Valérian et la Cité des mille planètes
Titre original : Valerian and the City of a Thousand Planets
Avec : Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Rihanna
Production / distribution : EuropaCorp, TF1 Films Production, Fundamental Films / EuropaCorp Distribution
Durée : 2 h 17
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 26 juillet 2017
En 2017, Luc Besson réalise enfin l’un de ses projets les plus ambitieux : adapter Valérian et Laureline, la célèbre bande dessinée de science-fiction créée par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Avec un budget colossal et une liberté créative considérable, le réalisateur du Cinquième Élément donne naissance à un univers visuel foisonnant, peuplé de créatures extraterrestres et de technologies futuristes. Mais derrière cette débauche d’imagination, Valérian et la Cité des mille planètes souffre d’un scénario convenu et surtout d’un duo principal qui peine à convaincre. Un spectacle fascinant à regarder, mais beaucoup moins passionnant à suivre.
Une enquête au cœur d’une cité gigantesque
Au XXVIIIe siècle, Valérian et Laureline sont deux agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Leur nouvelle mission les conduit sur Alpha, une immense station spatiale où cohabitent des milliers d’espèces extraterrestres venues de toute la galaxie.
Lorsqu’une mystérieuse menace apparaît au cœur de la cité, les deux agents découvrent qu’un secret lié à la destruction d’une planète pourrait remettre en question les fondements mêmes de leur organisation.
Cette intrigue mêlant enquête, complot militaire et découverte de civilisations extraterrestres possède un potentiel considérable. Mais le scénario privilégie rapidement une succession de péripéties spectaculaires au détriment du développement de ses personnages.
Un univers visuel absolument impressionnant
La plus grande réussite du film réside incontestablement dans sa direction artistique. Luc Besson donne vie à un univers de science-fiction d’une richesse exceptionnelle, où chaque décor semble dissimuler une nouvelle espèce ou une technologie fascinante.
La séquence d’ouverture, retraçant l’évolution d’une station spatiale accueillant progressivement différentes civilisations extraterrestres, constitue un véritable moment de cinéma. Accompagnée par Space Oddity de David Bowie, elle résume en quelques minutes toute l’ambition du projet : imaginer un futur où la rencontre entre les peuples devient le moteur de l’exploration spatiale.
Le marché multidimensionnel de Big Market représente également une excellente idée de science-fiction, exploitée dans une séquence inventive et particulièrement dynamique.
Les créatures extraterrestres, les vaisseaux et les environnements numériques témoignent d’un travail considérable. Contrairement à de nombreux blockbusters où les effets spéciaux semblent interchangeables, Valérian possède une identité visuelle immédiatement reconnaissable.
Mais cette profusion devient parfois excessive. Le film multiplie tellement les découvertes qu’il ne prend pas toujours le temps de les développer, donnant régulièrement l’impression de visiter un immense catalogue d’idées plutôt que d’explorer un univers véritablement vivant.
Dane DeHaan et Cara Delevingne, un duo qui ne fonctionne pas
C’est probablement le principal défaut du film. Dans la bande dessinée, Valérian et Laureline forment un duo complémentaire, construit autour de leurs différences de caractère, de leur complicité et de leurs échanges souvent ironiques.
À l’écran, cette alchimie peine à exister. Dane DeHaan manque de l’assurance et du charisme nécessaires pour incarner un Valérian présenté comme un séducteur expérimenté et un agent particulièrement compétent. Son interprétation demeure trop distante pour rendre crédible cette image de héros aventureux.
Cara Delevingne possède davantage de personnalité dans le rôle de Laureline, mais son personnage reste prisonnier de dialogues parfois artificiels et d’une relation sentimentale qui manque de naturel.
Le film insiste lourdement sur les sentiments de Valérian et son désir d’épouser Laureline, sans parvenir à construire une véritable histoire d’amour. Leurs échanges, censés apporter humour et légèreté, deviennent rapidement répétitifs.
Ce manque de complicité est d’autant plus dommageable que toute l’aventure repose sur leur relation.
