Wonder Woman
Titre original : Wonder Woman
Avec : Gal Gadot, Chris Pine, Connie Nielsen, Robin Wright
Production / distribution : DC Films, Atlas Entertainment, Cruel and Unusual Films / Warner Bros. France
Durée : 2 h 21
Adaptation : Comics
Sortie : 7 juin 2017
Après une première apparition dans Batman v Superman : L’Aube de la justice, Gal Gadot retrouve Diana Prince dans son premier long métrage en solo. Réalisé par Patty Jenkins, Wonder Woman remonte aux origines de l’Amazone, de son enfance sur Themyscira à sa découverte du monde des hommes pendant la Première Guerre mondiale. Le film sort en France le 7 juin 2017 et constitue alors le quatrième volet du DC Extended Universe.
Gal Gadot trouve véritablement son personnage
Batman v Superman avait présenté une Wonder Woman déjà expérimentée et mystérieuse. Patty Jenkins choisit intelligemment de revenir à une Diana beaucoup plus naïve, persuadée que le bien et le mal peuvent encore être clairement identifiés.
Gal Gadot fonctionne particulièrement bien dans ce registre. Sa Diana peut être extrêmement puissante sans jamais paraître cynique. Lorsqu’elle découvre Londres, les conventions sociales ou simplement les limites imposées aux femmes, son incompréhension produit autant d’humour qu’elle révèle sa personnalité.
Surtout, le film ne cherche pas à la transformer en Superman au féminin. Diana possède sa propre vision du monde, son rapport à la mythologie et une compassion qui devient aussi importante que sa puissance physique.
Wonder Woman ne devient pas héroïque lorsqu’elle découvre ses pouvoirs : elle l’est déjà lorsqu’elle décide de quitter Themyscira pour aider des gens qu’elle ne connaît pas.
Themyscira : une origin story qui prend le temps de construire son univers
La première partie consacrée aux Amazones aurait facilement pu n’être qu’une longue exposition. Elle constitue au contraire l’une des grandes réussites visuelles du film.
Themyscira possède immédiatement une identité. Patty Jenkins présente une civilisation entièrement féminine sans avoir besoin d’en faire constamment un sujet : les Amazones combattent, gouvernent et s’entraînent parce que c’est simplement leur monde.
Connie Nielsen apporte une vraie noblesse à Hippolyta, tandis que Robin Wright impose Antiope avec une présence impressionnante. L’entraînement de Diana permet également de présenter ses capacités progressivement plutôt que de transformer chaque nouveau pouvoir en révélation spectaculaire.
Lorsque Steve Trevor arrive sur l’île, le contraste entre cet univers presque mythologique et la violence industrielle de la Première Guerre mondiale fonctionne d’autant mieux.
Chris Pine est bien plus que « l’homme à sauver »
L’une des meilleures décisions du scénario consiste à ne jamais réduire Steve Trevor au simple intérêt amoureux de l’héroïne.
Chris Pine apporte beaucoup d’humour au film, notamment parce que Steve doit régulièrement expliquer à Diana des règles sociales qu’il trouve lui-même absurdes. Mais il représente surtout son premier contact avec une humanité beaucoup plus complexe qu’elle ne l’imaginait.
Leur relation fonctionne parce que chacun possède quelque chose à apprendre de l’autre. Diana est physiquement infiniment plus puissante, tandis que Steve comprend mieux les compromis, les contradictions et les imperfections du monde.
L’alchimie entre Gal Gadot et Chris Pine donne ainsi un véritable cœur au récit sans diminuer Wonder Woman pour valoriser son partenaire.
Le No Man’s Land : quelques minutes pour définir Wonder Woman
La traversée du No Man’s Land reste probablement la scène qui résume le mieux le film.
Diana découvre des civils condamnés à subir une situation que les soldats considèrent comme impossible à résoudre. On lui explique qu’elle ne peut rien faire, qu’il faut poursuivre la mission et accepter cette réalité.
Elle refuse.
La scène fonctionne évidemment comme morceau de bravoure, avec le bouclier, les balles et l’apparition progressive du costume. Mais sa véritable force vient de ce qu’elle raconte du personnage. Diana n’intervient pas parce qu’elle pense pouvoir gagner facilement : elle intervient parce qu’elle ne peut pas accepter de continuer son chemin en laissant souffrir les autres.
Patty Jenkins comprend alors parfaitement Wonder Woman : sa force la plus importante n’est pas d’être capable de traverser le champ de bataille, mais de décider qu’il faut essayer alors que tout le monde lui explique que c’est impossible.
Une guerre beaucoup plus compliquée que prévu
Le choix de la Première Guerre mondiale permet également de confronter l’idéalisme de Diana à une réalité qui ne correspond pas à sa vision initiale.
Elle cherche une explication simple à la violence humaine. Si la guerre existe, quelqu’un doit forcément en être responsable et il suffirait donc d’éliminer cette cause pour que les hommes retrouvent la raison.
Le film devient plus intéressant lorsqu’il remet progressivement cette certitude en question. Diana découvre un monde où les individus peuvent être courageux et lâches, généreux et cruels, parfois simultanément.
C’est là que Wonder Woman dépasse la simple histoire d’origine. L’apprentissage de Diana ne consiste pas vraiment à découvrir l’étendue de ses pouvoirs, mais à comprendre que sauver l’humanité ne signifie pas croire qu’elle est parfaite.
Un dernier acte beaucoup plus conventionnel
C’est malheureusement lorsque le film arrive à son affrontement final qu’il perd une partie de sa finesse.
Après avoir construit pendant près de deux heures un récit autour de la guerre, de la responsabilité humaine et de la difficulté à distinguer simplement les bons des méchants, Wonder Woman revient à une confrontation beaucoup plus traditionnelle de blockbuster.
Effets numériques massifs, explosions et adversaire surpuissant remplacent alors une partie de l’élégance qui caractérisait les séquences précédentes. Le spectacle reste efficace, mais paraît presque trop banal pour un film qui venait justement de développer des idées beaucoup plus intéressantes.
Le message n’est pas complètement sacrifié, mais sa mise en scène devient paradoxalement moins subtile au moment où le propos devrait atteindre son point culminant.
Une étape importante pour les super-héroïnes au cinéma
L’importance de Wonder Woman dépasse aussi le DCEU. En 2017, voir une héroïne de cette stature porter seule une superproduction de cette ampleur restait suffisamment rare pour constituer un événement. Patty Jenkins signait en outre son deuxième long métrage de cinéma après Monster. Le film rencontrera un important succès international et dépassera les deux millions d’entrées en France.
Mais réduire sa réussite à sa dimension symbolique serait injuste. Le film fonctionne d’abord parce qu’il trouve une véritable identité à Diana et refuse de considérer sa compassion comme une faiblesse à compenser par sa puissance.
Après les tonalités particulièrement sombres de Batman v Superman et le montage chaotique de Suicide Squad, Wonder Woman apporte également au DCEU quelque chose qui lui manquait alors cruellement : un héroïsme capable d’être sincère sans être naïf.
En résumé
Wonder Woman réussit autant son héroïne que son univers. Gal Gadot trouve pleinement Diana, Chris Pine lui offre un excellent partenaire et Patty Jenkins signe plusieurs séquences particulièrement fortes, dont une traversée du No Man’s Land devenue emblématique.
Le dernier acte retombe malheureusement dans les travers d’un blockbuster plus conventionnel et perd une partie de la subtilité construite auparavant. Cela n’empêche pas cette première aventure solo de rester l’une des grandes réussites de cette période de DC au cinéma.
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