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Kraven the Hunter

Affiche de Kraven the Hunter

Kraven the Hunter

Titre original : Kraven the Hunter

Réalisation : J. C. Chandor

Avec : Aaron Taylor-Johnson, Ariana DeBose, Fred Hechinger, Alessandro Nivola, Russell Crowe

Production / distribution : Columbia Pictures, Marvel Entertainment / Sony Pictures Releasing France

Durée : 2 h 07

Adaptation : Comics

Sortie : 18 décembre 2024

★★★★★ 2/5

Après Venom, Morbius et Madame Web, Sony s’attaque à un autre adversaire emblématique de Spider-Man avec Kraven the Hunter. Aaron Taylor-Johnson incarne Sergei Kravinoff, fils d’un criminel impitoyable devenu un chasseur aux capacités surhumaines. Plus violent et plus brutal que les précédentes productions de cet univers, le film possède quelques bonnes séquences d’action, mais reste prisonnier d’un scénario laborieux qui transforme encore une fois un méchant en anti-héros.

Kraven sans Spider-Man, ou le problème de départ

Dans les comics, Kraven est avant tout un chasseur obsédé par l’idée de prouver sa supériorité. Spider-Man représente pour lui une proie exceptionnelle, celle qui peut définitivement établir sa réputation.

Le film choisit une direction très différente.

Sergei devient ici une sorte de justicier qui traque des criminels. Il tue, certes, mais ses victimes sont suffisamment mauvaises pour que le spectateur n’ait jamais vraiment à remettre ses méthodes en question. Le « super-vilain » annoncé par l’affiche ressemble donc davantage à un Punisher doté de pouvoirs animaliers.

Ce choix permet évidemment de construire un héros autour d’Aaron Taylor-Johnson, mais retire également une grande partie de ce qui rend Kraven intéressant. À force de vouloir raconter les ennemis de Spider-Man sans Spider-Man, Sony finit par les transformer pour qu’ils puissent eux-mêmes occuper la place du héros.

Aaron Taylor-Johnson possède au moins la carrure

Physiquement, Aaron Taylor-Johnson est convaincant. Le film exploite sa vitesse, sa force et son agilité dans des scènes d’action plus brutales que celles de Morbius ou Madame Web.

Kraven grimpe, bondit, utilise son environnement et élimine ses adversaires avec une violence que le film assume plutôt bien. Certaines poursuites donnent réellement l’impression d’observer un prédateur traquer ses proies.

C’est lorsque Sergei doit exister en dehors de l’action que les difficultés commencent. Son conflit avec son père, sa relation avec son frère et son rapport à ses pouvoirs pourraient donner davantage d’épaisseur au personnage, mais tout reste traité de manière très fonctionnelle.

Aaron Taylor-Johnson fait le travail. Le scénario lui donne rarement l’occasion d’aller beaucoup plus loin.

Russell Crowe en père monstrueux

Nikolai Kravinoff est probablement l’un des personnages les plus efficaces du film. Russell Crowe incarne ce père autoritaire qui considère la faiblesse comme une faute et élève ses fils dans une logique de domination permanente.

La relation entre Nikolai et Sergei permet de comprendre pourquoi ce dernier rejette l’univers familial tout en reproduisant paradoxalement une partie de sa violence.

Fred Hechinger incarne de son côté Dmitri, beaucoup moins capable de répondre aux attentes paternelles. La relation entre les deux frères apporte une dimension plus humaine au récit, mais elle sert surtout à déclencher les événements qui conduisent au dernier acte.

Là encore, le film possède des pistes intéressantes sans réellement prendre le temps de les approfondir.

Calypso, personnage indispensable uniquement parce que le scénario le décide

Ariana DeBose incarne Calypso, liée à Sergei depuis l’accident qui lui a donné ses capacités. Devenue avocate, elle réapparaît des années plus tard et finit par l’aider dans sa lutte contre ses ennemis.

Le personnage souffre d’une écriture particulièrement artificielle.

Calypso possède exactement les informations ou les ressources dont Kraven a besoin au moment opportun. Sa relation avec Sergei manque également de naturel, comme si le scénario savait qu’elle devait être importante sans réussir à construire réellement cette importance.