Une adaptation qui oublie une partie de l’esprit de la BD
Luc Besson ne cache pas son admiration pour l’œuvre de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, dont l’influence était déjà perceptible dans Le Cinquième Élément.
Le film reprend notamment plusieurs éléments de l’album L’Ambassadeur des Ombres, tout en construisant une intrigue originale autour de la civilisation des Pearls.
Mais si l’univers graphique de Mézières est largement célébré, la dimension politique et satirique des scénarios de Christin apparaît beaucoup plus atténuée.
La bande dessinée se distingue notamment par son regard critique sur les institutions, les rapports de pouvoir et les sociétés humaines. Valérian n’y est pas un héros infaillible, tandis que Laureline occupe une place essentielle dans la résolution des conflits.
Le film conserve certaines de ces idées, notamment à travers la dénonciation des abus militaires, mais les développe de manière assez simpliste. L’intrigue devient rapidement prévisible et les antagonistes manquent de complexité.
La richesse de la bande dessinée ne résidait pourtant pas uniquement dans ses créatures extraordinaires, mais aussi dans l’intelligence de son écriture.
Un scénario trop faible pour soutenir le spectacle
Malgré ses nombreuses qualités visuelles, Valérian souffre d’un rythme particulièrement irrégulier. Certaines séquences d’action s’étirent inutilement, tandis que plusieurs détours narratifs semblent surtout destinés à présenter de nouvelles créatures.
L’apparition de Rihanna dans le rôle de Bubble illustre parfaitement cette tendance. Le personnage bénéficie d’une séquence de transformation visuellement réussie, mais son intervention reste relativement artificielle dans la progression du récit.
Clive Owen incarne quant à lui un commandant dont les intentions deviennent rapidement évidentes, privant l’intrigue d’une grande partie de son suspense.
Le film manque surtout d’émotion. Malgré les enjeux dramatiques liés au destin d’une civilisation entière, les personnages principaux semblent rarement concernés au-delà de leur mission immédiate.
Cette faiblesse d’écriture empêche le spectateur de s’investir pleinement dans une aventure pourtant spectaculaire.
Un échec commercial aux conséquences importantes
Avec un budget de production estimé à environ 180 millions de dollars, Valérian et la Cité des mille planètes représente l’une des productions européennes les plus coûteuses de son époque.
Malgré ses ambitions internationales, le film ne rencontre pas le succès espéré et rapporte environ 226 millions de dollars dans le monde, un résultat insuffisant au regard de ses coûts de production et de promotion.
Cet échec compromet les perspectives d’une suite, alors que l’univers de Christin et Mézières offrait pourtant suffisamment de matière pour développer une véritable franchise.
Le résultat reste particulièrement frustrant : Luc Besson avait les moyens techniques et artistiques de créer une grande saga de science-fiction, mais n’a pas réussi à lui donner des personnages suffisamment attachants pour soutenir cette ambition.
Un immense potentiel malheureusement gâché
Valérian et la Cité des mille planètes demeure un film paradoxal. Rarement une adaptation de bande dessinée franco-belge aura bénéficié d’un tel déploiement de moyens et d’une imagination visuelle aussi généreuse.
Les décors, les créatures et certaines séquences spectaculaires témoignent d’un véritable amour pour l’univers original. Mais cette réussite graphique contraste avec la faiblesse des dialogues, le manque d’alchimie du duo principal et une intrigue beaucoup trop conventionnelle.
Luc Besson réussit à donner vie aux images de Jean-Claude Mézières, sans retrouver toute la richesse narrative de Pierre Christin.
Un voyage spatial impressionnant, dont on ressort malheureusement davantage marqué par les paysages que par les personnages.
En résumé
Une adaptation visuellement somptueuse de la bande dessinée de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, portée par un univers extraterrestre d’une richesse exceptionnelle. Malgré une direction artistique remarquable et plusieurs séquences inventives, Valérian et la Cité des mille planètes souffre d’un scénario prévisible, de dialogues maladroits et d’un duo principal sans véritable alchimie. Un spectacle ambitieux et fascinant, mais profondément décevant sur le plan narratif.
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