Batman — Tome 9
La Relève – 2e partie
Éditeur : Urban Comics
Sortie originale : 10 novembre 2016
Avec cette seconde partie de La Relève, Scott Snyder pousse jusqu’au bout le bouleversement initié dans le tome précédent. Le Batman institutionnel doit désormais prouver qu’il peut réellement protéger Gotham, tandis que la trajectoire de Bruce Wayne prend une importance croissante. Un volume qui fonctionne autant comme conclusion de l’expérience que comme préparation au retour d’un équilibre plus familier.
Un nouveau Batman enfin confronté à ses limites
Après une première partie consacrée en grande partie à l’installation du nouveau statu quo, ce tome peut davantage se concentrer sur ses conséquences. Le successeur de Bruce s’est approprié le rôle, mais découvre également tout ce que signifie réellement être Batman.
Snyder insiste intelligemment sur la différence fondamentale entre disposer de l’équipement de Batman et devenir Batman. La technologie, l’armure et le soutien institutionnel offrent des avantages considérables, mais ne remplacent ni l’instinct ni l’obstination presque irrationnelle qui caractérisent traditionnellement le Chevalier noir.
Gotham face à une menace démesurée
L’affrontement avec Mr. Bloom prend ici une dimension beaucoup plus spectaculaire. Le personnage constitue une menace étrange et volontairement grotesque, dont les capacités permettent à Snyder et Capullo de proposer des séquences particulièrement impressionnantes.
L’escalade est parfois excessive et éloigne momentanément la série de l’atmosphère plus policière de ses débuts, mais elle correspond parfaitement au caractère presque expérimental de La Relève. Gotham semble elle-même perdre le contrôle en même temps que son nouveau protecteur.
Bruce Wayne et l’impossibilité d’échapper à Batman
C’est toutefois du côté de Bruce Wayne que se trouve le véritable cœur émotionnel de l’album. Sa situation permet à Snyder d’explorer une idée particulièrement intéressante : Bruce pourrait-il réellement vivre heureux si Batman disparaissait de son existence ?
La réponse se construit progressivement et donne tout son sens aux deux volumes de La Relève. Batman apparaît moins comme une activité choisie que comme une composante indissociable de Bruce. Le traitement est parfois appuyé, mais il offre plusieurs très beaux moments au personnage.
Une conclusion logique pour Jim Gordon
Jim Gordon trouve également ici l’aboutissement de son parcours sous le costume. Ce Batman inhabituel pouvait facilement n’être qu’un simple gimmick éditorial, mais Snyder parvient finalement à lui donner une véritable fonction dans son récit.
Gordon n’a jamais vocation à remplacer durablement Bruce Wayne. Son passage sous le masque permet plutôt d’observer Batman depuis l’extérieur et de mesurer à quel point la mission dépasse celui qui tente de l’endosser.
Capullo retrouve toute sa puissance
Greg Capullo bénéficie d’un terrain particulièrement favorable avec les affrontements contre Mr. Bloom. Son découpage très dynamique et ses compositions spectaculaires donnent une ampleur impressionnante aux scènes d’action, tandis que les passages consacrés à Bruce adoptent un registre beaucoup plus posé.
La présence d’autres dessinateurs apporte quelques variations visuelles, mais l’ensemble reste cohérent. Capullo demeure surtout celui qui définit l’identité graphique de cette période de Batman.
Une relève qui avait surtout vocation à être temporaire
Cette deuxième partie confirme finalement que l’intérêt de La Relève ne résidait pas tant dans la création d’un nouveau Batman que dans la possibilité de déconstruire temporairement le personnage.
L’arc reste moins marquant que La Cour des Hiboux ou Le Deuil de la famille, mais il prend davantage de sens lorsqu’on considère ses deux volumes comme un ensemble. Snyder aura au moins tenté quelque chose de radical plutôt que de reproduire une formule devenue confortable.
En résumé
Une conclusion plus convaincante que la mise en place du tome précédent. L’intrigue autour de Mr. Bloom privilégie parfois excessivement le spectaculaire, mais le parcours de Gordon et surtout celui de Bruce Wayne donnent une véritable profondeur à cette seconde partie. La Relève se révèle ainsi être une parenthèse audacieuse qui permet à Snyder d’interroger ce qui fait réellement de Batman… Batman.
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