Ariana DeBose fait ce qu’elle peut, mais le personnage ressemble trop souvent à un outil scénaristique plutôt qu’à une protagoniste à part entière.

Le Rhino, ou comment gâcher un méchant spectaculaire

Alessandro Nivola incarne Aleksei Sytsevich, alias le Rhino. Le film abandonne l’armure mécanique aperçue dans The Amazing Spider-Man 2 pour proposer une transformation physique provoquée par une expérience.

Pourquoi pas.

Le problème vient surtout du résultat. Pendant une grande partie du film, Aleksei doit prendre un traitement pour empêcher sa transformation. Lorsqu’il devient enfin le Rhino, l’apparence numérique du personnage peine à convaincre et le combat attendu arrive très tard.

Le personnage est pourtant présenté comme l’antagoniste principal. Mais entre son organisation criminelle, ses problèmes physiques et ses nombreuses explications, il devient davantage caricatural que réellement menaçant.

Pour un film intitulé Kraven the Hunter, l’affrontement entre un chasseur et un rhinocéros aurait pu constituer un véritable morceau de bravoure. Il laisse surtout l’impression d’une occasion manquée.

L’Étranger ajoute encore un méchant dont le film n’avait pas besoin

Comme si le Rhino ne suffisait pas, Kraven the Hunter introduit également l’Étranger, interprété par Christopher Abbott. Sa capacité à désorienter ses adversaires grâce à l’hypnose permet quelques effets visuels intéressants.

Mais sa présence souligne surtout la tendance du scénario à accumuler.

Nikolai, Rhino, l’Étranger, Dmitri, Calypso, les origines de Kraven : le film veut raconter énormément de choses alors que son histoire principale reste finalement très simple.

Au lieu d’enrichir l’univers, cette multiplication disperse l’attention et empêche surtout le Rhino de devenir un antagoniste suffisamment fort pour porter seul le récit.

Une violence qui apporte enfin un peu de personnalité

Kraven the Hunter possède néanmoins un avantage sur Morbius et Madame Web : ses scènes d’action ont parfois du caractère.

La classification plus adulte permet à J. C. Chandor d’assumer les conséquences des attaques de Kraven. Les combats sont violents, les mises à mort brutales et le personnage utilise régulièrement son environnement comme un véritable chasseur.

Cette dimension fonctionne beaucoup mieux que les affrontements numériques du film. Lorsque Kraven poursuit physiquement des hommes à travers une forêt ou un environnement urbain, on entrevoit le film plus sec et plus sauvage qu’aurait pu être cette adaptation.

Malheureusement, ces séquences restent enfermées dans un blockbuster qui doit également gérer des pouvoirs, plusieurs super-vilains et la construction d’un nouvel univers.

Encore un film qui prépare un personnage plutôt que de l’exploiter

C’est finalement le sentiment laissé par Kraven the Hunter. Pendant plus de deux heures, le film raconte comment Sergei devient progressivement le personnage que le public connaît.

Mais lorsque cette transformation est véritablement achevée, le générique n’est plus très loin.

Comme Madame Web avant lui, Kraven semble donc raconter le prologue d’une histoire potentiellement plus intéressante. Le costume, la personnalité plus sombre et certains éléments emblématiques arrivent alors que le film touche à sa fin.

Sony avait pourtant ici un personnage capable de porter une aventure brutale et différente. Aaron Taylor-Johnson était physiquement crédible et la classification permettait d’aller beaucoup plus loin que les précédentes productions du studio.

Kraven devait être un prédateur. Son propre film passe malheureusement beaucoup trop de temps à tourner autour de sa proie avant de se décider à attaquer.

En résumé

Kraven the Hunter possède quelques scènes d’action efficaces et un Aaron Taylor-Johnson convaincant physiquement, mais reste plombé par une origin story trop chargée. Rhino déçoit, Calypso manque d’épaisseur et l’accumulation d’antagonistes disperse un récit pourtant très simple. Plus énergique que Morbius ou Madame Web, le film ne réussit jamais pour autant à justifier pleinement cette version de Kraven privée de Spider-Man.

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