lui ouvre les yeux sur le régime, mais il la manipule également de manière particulièrement cruelle. La séquence de son emprisonnement constitue à ce titre l’un des passages les plus puissants du film.
Evey ne devient pas simplement une disciple de V. Elle doit se débarrasser de sa peur avant de pouvoir décider elle-même ce qu’elle accepte ou refuse.
Natalie Portman porte cette transformation avec beaucoup de justesse.
Un régime construit sur la peur
Le chancelier Adam Sutler, interprété par John Hurt, gouverne une Grande-Bretagne dans laquelle médias, police et institutions travaillent ensemble pour maintenir la population sous contrôle.
Le film ne cherche pas particulièrement la subtilité dans sa représentation du pouvoir. Les discours sont imposants, les écrans géants omniprésents et les représentants du régime volontairement menaçants.
Mais cette simplicité permet de rendre immédiatement lisible son idée centrale : le pouvoir de Sutler repose moins sur l’adhésion que sur la peur.
Le gouvernement entretient cette peur, contrôle l’information et désigne continuellement des ennemis afin de justifier son autorité. V cherche donc moins à vaincre militairement le régime qu’à convaincre la population qu’elle peut cesser d’en avoir peur.
Stephen Rea apporte une nuance indispensable
L’inspecteur Finch aurait facilement pu devenir le policier chargé de poursuivre V pendant deux heures. Stephen Rea lui donne heureusement une fonction beaucoup plus intéressante.
Son enquête devient progressivement une découverte.
À mesure qu’il reconstitue l’histoire de V et celle du régime, Finch comprend que la version officielle sur laquelle repose son monde ne correspond pas à la réalité. Le personnage permet ainsi au film de révéler progressivement son passé sans multiplier artificiellement les explications.
Surtout, Finch montre que tous ceux qui travaillent pour le système ne sont pas nécessairement aveugles ou fanatiques. Son doute apporte une nuance bienvenue face à des dirigeants beaucoup plus caricaturaux.
La séquence de Valerie reste l’un des sommets du film
Au cœur du récit se trouve une histoire beaucoup plus intime : celle de Valerie, racontée à travers une lettre découverte par Evey durant son emprisonnement.
Quelques minutes suffisent pour raconter une vie, un amour et la destruction progressive des libertés individuelles.
Le film abandonne alors presque entièrement son spectacle pour rappeler ce que signifie concrètement un régime autoritaire pour ceux qu’il désigne comme indésirables. Valerie cesse d’être une victime anonyme pour devenir une personne dont l’existence entière a été progressivement confisquée.
Cette séquence donne également un sens beaucoup plus profond au parcours d’Evey. La liberté dont parle V n’est plus seulement une grande idée politique : elle devient quelque chose d’intime, que chacun peut perdre.
Une adaptation qui simplifie fortement Alan Moore
V pour Vendetta prend des libertés considérables avec le comics d’Alan Moore et David Lloyd. Le conflit idéologique du matériau original est plus complexe, notamment dans son opposition entre anarchisme et fascisme.
Le film simplifie cette confrontation pour construire un récit beaucoup plus immédiatement accessible autour de la résistance à un régime totalitaire.
Cette transformation lui fait perdre une partie de la richesse et de l’ambiguïté politique de l’œuvre originale. V devient également plus facilement identifiable comme figure de résistance, même si ses méthodes restent volontairement dérangeantes.
Mais considéré indépendamment du comics, le film conserve une vraie cohérence. James McTeigue et les Wachowski privilégient un propos plus universel sur la peur, la responsabilité individuelle et la capacité d’une population à reprendre le contrôle de son avenir.
Le masque est devenu plus grand que le film
C’est probablement l’héritage le plus étonnant de V pour Vendetta. Le masque de Guy Fawkes porté par V a largement dépassé le cadre du cinéma pour devenir un symbole utilisé dans des manifestations et mouvements contestataires à travers le monde.
Cette appropriation correspond presque parfaitement au discours du film.
V insiste constamment sur le fait qu’un homme peut disparaître alors qu’une idée lui survit. Le personnage lui-même finit par compter moins que ce qu’il représente. Lors du rassemblement final, des milliers de personnes portent ainsi le même visage et V cesse symboliquement d’être un individu.
Peu de films adaptés de comics peuvent prétendre avoir vu l’un de leurs symboles sortir à ce point de la fiction.
Un film politique spectaculaire qui n’a pas besoin de super-héros
Malgré son origine dans la bande dessinée, V pour Vendetta ne repose pratiquement jamais sur les mécanismes traditionnels du film de super-héros. V possède des capacités physiques impressionnantes, mais elles restent secondaires face à son influence sur les autres personnages.
Le véritable affrontement est idéologique.
Le film fonctionne précisément parce que V ne peut pas renverser seul le système. Il peut provoquer, détruire des symboles et exposer les mensonges du régime, mais la chute de celui-ci dépend finalement de la réaction de la population.
Le spectaculaire est donc toujours lié au propos. L’explosion de l’Old Bailey ou la marche finale vers le Parlement ne sont pas seulement de grandes images : elles matérialisent la guerre menée autour des symboles.
V pour Vendetta rappelle ainsi que le masque n’est jamais le véritable héros de l’histoire. Ce qui inquiète le pouvoir, ce n’est pas l’homme qui le porte, mais l’idée qu’un jour tout le monde puisse décider de ne plus avoir peur.
En résumé
V pour Vendetta simplifie plusieurs dimensions du comics d’Alan Moore et David Lloyd, mais reste une adaptation puissante portée par Hugo Weaving et Natalie Portman. Sa mise en scène, ses dialogues, la trajectoire d’Evey et son utilisation des symboles lui donnent une identité particulièrement forte. Parfois démonstratif dans son discours politique, le film compense largement par la force de ses personnages et de plusieurs séquences mémorables.
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