Constantine
Titre original : Constantine
Avec : Keanu Reeves, Rachel Weisz, Shia LaBeouf, Tilda Swinton
Production / distribution : Warner Bros. Pictures, Village Roadshow Pictures, DC Comics, Vertigo Entertainment / Warner Bros. France
Durée : 2 h 01
Adaptation : Comics
Sortie : 16 février 2005
En 2005, Francis Lawrence porte au cinéma Hellblazer, le comics culte de DC Comics publié sous le label Vertigo. Avec Keanu Reeves dans le rôle de John Constantine, le réalisateur propose une adaptation qui prend d’importantes libertés avec son matériau d’origine, mais parvient à construire un univers particulièrement séduisant. Entre anges, démons, exorcismes et visions infernales, Constantine mélange thriller surnaturel et film noir dans une aventure imparfaite, mais dont l’atmosphère demeure l’une des principales réussites.
Un homme condamné entre le paradis et l’enfer
John Constantine possède un don qu’il considère avant tout comme une malédiction : il peut distinguer les anges et les démons qui vivent parmi les humains. Après avoir tenté de mettre fin à ses jours durant son adolescence, il sait que son âme est promise à l’enfer et cherche désormais à obtenir sa rédemption en renvoyant les créatures démoniaques dans leur monde.
Lorsqu’Angela Dodson, une inspectrice de police, enquête sur la mort mystérieuse de sa sœur jumelle, Constantine découvre qu’un complot surnaturel menace de bouleverser l’équilibre entre le paradis et l’enfer.
Cette intrigue mêlant enquête policière, croyances religieuses et affrontements démoniaques permet au film de développer progressivement sa mythologie, sans révéler immédiatement toutes ses cartes.
Une atmosphère sombre particulièrement réussie
La principale qualité de Constantine réside dans son univers visuel. Francis Lawrence transforme Los Angeles en une ville oppressante, où les forces surnaturelles semblent constamment présentes derrière les apparences du quotidien.
Les rues nocturnes, les immeubles délabrés et les intérieurs plongés dans la pénombre participent à cette ambiance de film noir. Mais ce sont surtout les visions de l’enfer qui marquent durablement les esprits. Représenté comme une version dévastée de notre monde, balayée par des vents brûlants et peuplée de créatures monstrueuses, cet univers infernal possède une véritable identité.
Les effets numériques accusent parfois leur âge, mais la direction artistique reste suffisamment forte pour préserver l’efficacité de nombreuses séquences. Les exorcismes et les manifestations démoniaques fonctionnent également grâce à une mise en scène qui privilégie régulièrement l’inquiétude plutôt que la simple accumulation de monstres.
Keanu Reeves, un Constantine différent des comics
Le choix de Keanu Reeves constitue évidemment l’une des principales différences avec le personnage imaginé dans les comics. Exit le Britannique blond, cynique et manipulateur : cette version américaine apparaît plus taciturne, plus physique et beaucoup moins provocatrice.
Reeves apporte néanmoins une présence intéressante à ce Constantine désabusé, condamné par ses propres erreurs et rongé par la maladie. Son interprétation minimaliste correspond assez bien à l’atmosphère mélancolique du film, même si elle atténue une grande partie de l’humour noir et de l’insolence du personnage original.
Rachel Weisz se montre convaincante dans le rôle d’Angela Dodson, tandis que Tilda Swinton impose une présence fascinante en Gabriel. Mais c’est surtout Peter Stormare qui marque les esprits dans la peau de Lucifer. Son apparition, relativement brève, constitue l’un des meilleurs moments du film grâce à une interprétation aussi inquiétante qu’imprévisible.
Une adaptation qui s’éloigne de Hellblazer
Si Constantine reprend plusieurs éléments fondamentaux de l’univers de Hellblazer, il transforme profondément son personnage principal et son approche narrative.
Dans les comics, John Constantine est avant tout un manipulateur particulièrement intelligent, capable de tromper des puissances surnaturelles bien supérieures à lui. Son cynisme, son humour mordant et sa connaissance des sciences occultes constituent ses principales armes.
Le film privilégie davantage les affrontements directs, les armes sacrées et les séquences spectaculaires. Cette orientation rapproche parfois Constantine d’un héros d’action traditionnel, alors que son originalité repose justement sur son ambiguïté morale et sa capacité à survivre grâce à la ruse.
Pour autant, Francis Lawrence conserve une idée essentielle : Constantine n’est pas un héros exemplaire. C’est un homme profondément imparfait, qui cherche autant à sauver sa propre âme qu’à protéger les autres.
Un scénario efficace malgré quelques facilités
Le film parvient à maintenir un certain suspense grâce à son enquête surnaturelle et à ses révélations successives. La confrontation entre les différentes puissances célestes et infernales apporte une dimension intéressante à l’intrigue, notamment lorsque les motivations des personnages deviennent plus ambiguës.
Mais le scénario souffre également de quelques facilités. Certaines règles de cet univers sont expliquées tardivement, tandis que plusieurs personnages secondaires manquent de développement. L’accumulation d’objets sacrés et de pouvoirs surnaturels donne parfois l’impression que le récit invente ses propres solutions au fur et à mesure.
La dernière partie devient également plus spectaculaire et conventionnelle, même si elle retrouve une certaine intelligence dans la manière dont Constantine tente de déjouer les plans de ses adversaires.
Un film devenu culte avec les années
À sa sortie, Constantine reçoit un accueil critique mitigé, notamment en raison de ses libertés avec les comics. Pourtant, le film gagne progressivement une place particulière auprès des amateurs de cinéma fantastique.
Son atmosphère gothique, ses personnages ambigus et son interprétation très personnelle de l’enfer lui donnent une identité immédiatement reconnaissable. Il appartient à cette génération d’adaptations de comics qui existaient encore indépendamment des grands univers cinématographiques partagés.
Longtemps évoquée, une suite réunissant Keanu Reeves et Francis Lawrence a même été officiellement mise en développement, preuve de l’attachement durable suscité par cette incarnation du personnage.
Une adaptation infidèle, mais un véritable film fantastique
Constantine n’est probablement pas l’adaptation idéale de Hellblazer. Son héros manque du cynisme et de la complexité du personnage des comics, tandis que certaines scènes d’action paraissent trop conventionnelles.
Mais en tant que thriller fantastique, le film possède de solides qualités. Son univers visuel, son atmosphère inquiétante et plusieurs interprétations mémorables compensent largement ses maladresses.
Francis Lawrence réussit surtout à construire un monde où le surnaturel semble constamment menacer de surgir derrière la réalité. Une proposition suffisamment singulière pour conserver, plus de vingt ans après sa sortie, une véritable force d’attraction.
En résumé
Un thriller fantastique sombre et visuellement marquant, porté par un Keanu Reeves convaincant et une représentation particulièrement réussie de l’enfer. Malgré ses importantes libertés avec les comics Hellblazer et quelques facilités scénaristiques, Constantine conserve une identité forte, une atmosphère fascinante et plusieurs personnages mémorables.
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