Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec
Avec : Louise Bourgoin, Mathieu Amalric, Gilles Lellouche, Jean-Paul Rouve
Production / distribution : EuropaCorp, Apipoulaï Prod, TF1 Films Production / EuropaCorp Distribution
Durée : 1 h 45
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 14 avril 2010
En 2010, Luc Besson s’attaque à l’une des héroïnes les plus singulières de la bande dessinée française avec Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec. Créé par Jacques Tardi en 1976, le personnage évolue dans un Paris du début du XXe siècle où se croisent savants fous, créatures improbables, policiers dépassés et phénomènes surnaturels. Pour son adaptation, Besson mélange principalement des éléments d’Adèle et la Bête et de Momies en folie, avec Louise Bourgoin dans le rôle-titre.
Louise Bourgoin, une Adèle plus lumineuse
Le choix de Louise Bourgoin fonctionne immédiatement sur un point essentiel : elle possède suffisamment de présence pour porter quasiment tout le film. Son Adèle est indépendante, déterminée, moqueuse et parfaitement capable de traverser une situation invraisemblable sans perdre son assurance.
Mais c’est également là que l’adaptation commence à s’éloigner de Tardi. Son Adèle est plus froide, sèche et volontiers cassante. Besson et Bourgoin en font une aventurière plus chaleureuse, espiègle et immédiatement attachante. Cette transformation du personnage a d’ailleurs été relevée dans les travaux consacrés à l’adaptation.
Ce n’est pas nécessairement une mauvaise héroïne : c’est simplement davantage l’Adèle de Luc Besson que celle de Jacques Tardi.
Un Paris de 1912 particulièrement réussi
Visuellement, en revanche, le film déploie de vrais arguments. Le Paris de la Belle Époque est généreusement reconstitué, avec ses rues, ses intérieurs, le Jardin des Plantes et toute une galerie de personnages dont les silhouettes semblent parfois sorties directement d’une caricature.
Les décors constituent d’ailleurs l’une des réussites les plus reconnues du film : Hugues Tissandier remportera le César 2011 des meilleurs décors, tandis que les costumes d’Olivier Bériot seront également nommés.
Besson possède les moyens de fabriquer un véritable spectacle populaire français et cela se voit. Le ptérodactyle survolant Paris, l’expédition égyptienne ou les momies permettent au film de multiplier les images extravagantes sans renoncer à son identité Belle Époque.
Le problème est moins ce que l’on regarde que le ton qui accompagne ces images.
Quand Tardi rencontre le cinéma de Luc Besson
L’univers original possède un humour particulièrement noir. Tardi aime les personnages antipathiques, les morts absurdes, les institutions ridicules et une certaine méchanceté qui donne à ses aventures leur personnalité.
Luc Besson conserve l’absurde, mais en retire une bonne partie de l’acidité.
Le film préfère le burlesque, les personnages grotesques et une fantaisie beaucoup plus familiale. Gilles Lellouche, Jean-Paul Rouve ou Mathieu Amalric participent à cette galerie volontairement outrancière, mais l’humour tend parfois vers la farce là où Tardi pouvait être beaucoup plus grinçant.
C’est probablement le principal paradoxe du film : il reproduit assez bien l’excentricité du monde d’Adèle Blanc-Sec tout en adoucissant ce qui le rendait réellement étrange.
Trop d’aventures extraordinaires à la fois
Le scénario mélange deux albums qui ne se suivent pas directement dans la série : Adèle et la Bête, premier tome, et Momies en folie, quatrième. Pour raccorder les deux, Besson invente notamment une intrigue personnelle autour de la sœur d’Adèle.
Cette motivation donne un objectif émotionnel beaucoup plus évident à l’héroïne et permet de relier l’Égypte, les momies et les événements parisiens. Cinématographiquement, l’idée se comprend.
Mais le film veut alors presque tout montrer : Égypte, ptérodactyle, savant, momies, enquête policière, personnages secondaires, aventure familiale… À force d’accumuler les péripéties, certaines semblent à peine installées avant que la suivante ne commence.
Cette profusion fait partie du charme du film, mais aussi de ses limites. Adèle Blanc-Sec ressemble parfois davantage à la promesse d’un univers qu’à une aventure parfaitement maîtrisée.
Un spectacle généreux qui manque d’un peu de noirceur
Difficile pourtant de nier le plaisir que procure une partie de l’ensemble. Besson assume pleinement le caractère invraisemblable de son histoire et ne cherche jamais à rendre réaliste un monde dans lequel un ptérodactyle peut terroriser Paris pendant qu’une journaliste rapporte une momie d’Égypte.
C’est lorsque le film accepte cette folie qu’il fonctionne le mieux.
Mais pour retrouver pleinement Tardi, il aurait fallu laisser davantage de place à son humour noir, à son cynisme et à cette sensation que l’humanité entière est légèrement dérangée. Besson transforme plutôt la série en grande aventure fantastique familiale.
Cela rend le film beaucoup plus accessible, mais également moins singulier.
En résumé
Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec est une adaptation séduisante davantage qu’une adaptation totalement convaincante. Louise Bourgoin possède l’énergie nécessaire pour porter le film, la reconstitution du Paris de 1912 est superbe et Luc Besson ne manque ni de moyens ni d’imagination pour donner vie au bestiaire de Tardi.
Mais en rendant Adèle plus attachante et son univers plus familial, le réalisateur atténue aussi la noirceur, l’ironie et la méchanceté qui donnaient tant de caractère à la bande dessinée. Un joli film d’aventures fantastiques, généreux et souvent amusant, mais un Adèle Blanc-Sec un peu trop sage sous ses apparences extravagantes.
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