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Belvision : le studio qui a transformé la BD franco-belge en animation

À l’heure où les adaptations de bande dessinées dominent aussi bien le cinéma que les plateformes, il est facile d’oublier qu’un studio européen avait déjà posé les bases de ce modèle dès la fin des années 1950. Belvision n’est pas seulement un pionnier discret : il est l’un des premiers à avoir compris que la BD franco-belge pouvait devenir une matière première idéale pour l’animation… puis, plus largement, pour l’audiovisuel.

Fondé à Bruxelles en 1958, le studio s’inscrit dans une logique visionnaire : faire sortir les personnages du papier pour les inscrire dans un univers d’images en mouvement, capable de toucher un public plus large que celui des seuls lecteurs.

Une naissance stratégique au cœur de l’écosystème Tintin

Belvision est créé par Raymond Leblanc, fondateur du Journal Tintin et acteur majeur des Éditions du Lombard. Le studio naît donc au cœur même de l’industrie de la bande dessinée, avec un accès direct aux licences les plus populaires de l’époque.

Très vite, Tintin, imaginé par Hergé, devient le terrain d’expérimentation principal. Avant même les longs-métrages, Belvision produit une série d’adaptations animées dès la fin des années 1950, directement tirées des albums. Parmi elles, on retrouve notamment Objectif Lune (1959), Le Secret de la Licorne (1959), L’ile noire (1960) ou encore L’Affaire Tournesol (1964).

Un style reconnaissable

Ces adaptations, souvent courtes et réalisées avec des moyens limités, peuvent sembler rudimentaires aujourd’hui. Pourtant, elles sont fondamentales. Elles posent une question essentielle : comment traduire la grammaire très spécifique de la bande dessinée en animation, sans la trahir ?

Belvision fait alors un choix déterminant. Plutôt que de transformer l’œuvre pour l’adapter aux standards de l’animation, le studio privilégie une fidélité maximale aux albums. Les mouvements sont réduits, les plans restent simples, mais les cadrages, les décors et surtout les personnages respectent scrupuleusement le style d’Hergé.

Ce parti pris, loin d’être anodin, va définir durablement l’identité du studio. Il ne s’agit pas de rivaliser avec les grandes productions américaines sur le plan technique, mais de prolonger l’expérience de lecture à l’écran, en conservant ce qui fait la force de la ligne claire.

Astérix : le passage au cinéma et ses limites

Le véritable tournant arrive avec Astérix le Gaulois en 1967. En adaptant l’œuvre de René Goscinny et Albert Uderzo, Belvision s’attaque pour la première fois au long-métrage.

Y a pas à dire, il a du talent Obélix !

Mais la production du film est révélatrice des méthodes encore hésitantes de l’époque. À l’origine, Willy Lateste développe une série d’épisodes courts destinés à la télévision, avant que Georges Dargaud ne décide de transformer ces contenus en films pour le cinéma, sans véritable implication initiale des auteurs. Lorsque René Goscinny et Albert Uderzo découvrent le résultat, plusieurs productions sont déjà bien avancées.

Deux autres adaptations sont alors prévues dans la continuité : La Serpe d’or et Le Combat des chefs. Mais face au refus des auteurs, ces projets seront finalement abandonnés — et même détruits — ne laissant subsister que le premier film.

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