Auteur prolifique passé du blog BD aux grandes maisons d’édition, Sti a construit un parcours marqué par l’humour, l’absurde et une capacité rare à naviguer entre création originale et séries installées. Entre gags, univers décalés, personnages animaliers et goût assumé pour le non-sens, il défend une bande dessinée où la liberté comique reste un moteur essentiel.
Vous venez du blog BD, avec un parcours qui vous a mené vers de nombreuses grandes maisons. Si vous débutiez aujourd’hui, est-ce que vous passeriez encore par cette voie-là ?
Oui, poster ses dessins sur les réseaux c’est toujours un vrai tremplin. Instagram a remplacé les blogs mais le principe reste le même. Le faire très régulièrement aide à progresser, enrichir son book, se créer une communauté et rencontrer d’autres auteurs et éditeurs.
Votre travail oscille entre humour, jeunesse, chronique sociale et séries très différentes. Comment sait-on qu’une idée est faite pour devenir une série, plutôt qu’un simple gag ou un projet plus court ?
Je laisse toujours mes idées mariner dans une partie de ma tête, sans les coucher tout de suite sur le papier. Souvent elle disparaît mais si elle continue de m’obséder plusieurs jours ou semaines, c’est que je tiens quelque chose et je peux alors me mettre à creuser pour l’enrichir et la développer…

Vous avez beaucoup travaillé avec des personnages animaux, décalés ou très marqués. Qu’est-ce que ce type de filtre permet parfois de raconter plus librement que des personnages plus réalistes ?
J’aime bien les animaux qui parlent parce que ça me fait rire. Je ne m’en sers pas vraiment de filtre mais plutôt comme un moyen différent de créer des situations drôles qu’avec des humains.
Vous semblez naviguer assez facilement entre création personnelle et univers plus codifiés. Est-ce que vous aimez davantage partir de zéro, ou est-ce que les contraintes d’un cadre existant peuvent aussi stimuler votre créativité ?
Je répartis mon temps de travail entre les deux… J’adore créer des personnages et des univers qui me sont propres, mais j’aime aussi m’approprier des séries existantes. Suivre effectivement les codes existants et peu à peu y insérer mon style, comme je le fais dans Les Profs ou Les Footmaniacs, ou bien comme j’ai pu le faire dans des histoires courtes de Spirou, du Marsupilami ou des Tuniques Bleues. Le petit challenge que ça apporte, c’est un jeu qui sort de la routine et c’est toujours bien de ne pas s’enfermer dans ce qu’on maîtrise.

Dans votre manière d’écrire, qu’est-ce qui vient en premier : le concept, les personnages, ou la mécanique humoristique ?
Chez moi, qui suis la plupart du temps un gagman, je pars quasiment toujours de ressorts comiques pour développer après comment on arrive à ce gag, quel personnage entre en jeu, etc…
Avec Miss Prickly, nous avons créé une nouvelle série qui sortira en 2027 où, pour la première fois, j’ai écrit des histoires longues et pour le coup, le fonctionnement est inverse. J’imagine toute la trame de l’aventure et ensuite seulement j’y intègre les blagues, qui sont là pour aider l’histoire et pas une fin en soi.
Avec toutes vos expériences, avez-vous le sentiment que votre regard sur l’humour a évolué ? Est-ce qu’on fait rire de la même manière aujourd’hui qu’à vos débuts ?
Je ne sais pas si l’humour a évolué ou si mon humour a évolué mais je n’ai pas plus l’impression de m’auto-censurer ou de me freiner qu’il y a 20 ans au début de ma carrière. Donc tout va bien de ce côté-là pour moi.

Après autant de projets et de formats, qu’est-ce qui continue encore aujourd’hui à vous amuser ou vous surprendre dans la bande dessinée ?
Ce qui me plaît dans la BD c’est l’absurde. Je n’ai pas envie de lire ma vie quotidienne mais plutôt du crétin. Plus c’est crétin, plus j’aime.


